‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 37 sur 85 · RENE SPA ARS · texte numérisé non relu

RENE SPA ARS

l’un des rocs aplatis qui recouvraient le trésor du trappeur.

David, les trois ouvriers et les deux valets de chambre de l’intendant vinrent peser sur le levier, Mais la picrre semblait rivée au sol; elle ne bougeait pas. Il faut dire que les efforts de David Kérulaz et de ses compagnons étaient plus apparents que réels et que, tout en ayant l’air de se donner beaucoup de mal, ils pressaient fort mollement sur la pince de fer.

Varin frémissait d’impatience. Il voulut prêter main-forte el vint peser à son tour sur le levier. David le laissa faire et se divertit intérieurement des efforts surhumains de l’intendant qui, la perruque de travers et les yeux sortant de l'orbite, suait à grosses goulles, pour remuer l’inébranlable rocher.

« Courage, monsieur Varin, disait David, couraoc!... il me semble que le gueux a fait un mouvement... oui, tenez, il se soulève. Allons! un dernier effort!... Ah! mon grand-père était un fameux homme s’il a pu déplacer ces rocs à lui tout seul !... »

En achevant ces mots, Bras-de-Fer pesa légèrement sur le levier. Le roc se souleva aussitôt, et la pince étant entrée plus avant, il ÿ eut un faible interstice entre la pierre et le sable sur lequel elle reposait.

David courut chercher la lanterne, prit un bâton et l’introduisit dans cette fente:

« Tenez, tenez, dit-il, on sent au bout de ce bâton un gros sac plein d'or.

— C'est la vérité !» s’écria Varinen tâtantà son tour.

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Il se jeta à plat ventre, fit te sous le rocher les

rayons de la lanterne et se releva en criant :

Oui, ce sac est éventré, et j'ai vu reluire des lingots d'or!... À l'œuvre! à l’œuvre ! renversons le rocher ! »

David fitun signe imperceptible à ses compagnons.

Is appuyèrent alors vigoureusement sur le levier. Le rocher fut soulevé ; on vit distinctement le sac d'or,

Mais, au même instant, un bruit sec se fit entendre, l'énorme picrre retomba pacs et Tavid, portant ses deux mains à sa tête, comme s’il eût voulu s’arracher les cheveux, s’écria :

« Mort de ma vic! la pince est brisée ! »

L'intendant Varin devint pâle.

David Kérulaz avait l'air si sérieusement désolé que ses Lrois compagnons, qui élaient dans le secret, en mouraient d'envie de rire.

« Mon brave David, dit l’intendant d’une voix un peu étranglée, en posant sa main sur le bras du chasseur de bisons... j'ai eu confiance en vous, j’espère que je n'aurai pas à m’en repentir... Vous me promeltez, n'est-ce pas, que demain soir nous reviendrons 1c1?

— Monsieur Varin, s’écria le chasseur en levant la main au ciel, vous savez que je suis un homme loyal el que je n'ai jamais menti. de vous jure de-

vant Dieu que demain soir, à la même heure, je vous ramènerai à celte grotte. »

Deux heures après, la berline rentrait dans la ville de Québec silencieuse etendormie, et venait déposer lintendant Varin à la porte de son hôtel,

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