‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 28 sur 85 · RP PRE PE A PRR · texte numérisé non relu

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— Au nom de Dicu, monsieur le marquis, restez au fond de la barque! s’écria David Kérulaz, qui pâlit à l’idée que la vie précieuse confiée à sa garde allait être exposée à un terrible danger.

— Que veux-tu faire?

— Je n’en sais rien; mais, je vous en supplie, ne vous montrez pas. Nous allons recevoir des coups de fusil. »

David avait odonné aux Abénaquis de cesser de ramer ; les deux autres barques rejoignirent bientôt celle du commandant en chef.

David les fil mettre de chaque côté de la barque de M. de Montcalm, afin de la protéger dans le cas où les sauvages embusqués dans le bois voudraient tenter une attaque de vive force.

Puis, se penchant vers les Abénaquis :

« Ramez doucement, » leur dit-il en langue indienne.

Et désignant du doigt les grands bois silencieux :

« Les Hurons sont là, » ajouta-t-1l.

Il pria ensuite les officiers qui montaient les deux barques voisines de faire comme M. de Montcalm et de se dissimuler dans le fond des pirogues.

Maloré son calme apparent, le pauvre David était dévoré d’angoisse.

Les regards de ses compagnons se fixaient sur lui comme pour implorer dans cette terrible situation les ressources de son esprit, ordinairement si fertile en expédients. ;

Mais comment forcer le passage du fleuve?

Il ne fallait pas songer à franchir les rapides bouillonnants qui occupaient la moitié du Saini-

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Laurent. Les barques fragiles des sauvages se seraient brisées contre ces roches pointues. Et le seul passage navigable était barré par un arbre énorme que les efforts réanis de vingt hommes n'auraient pu parvenir, semblait-1l, à soulever.

Soudain un léger bruit que David entendit derrière lui lui fit tourner la tête.

Ses sourciis se contractèrent brusquement, sa main serra convulsivement le canon de sa carabine,

Une troupe nombreuse, dont les armes élincelient au soleil, venait de se montrer soudain sur l’une des rives du Sunt-Laurent, à cent pas environ derrière les barques des Français.

C’étaient les Hurons; David reconnut les aigrettes rouges piquées sur leur touffe de guerre.

Bientôt des formes noires se délachèrent de la rive et glissèrent sur le fleuve. Les sauvages metaient leurs pirogues à l’eau et faisaient force de ames pour rejoindre les trois barques immobiles au milieu du fleuve.

Le projet des Hurons était bien évident.

Ayant barré la route à leurs ennemis, ils allaient maintenant les attaquer par derrière, tandis que leurs ürailleurs, embusqués dans le bois ou cachés au sommet des arbres, feraient pleuvoir sur eux une grêle de balles.

Le marquis de Montcalm mesurait de son regard perçant la distance qui le séparait encore des Peaux- \ouges.

« Messieurs, dit-il à ses officiers, nous sommes perdus. Ces misérables sont.plus de cinquante, sans compler ceux qui se cachent sans doute dans le bois. Il ne

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