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Les malheureux ne tiraient plus un coup de fusil. Braves devant l’ennemi, ils éprouvaient une effroyable terreur en face du péril inexorable qui les menaçail.
Leur premier mouvement avait été de courir du côté de leur campement pour chercher si ce cerele de feu n’offrirait pas quelque brèche qu’ils pussent franchir.
Mais il n’y avait aucune issue, et la ceinture de flammes se rapprochait d'eux peu à peu.
Ils étaient pris dans cette terrible alternative d’être brûlés vifs ou de s’avancer sous les canons du fort et sous les fusils des Français, maintenant abrités derrière le premier retranchement du blockhaus.
Le cercle de feu se rétrécissait toujours.
Tout le détachement écossais était massé en un seul groupe. En tête de ce groupe se trouvait Jackson le Virginien.
Il gesticulait avec force de son bras unique et semblait donner à ses compagnons un ordre désespéré qui les faisait hésiter. Leur montrant le fort, il leur criait qu'il n’y avait pour eux d’autre moyen de salut que de tenter l'attaque du blockhaus.
Enfin, entraînés par son exemple, les soldats poussèrent un hourra et, mettant la baïonnette au bout du fusil, ils coururent au pas de course dans la direction du forl.…
Une effroyable décharge fit trembler tout à coup le blockhaus. |
Les quatre canons avaient fait feu en même temps; la mitraille pénétrant dans les rangs serrés
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de l'ennemi avait renversé près de la moitié des hommes.
Les autres s’arrêtèrent; quelques-uns, jetant leur fusil, voulurent s'enfuir.
Mais la chaleur ardente du brasier qui brûlait derrière eux les ramenait en avant.
Saint-Preux qui, debout sur la plate-forme du blockhaus, assistait à cette scène poignante, fut touché de la situation désespérée de ces malheureux,
« La Ressource, cessez le feu, dit-il au vieux sergent qui approchait de nouveau sa mèche enflamméc de la lumière d’un canon. Avancez-vous sur la première palissade ct proposez à ces pauvres diables de se rendre. »
Le sergent éteignit sous son pied sa mèche allumée, non sans pousser un soupir de regret, et alla exécuter l’ordre qu’il venait de recevoir.
Il se hissa au-dessus du premier retranchement, et s'adressant à la troupe ennemie en mauvais anolais: | « Camarades, cria-t-1l, déposez les armes et rendez-vous ; vous aurez la vie sauve, »
Le Virginien répondit par un juron à cette proposition, et, saisissant avec son seul bras la carabine d’un soldat, il fit feu sur le sergent. La balle siffla près de l'oreille de ce dernier.
€ Mille bombes! s’écria l’artilleur improvisé en se précipitant vers sa batterie, je vais apprendre la politesse à ce grand coquin à cheveux rouges. »
Et, adressant à Saint-Preux un regard suppliant :
« Capitaine, dit-il, permettez-moi d'envoyer encore une bordée à ce drôle.
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— Je vous défends de tirer, La Ressource, dit le gentilhomme d’un ton sévère. Ces malheureux sont incapables de tenir un fusil; ils ne peuvent pas nous faire de mal, et je vais leur proposer moimême... >
Saint-Preux descendit de la plate-forme du blockhaus et se dirigea vers la palissade.
Mais au même moment une clameur sauvage s'éleva dans la prairie.
Quelques Abénaquis qui étaient venus rejoindre Ouinnipeg avaient aperçu le groupe des Écossais décimés par la mitraille, avançant lentement devant la barrière de feu qui les poussait comme un troupeau affolé.
Aussitôt les Peaux-Rouges, ramassant des herbes enflammées, avaient couru comme des démons devant le fort et avaient incendié toute la partie de la prairie qui se trouvait en face du blockhaus.
Maintenant le détachement ennemi était entièrement circonscrit dans un cordon de flammes et de fumée.
Ces malheureux n’avaient même plus la ressource de trouver dans les retranchements du fort la mort du soldat.
Ils allaient périr dans les horribles souffrances du feu, périr jusqu’au dernier homme.
L’atroce vengeance des sauvages était accomplie. Au milieu d’un immense espace noir de cendres où s’élevaient çà et là quelques paillettes embrasées soulevées par le vent, apparaissait un monceau informe et carbonisé.
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C'était tout ce qui restait du détachement écossas.
Une heure après, Gaston de Saint-Preux et Jean d'Arramonde se trouvaient en face l’un de l’autre.
Îls eurent un moment d’hésitation, mais l’exaltaon causée par la joie du devoir accompli et du danger bravé les entraîna tout à coup dans un même mouvement généreux.
Ils oublièrent subitement leur querelle passée, leur rivalité, et tout sentiment mesquin disparut devant la grandeur de la lutte qu’ils venaient de
soutenir pour leur pays.
« Mordious ! embrassons-nous, voulez-vous?
s'écria Jean d’Arramonde.
— De tout mon cœur, » répondit Saint-Preux.
Et ils échangèrent une bonne et fraternelle étrente en se jurant une éternelle amitié.
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