‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 34 sur 85 · LA GROTTE DU TRAPPEUR · texte numérisé non relu

LA GROTTE DU TRAPPEUR

Le soir même, à neuf heures, une sorte de grande berline attelée de deux chevaux vigoureux vint s’arrèter devant la maison somptueuse qu’habitait l’intendant Varin.

Celui-ci ne tarda pas à paraître, escorté de deux valets couverts de grands manteaux sous lesquels ils dissimulaient tout un arsenal de pistolets et de poignards.

David Kérulaz ouvrit la portière de la voiture et invila poliment l’intendant et ses deux valets à prendre place dans l’intérieur.

Dès qu’ils furent installés, la portière se referma brusquement, et M. Varin constata, non sans une certaine inquiétude, que les glaces de la voiture avaient été remplacées par des panneaux en bois. Les portes s’ouvraient extéricurement. L’intendant élail donc prisonnier Mais la présence de ses deux valets vigoureux et

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bien armés le rassura sur les suiles de cette sinoulière aventure, et, se renversant dans le fond de la berline, il attendit patiemment le dénouement promis par David Kérulaz.

La voiture se mit en route et fila rapidement à travers les rucs de Québec.

David conduisait. À côté de lui se tenait un des ouvriers qu'il avait emmenés. Deux autres hommes, debout derrière la voiture, sur le coffre où étaient les outils, avaient pour mission de s'assurer que personne ne suivait la petite expédition. Ces trois compagnons étaient des gens de la ferme du père Dervieux, dévoués corps et âme au chasseur canadien.

La voiture roula pendant près de deux heures. La nuit élait entièrement noire; de gros nuages flottaient dans le ciel.

Au bout d’une heure et demic de course rapide, l'intendant s’aperçut que le grand fleuve était procie. Îl entendit le sourd mugissement des vagues, et, en mème temps, comme le fond de la vieille berline était disjoint par un long usage, il sentit un vent frais et piquant lui fouetter les jambes.

Enfin, la voiture s'arrêta brusquement.

Varin éprouva, pour la première fois de sa vie peut-être, une sorte d'émotion qui lui serra le cœur. David Kérulaz allait-1l tenir sa promesse?

La portière grinça sur ses gonds rouillés et s’ouvrit toute grande.

« Allons, monsieur l’intendant, dit tout aussitôt le chasseur de bisons, nous voici arrivés. Donnezmoi la main pour descendre. »

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Varin mit pied à terre, ainsi que ses deux valets. L'obscurité était complète. Il vit seulement qu'il se trouvait sur la crête d’une falaise élevée. :

Une grande lande déserte et semée de gros rochers s’étendait sur le sommet de cette falaise.

Ce fut vers cette lande que David Kérulaz s'avança d’un pas assuré. Varin, ses gens et les ouvriers le suivirent.

Au bout de quelques minutes de marche, ils arrivèrent à un endroit où cinq ou six rochers étaient disposés en cercle. Des broussailles peu élevées croissaient dans celte étroile enceinte.

« Suivez-moi bien, monsieur l’intendant, » fit David.

Et il entra résolument dans ces broussailles. Le sol parut se dérober subitement sous ses pas; 1l avait rencontré les marches d'une sorte d'escalier srossièrement taillé dans le roc et il les descendait lentement.

Varin, appuyé sur le bras de ses deux valets, le suivit en prenant de minutieuses précautions

Ils descendirent ainsi quelques instants dans une nuit profonde.

Enfin, David battit le briquet et alluma une lanterne qu'il portait suspendue à sa ceinture.

L'intendant vit alors, non sans surprise, qu'il se trouvait dans un long couloir assez large, taillé dans le rocher de la falaise.

Il y soufflait un vent très vif. Cette grotte, dont le sol était en pente douce, communiquait avec la rive du Saint-Laurent,

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