‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 27 sur 85 · D A EI TT EE TE ET · texte numérisé non relu

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Vers le milieu du quatrième jour, les pirogues arrivèrent à un endroit où le fleuve était plus étroit. Les arbres plus rapprochés baignaïient dans l’eau sombre leurs racines semblables à de gros serpents.

M. de Montcalm était étendu au fond de la barque sur une peau d’ours gris. David Kérulaz, debout à l'avant, appuyé sur sa carabine, continuait sa garde vigilante.

Tout à coup il se baissa rapidement, enfonça sa main dans l’eau et en même temps une sourde exclamation de surprise s’échappa de ses lèvres.

« Que regardes-tu done si curieusement? » demanda M. de Montcalm.

Le chasseur de bisons hésita un instant; son regard inquict fouilla les profondeurs de la forût, puis interrogea les hautes branches des arbres où le soleil jetait des paillettes d’or.

« Voici ce que je viens de trouver dans le lac, » dit David Kérulaz.

Et il tendit à M. de Montcalm une de ces bandelcttes dont les Indiens se servaient pour attacher leurs mocassins.

Cette bandelette était en cuir rouge, bordé de fils de cuivre.

Assurément, un œil moins exercé que celui du chasseur de bisons aurait laissé passer au fil de l’eau celte courroie de ziocassin.

Mais en temps de guerre rien n’est indifférent, et l'attention avec laquelle David avait examiné sa trouvaille prouvait l'importance qu’il y attachait.

« Les Hurons! » murmura-t-il enfin à l'oreille du général en étendant le bras vers la forêt.

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cette courroie lui avaient révélé qu'elle appartenait à l’un des guerriers de la tribu des Hurons, alliée des Anglais. :

David fit remarquer au marquis de Montcalm que la bandelette n'était pas entièrement imbibée par l’eau; elle venait d’être jetée récemment dans le fleuve. Il était donc probable qu'une troupe huronne stationnait à peu de distance de ses bords.

Un nouvel et bizarre incident vint prouver à chasseur canadien que ses conjectures étaient fondées. À deux cents toises devant eux, le Saint-Laurent était coupé par des rapides qui bouillonnaient entre des roches aiguës.

Ces dangereux obstacles occupaient la moitié du fleuve. L'autre moitié était libre et offrait près de l’une de ses rives un passage resserré.

Or, au moment où David Kérulaz et le marquis de Montcalm dirigeaient de nouveau leurs regards vers les grands bois qui bordaient le rivage, ils virent un arbre s’incliner doucement vers le fleuve.

Bientôt un craquement sourd se fit entendre et l'arbre, achevant sa chute, vint s’abattre au travers du Saint-Laurent.

Les branches les plus hautes portaient sur le rocher pointu qui s'élevait comme une borne au milieu des eaux et marquait le seul endroit du fleuve qui fût praticable; le tronc barrait ce passage.

Une même expression inquiète assombrit la physionomie de M. de Montcalm et celle du chasseur.

€ Ils nous ont vus! murmura David,

— Nous sommes trahis! dit M. de Montcalm.

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