‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 31 sur 85 · RES IE · texte numérisé non relu

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136 LE GRAND VAINGU,

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— Je suis revenu avec lui. Il doit être à Québec en ce moment.

— Ah!»

Et un soupir profond parut soulager la poitrine du vieux paysan canadien.

« Ah! il est à Québec. Tant mieux! Sais-tu bien, garçon, que les nouvelles ne sont pas bonnes?

— Je le sais.

— On dit que ces coquins d'Anglais vont venir nous assiéger... Mais si le grand marquis est là, on peut dormir sur les deux oreilles. »

Il y eut un instant de silence; le vieillard continuait son travail lent et machinal.

David reprit :

« Je viens de voir Marthe; Je l’ai trouvée pâlie, père Dervieux.

— Tu crois? Heu! non, elle a été peut-être un peu saisie de te voir, voilà tout... Ah çà, dis-moi, il n’y a encore rien de changé? Ton frère... est toujours là-bas?

— Toujours, répliqua David, dont les lèvres se serrèrent. |

— Eh bien! mon garçon, poursuivit le vieux paysan en continuant tranquillement à arrondir son manche de bèche à coups de serpe, tu sais ce que je

l'ai dit... Je ne veux pas de déshonneur dans ma famille. Toi, tu es un brave garçon que j'aime et que j'estime; mais, tant que ton frère sera en prison, Marthe ne pourra être ta femme. C'est dit.

— Demain, Pierre sera sorti de prison, dit Devid avec un accent vibrant.

— Oui, oui, dit le vieux paysan, mais comprends.

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moi bien. Je sais que tu es fort et adroit et que tu couperais les barreaux d'un cachot aussi facilement que Je taille ce bout de hêtre. Ce n’est pas là ce que je veux dire. Il faut que ton frère sorte de prison par la grande porte et que son innocence soit reconnue et constatée par ceux qui l'y ont fait mettre.

— Son innocence sera reconnue et constatée, dit David avec assurance.

— Vrai? eh bien! tant mieux; bonne chance, garçon ! En ce cas nous ferons la noce, je te le prome!s. »

Le vieillard jeta sa scerpe et donna la main à David Kérulaz qui partit aussitôt pour aller retrouver Marthe.

Marthe, lui dit-il, quand je suis parti il y a un mois pour aller rejoindre M. de Montcalm sur les bords du lac Champlain, je vous ai confié un dépôt,

— Oui, David, oui, vos économies... mille écus. Oh! je les ai précieusement conservés, allez, en attendant.

— Marthe, voulez-vous me rendre cet argent ?... »

La jeune fille eut un geste d’effroi; elle regarda son fiancé comme pour s'assurer qu’elle avait bien entendu.

« Ainsi, dit-elle, tout est fini? »

Et deux larmes parurent aux franges de ses longs cils noirs.

« Non, non, certes, dit David en lui serrant vigourensement la main, tout n’est pas fini, Marthe ! Croyez-vous que je renonce comme cela au bonheur de vous avoir pour femme? Quand j'ai quelque

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