‹ Le grand vaincu [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 36 · PORTE ITR SPORE RIRE · texte numérisé non relu

PORTE ITR SPORE RIRE

qui tombérent sur nous, nous désarmèrent et appclèrent leurs hommes pour nous arrêter.

« Trois heures après, nous nous trouvions tous deux derrière les grilles de la Bastille, Nous y restâmes huit grands jours. Au bout de cet espace de temps, on nous fit monter dans deux carrosses, et on nous conduisit devant un grand vieillard, qui, je l'ai su depuis, était le maréchal de Belle-Isle, ministre de la guerre et parent de mon adversaire.

« Il nous reçut d’un air froid et sévère, et nous avertit qu'il ne nous rendrait la liberté que si nous nous donnions immédiatement la main devant lui et si nous lui promettions de ne plus croiser l'épée l'un contre l’autre.

« Mais vous devez bien penser que ces huit jours de Bastille ne nous avaient guère disposés à des -enliments de tendrese. Je pensais que sans Ia mauvaise volonté de ce blanc-bec j'avrais déjà vu le roi depuis huit jours, que j'aurais rejoint l'armée d'Allemagne à la tête d’une compagnie, et que j'aurais peut-être eu le temps — qui sait? — d'ajouter une nouvelle gloire au nom que je porte! De son côté, M. de Saint-Preux devait assister à un bal donné à Versailles en l’honneur de je ne sais quel ambassadeur étranger, et il était de fort méchante humeur d'avoir manqué cette fête.

«-— Monseigneur, dit M. de Saint-Preux au maréchal de Belle-Isle, j'ai été provoqué publiquement, vous savez en quels termes et dans quelles circon-

stances. Vous daignerez reconnaître vous-même, j'en suis sûr, que je ne puis éviter cette rencontre, à moins que je ne reçoive des excuses.

« — Des excuses! m'écriai-je. Un d’Arramonde à quelquefois tendu la main à son adversaire après le combat, mais avant, jamais!»

« Et je tins bon!

« Voyant que notre résolution était inébranlable :

« — Monsieur, dit le ministre à son neveu, vous m'avez demandé, il y a quelque temps, de vous en-

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