‹ Le grand vaincu [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 36 · VAE · texte numérisé non relu

VAE

voyer à l'armée. Je vais satisfaire votre désir. Vous à

partirez dans huit jours pour rejoindre M. de Montcalm au Canada. D'ici là, je vous préviens que je vous ferai surveiller tous deux et, si vous faites une tentalive pour vider votre querelle, je vous fais enfermer à la Bastille pendant un an.»

« Ma résolution fut vite prise.

« — Eh bien! monsieur, dis-je à M. de Saint-Preux, nous nous reverrons au Canada |

« — En vérité! dit le maréchal; vous tenez donc bien à vous couper la gorge avec mon neveu?

«— Monseigneur, répliquai-je, jetraverserail'Océan à la nage, s’il le faut, mais je me battrail »

« Le maréchal me regarda, réfléchit un instant,

puis s'assit devant son bureau. Il me sembla qu'il {

souriait dans sa moustache grise.

" sr : à « — Tenez, dit-il en remeltant à son neveu une lettre qu’il venait d'écrire, voici quelques mots pour

M. de Montcalm. Je ne veux pas, mon cher Gaston, que vous ayez l'air de fuir une affaire d'honneur. Partez donc tous deux. Par cette lettre, je prie M. de Montcalm de fixer les conditions de votre rencontre. Promettez-moi l’un et l’autre d'accepter ces conditions, quelles qu’elles puissent être; jurez-moi aussi de ne pas mettre l'épée à la main avant d'avoir vu le marquis. »

« Nous fimes le serment que M. de Belle-fsle exigeait de nous. Quelques jours après, nous nous embarquions à Brest sur le brick l’Albatros. Vous connaissez le nouvel outrage que j'eus à subir de M. de Saint- Preux, pendant le combat que nous avons soutenu contre les Anglais. Oser porter la main sur moi, me faire enfermer comme un malfaiteur! Ne voyez-vous pas encore là une preuve de cette jalousie qui l’a poussé une première fois à me barrer les portes du château de Versailles? , ‘oulait se réserver pour lui

seul l'honneur du combai! Comprenez-vous main-

tenant que j'aie hâte de voir M. de Montcalm, puisqu'un caprice du vieux maréchal de Belle-Isle le fait juge de l'issue de notre querelle.

— Et cette affaire terminée, dit Frontenac (en supposant qu'elle se termine à votre avantage), resterez-

| vous parmi nous ?

— Non certes! s’écria d'Arramonde. Vous oubliez

. donc que je n’ai pas encore vu le roi? Dès que j'aurai

châtié cet insolent comme il le mérite, je retournerai

en France, je courrai à Versailles, et je vous jure que cette fois j'entrerai au château, dussé-je faire venir vingt paysans de mon pays, armés de bâtons, pour enfoncer les portes et caresser les reins des officiers de garde qui voudraient m'arrèter!

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