‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 32 sur 85 · EC ES Æ · texte numérisé non relu

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chose là — et 1l toucha son front — il faut que cela réussisse !... J’ai besoin de cet argent pour délivrer Pierre, comprenez-vous ? Nous serons un peu plus pauvres, ma bonne Marthe ; mais bah! je suis encore jeunc et l’avenir nous appartient.

Marthe disparut en courant, et revint tenant dans ses deux mains une grosse bourse pesante qu’elle remit à David.

« Tenez, tenez, dit-elle avec animation, prenez cet argent; faites vite, mon bon David, délivrez votre frère. »

Elle avança son beau front, le chasseur y mit un tendre baiser, après quoi il s’éloigna à grands pas dans la direction de Québec.

Sans perdre un instant, il se rendit aux bâtiments de l’intendance, y entra résolument, et arrètant un des commis qui courait, la plume derrière l'oreille et les mains chargées de papiers :

« Voudriez-vous m'indiquer le bureau de M. Varin ?» demanda-t-il.

Le commis toisa ce singulier personnage et voulut passer outre. Mais David Qui prit le bras, et, le serrant d'une manière significative :

« Je vous ai dit que je voulais parler à M. Varin; m'’avez-vous bien compris ?

— Montez cet escalier, dit le commis que cette vigoureuse étreinte avait fait légèrement pälir… Au fond du troisième corridor, vous trouverez...

— Pardon, mon temps est précieux, et je vous scrais infiniment obligé si vous vouliez bien me conduire à la porte de M. Varin.

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Et il avanca de nouveau sa main de fer vers le bras du pauvre diable, Celui-ci erut avoir affaire à quelqu'un de ces rudes éleveurs de bestiaux qui venaient parfois trouver lintendant pour des marchés, et, sachant qu'il était inutile de résister à ces hommes à demi sauvages, landis que souvent, au contraire, on trouvait profit à contenter leurs désirs :

« Bien, dit-il, je vais vous conduire chez M, Va- Min. »

David suivit son guide qui Le fil passer par un dédale d’escaliers et de couloirs sombres, et s’arrèla enfin devant une petite porte matelassée,

« Altendez-moi là... dit le commis, je vais vous annoncer à M. l'Intendant,

— Anutule, dit David; M, Varin me connait bien, »

I poussa la porte, et, en la refermant, envoya au commis ébahi un : « Merci, Pam! » quelque peu ironique,

Le chasseur de bisons se trouvait dans une petite antichambre. [l avisa une porte devant lui, louvrit sans’ plus de cérémonie et entra tout droit chez l'intendant.

M. Varin, qui était arrivé la veille de l’armée du lac Champlain, était en train de classer de nom- breuses liasses, lorsque l'entrée inopinée du chasseur lui fit lever son nez, chargé de lunettes d’or.

Il resta un instant stupéfait, Loisa David d’un recard sévère et étendit la main vers un cordon de sonnelte comme pour faire mettre l’importun à la porte,

« Un instant, monsieur Varin! dit David ; ne faites pas venir vos gens, car ce que J'ai à vous dire est un secret que seul vous devez connaître. Je n’abuserai pas de votre temps... Ecoutez-moi quelques instants avec patience. »

Repoussant de la main les papiers qui encombraient la table de l’intendant, il s’assit sur Île coin de cette table. |

« Je viens tout bonnement vous demander si vous êtes disposé à reconnaître que mon frère est innocent et si vous lui rendrez bientôt la liberté.

— J'avais oublié cette affaire, dit Varin avec une expression méchante, vous faites bien de me la rappeler.. Votre frère passera en jugement demain, et, comme les preuves contre lui abondent.…

— Ah! c'est iei que nous cessons de nous entendre, monsieur Varin, fit David avec son calme habituel... J'ai mis dans ma tête, mai, que demain mon frère sera libre... et 1l le sera. »

En disant ces mots, il frappa la table de son poing puissant.

« Vous osez me menacer, Je crois? dit Varin qui redressa sa petite taille et jeta en même temps un regard peu rassuré sur ce poing aux muscles énormes qui était posé si près de lui.

— Moi, vous menacer, monsieur Varin ! répliqua David avec bonhomie... vous me croyez done fou ? Que pourrait un pauvre homme comme moi contre un seigneur aussi puissant que vous l’êtes ? »

M. Varin respira et se rengorgca.

« Non, non, continua David, je sais à qui je parle... 11 faut m'excuser si mon langage est parfois un

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peu rude... mais que voulez-vous ! ce n’est pas dans la prairie qu’on apprend les belles manières... Enfin, dit-il en baissant la voix et en sc rapprochant de lintendant, voici ce que je viens vous dire. Si vous ne voulez pas donner la liberté de mon frère, je vous propose de vous l'acheter, monsieur Varin.

