Artus Gouffier, duc de Roannais
4. Adrien de Montluc, prince de Chabanais, puis comte de Caraman ou Carmaing.
mail) ne lui avait pas été indifférent; M. de Crequi*, non plus; on parla de rendez- vous qui firent scandale. Sa sœur, femme très dévote du très dévot général des galères de Gondi, la dut retirer chez elle, et M™* de Rambouillet prétendait que Tabbé de Retz, le futur coadjuteur de Gondi, était son fils et non son neveu; il est certain qu'il lui ressemblait fort, sinon au physique, du moinspar son humeur turbulente, son goût de l'intrigue et la légèreté de ses mœurs.
Quoique marquée de la petite vérole. M"* de La Rochepot était une personne aimable, vive, spirituelle et née à Tintrigue ; elle s'ennuya vite chez sa sœur, cela se conçoit, et, pour la quitter décemment, prétendit vouloir se faire carmélite. Elle entra donc au Carmel du faubourg Saint-Jacques où la bonne pièce devint en peu de temps la coqueluche des bonnes religieuses; elle passait pour une sainte, mais se gardait bien de prononcer des vœux définitifs. Elle connut là le cardinal de BéruUe qui la prisa fort, et ne se douta guère plus tard des motifs qu'avait Richelieu de venir la voir chez lui. On la croyait et elle paraissait amendée, M"'' de Rambouillet elle-même y fut trompée bien
1. Charles de Blanchefort, seigneur de Créqui, le maréchal. Le maréchal était fort coquet et fort spirituel. 11 cachait son ôge comme une jolie femme. Le jour où le cardinal de Richelieu fut reçu duc et pair au Parlement : « Monsieur », lui dit le maréchal, 4i je vous ai rendu le plus grand service qu'il me soit possible : j'ai déclaré mon âge !» — 11 faillit un jour se tuer en dégringolant du haut en bas d'un escalier : « Remerciez Dieu ! i> lui disait-on :« Je m'en garderais bien; il ne m'a pas fait grâce d'un échelon ! »
ft52 LE RÈGNE DE RICHELIEU
qu'elle ne fût point sotte ; et M. du Fargis la vit, s'en éprit et l'épousa : à tout pécheur, miséricorde.
Au retour de l'ambassade d'Espagne, le cardinal de BéruUe, ses amis de Marillac^ parlèrent d'elle à Richelieu, qui la fit dame d'atours de la reine; et nous avons vu le rôle qu'elle joua auprès d'Anne d'Autriche, sans y réussir d'ailleurs. Cet insuccès la mit assez mal avec le cardinal qui se crut desservi et le lui fit sentir ; mais elle n'était pas femme à supporter patiemment une injustice et c'est probablement pour se venger de lui qu'elle découvrit à Marie de Médicis l'intrigue du cardinal avec la jeune reine. Elle ne s'en tint pas là; elle le « brouilla » avec les mécontents qui faillirent le renverser à la journée des Dupes. Ses amis Marillac et Béringhen étaient du complot : ils en pâtirent ensemble : Béringhen dut s'exiler, le maréchal Marillac eut peu après le cou coupé pour des bagatelles et son frère, le garde des sceaux, fut emprisonné à Angoulôme. M"'' du Fargis plus heureuse se sauva aux Pays-Bas. Pour satisfaire sa rancune, Richelieu rendit publiques plusieurs lettres fort honnêtes que la dame avait écrites au comte de Cramail, sans préjudice de la non moins honnête prose latine que, pour lui complaire, le maître des requêtes Chastelet rima sur elle et sur le vieux garde des sceaux Marillac ; on y lisait entre autres aménités :
1. Louis et Michel de Marillac; le maréchal et le garde dea sceaux.
Die mihi, Fargia, si audes, Quantas commisisli sordes Inter Primas atque Laudes, Quando senex vultu gravi Caudâ muicebat suavi !
Le latin dans les mots brave Thonnêteté. Cela ne suffisant pas, il la fit juger par la Chambre de l'Arsenal et condamner par contumace h être décapitée. Elle le fut — en effigie, heureusement pour elle.