BOUGAINVILLE
Le ministre anglais répondit à cette demande par cette lettre en français :
« Monsieur,
« Ce m'est une vraie satisfaction de pouvoir vous envoyer l'agrément du roi sur un sujet aussi intéressant qu'est l’épilaphe, qui est d'une beauté achevée, que l’Académie des inscriptions à Paris a faite pour M. le marquis de Montcalm et qu'on désire envoyer à Québec, gravée sur un marbre qui doit être posé sur la tombe de cet illustre militaire. On ne peut qu'applaudir à la noblesse des sentiments des troupes françaises qui ont servi au Canada, en voulant rendre un pareil tribut à la mémoire de leur général, qu’elles ont vu mourir à leur tête d'une manière digne d'elles et de lui-même.
«Je me ferai un plaisir, monsieur, de faciliter en toutes choses des intentions aussi respectables, et d'abord qu'on me fera savoir les arrangements qu’on aura pris pour faire embarquer ce marbre, je ne
APPENDICE N° 3 290 manquerai pas de vous faire parvenir aussitôt le passe-port que vous désirez et d'envoyer au gouvernement de Québec des ordres pour sa réception.
« Au reste, monsieur, je vous supplie d'être persuadé de ma juste sensibilité sur ce qu'il y a d’obligeant sur mon compte dans la lettre dont vous . m'avez honoré et de croire que je saisis comme un bonheur l’occasion de vous témoigner les sentiments d'estime et de considération distinguée avec lesquels j'ai l'honneur, etc.
« WV, PiTr, « Londres, 10 avril 1761. »
On croit que ce marbre ne parvint pas à destination et fut englouti dans le naufrage du vaisseau qui le portait.
Mais en 1859, le 1% septembre, jour anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham, un groupe de Canadiens inaugura dans la chapelle des Ursulines de Québec un monument élevé par souscription à la mémoire du marquis de Montcalm et où était gravée la belle inscription de l’Académie. Ce fut une cérémonie touchante. La chapelle était tendue de draperies noires aux larmes blanches et au milieu de la nef s'élevait un modeste catafalque recouvert du drap mortuaire parsemé de fleurs de lis d'argent. Sur le sommet, la tête du héros sous un globe de cristal était exposée à tous les regards. Le P. Martin:
prononça l’oraison funèbre du marquis de Montcalm
Le roi conserva à la marquise de Montcalm une partie de la pension de #,000 livres dont jouissait le général ; chacun des enfants eut 900 livres. L’ainé obtint le régiment de son père, et le cadet une compagnie dans le même régiment.
A l’époque de nos grandes commotions politiques, la mémoire de Montcalm reçut un témoignage de respect et d'estime qui ne peut être suspect. Au moment où l’Assemblée nationale mettait en question la suppression des pensions accordées par le roi, M. de Noailles réclama une exception en faveur de la famille de Montcalm :
« Ses services, dit-il, ont fait connaître notre nom dans les deux mondes. Sa valeur et ses talents militaires ont honoré les armées françaises. » Sa demande lut écoutée. Les enfants de Montcalm, alors au nombre de quatre, reçurent une pension de 1,000 livres chacun. Mme de Damas, sa fille, en reçut 4,000. (Moniteur, 31 juillet 1790.)
Un des fils de Montcalm, alors membre de l’Assemblée, parut lui-même à la tribune le 1° août, et exprima sa reconnaissance au nom de ses frères et de sa sœur.