— Îlein? Que voulez-vous dire? » demanda l’intendant, qui, à ces mots, avait dressé l'oreille.

Et il regarda son interlocuteur avec une expression de méfiance et d'ironie.

« Oui, out, fit David, vous regardez mon pauvre équipage de chasseur et vous vous demandez si je suis fou ou si je me moque de vous. Mais écoutezmoi, monsieur Varin, et vous verrez que les proposilions que je viens vous faire sont séricuses et dignes d'attention... Je suis pauvre, c’est vrai, paree que, VOYez-VOus, je n’ai besoin de rie ; ; pourvu que je ne manque n1 de poudre n1 de balles, je suis heureux comme un roi. Et pourtant, si Je voulais, moi qui vous parle, je pourrais être aussi riche que ie roi de France ! »

Varin écarquilla ses petits veux; mais David parlaut avec une telle assurance qu'il était difficile de douter de ses paroles.

« Écoutez-moi bien, monsieur Varin, reprit David, d’un air confidentiel.

« [Ty a ceni ans environ, une barque montée par un viciilard descendait le Saint-Laurent. Cette barque s'arrêta à un certain endroit de la côte que je connais, et cet homme mit pied à terre. Il regarda autour de lui, vit que personne ne l’épiait; alors 1l

prit dans le fond de sa barque un sac fort lourd, le chargea sur ses épaules, remonta péniblement le long de la falaise et disparut bientôt derrière un gros rocher, Au bout de quelques minutes, 1l revint, descendit de nouveau vers la barque, y prit un autre sac et alla encore le cacher derrière le rocher. Ce manège se répéta une dizaine de fois. Or, ce vieillard, c'était mon granlt-père. Il avait eu des aventures étonnantes. Pris par les Indiens Sioux, alors qu'il était encore enfant, 1l avait été emmené à l’autre bout de l'Amérique. Il s'était échappé, avait erré dans les bois, el entin, à force de courir ct de mencr la vie du chasseur et du rappeur, 1l était arrivé un Jour dans une contrée déserte où il y avait de l'or à remuer à la pelle ; les pierres du chemin, le sable des ruisseaux, tout élail en or.

— Il avait découvert un placer ! s'éeria Varin, dont les petits yeux étincelèrent de convoitise.

— Précisément. Il remarqua l'endroit, s’orienta soigneusement, ct, marchant jour el nuit, arriva au bord de la mer, à une sorte &e village où il n°y avait que des flibustiers et des pirates. Il eut vite choisi trois ou quatre compagnons vigoureux et ré: solus avec lesquels 11 alla exploiter le placer. Avant de mourir, 1l révéla à mon père l'endroit où le trésor était caché. Mon père, habitué à la vie des prairies, accueillit cette révélation avec un sourire de dédain. Un jour, ecpendant, il me conduisit à la cachette du vieux trappeur, me montra les sacs d’or enfouis sous les pierres et me dit :

« — Tiens, garçon, si jamais l’âge affaiblit ton coup d'œil et paralyse tes jambes, tu n’auras qu'à

ard, le ent le re un il reprit un ocher.

(Or, ce cu des SIOUX, nmencé happé, Courir ‘ur, 1l où 11 y ‘es du or’.

Varin,

brienta LVA au il n’y it vile et ré- Avant le trépr'alire de la cas d’or

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venir iei et tu seras sûr de ne pas mourir dans Ja misère. »

— Et vous connaissez récllement cet endroit?

demanda Varin, qui semblait avoir écouté avec un singulier intérêt cette dernière partie du réeit du chasseur.

— Je le connais... Mais moi, je suis comme mon pére, monsieur l'intendant, je me soucie autant de cet or que des pierres du chemin.

« Seulement, reprit-1l d’une voix grave, voici ce que Je viens vous proposer. Je vous conduirai à la orolte du trappeur, Je vous livrerai ces trésors qui me sont inutiles ; en échange, vous me donncerez un papier constatant que mon frère est innocent, et, de plus, vous le ferez mettre dès demain en liberté.

— Je te le ne ts, je te le promets, mon brave chasseur, dit V2, qui avait peine à contenir les transports Ge sa Joie. Voyons, quand irons-nous là-bas?

— Ce soir, si vous voulez.

— Pourquoi pas à l'instant même”?

— Permettez, permettez, monsieur l’intendant, dit David, Nous ne serons pas seuls; il faudra emmener du monde pour remuer les rochers sous lesquels sont cachés les sacs, et vous comnrenez que ces gens-là ne doivent pas voir le chemin que nous suivrons, car il est probable que nous ne pourrons pas tout emporter en une seule fois.

— Le. trésor est donc bien considérable? demanda Varin en frottant ses grosses mains l’une contre l’autre.

— il y a des millions et des millions.

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