‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 43 sur 85 · DAT · texte numérisé non relu

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« Figure-toi, nion brave Jacques, que j'ai la tête

tellement perdue depuis que les habits rouges sont dans notre village, que je n'avais pas reconnu {à voix... Ainsi, tu viens de là-bas ?...Tu L’es toujours : | bien porté ?... » ï b Et le père Joseph, tendant la main au nouvean : 1 venu, éleva en même temps sa lanterne pour voir le , k visage de son ami.

L « Grand Dieu! s’écria-t-il en laissant tomber la À s Al lanterne sur la table, tu n’es pas Jacques Borel!.. x tu m'as trompé! Mais qui es-tu donc? que viens- R = tu faire 1617... Pourquoi as-tu pris le nom du soldat Ke ! de M. de F'rontenac, mon ancien camarade”... Parle, | réponds, ou sinon... » Il allongea en même temps sa main vers un cou- “ teau grand ouvert sur la table.

Sans répondre, létranger rejeta le manteau l'A rapiécé qui couvrait ses épaules, posa sur la table ae le grand chapeau de feutre rougi par le temps qui . cachait ses traits et découvrit la taille élégante et& © le visage hardi de Jean d'Arramonde. .

Puis, prenant un escabeau de bois sur lequel il Me s’assit et appuyant son coude sur la table :

€ M. de Frontenac m'a dit que Je pouvais compter ss

sur vous, fit-1l en attachant un clair regard sur le visage du vieil aubergiste ; 1 m'a dit qu'au Lemps où é

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il commandait un bataillon du régiment de la Rei ne, à |, : il n'avait pas de meilleur soldat que vous et que, $ d vos blessures ne vous avaient contraint à Ed . celle auberge, vous seriez en ce moment aux pre- pres miers avant-posles, prêt à faire le coup de feu contre .

3 1 les Anglais.

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— (Ça, c’est vrai! s’écria le vieux brave, dont le visage bronzé s’anima; mais.

— Écoutez-moi, Sachant que je devais arriver ici pendant la nuit pour éviter les sentinelles anulaises, M. de Frontenac m'a conseillé de vous demander l'hospitalité et de prendre le nom de son soldat Jacques Borel, votre ancien camarade, afin que vous me fassiez entrer chez vous sans difficulté.… Mais je vous ai trompé, je suis officier sous les ordres de M. de Montcalm, je me nomme le marquis d'Arramonde, et il n’y a de réel dans tout ceci que ma présence chez vous et le service que je viens vous demander. »

Cette déclaration si nette et si confiante amena une expression de profonde surprise sur la physionomie du vieux soldat.

« Pouvons-nous parler librement ici? demanda d'Arramonde du mème ton rapide et bas, sans s’inquiéter des exelamations d'étonnement de laubervite.

— Ces murs ont deux pieds d'épaisseur et la porte est en chène bardé de fer... Je me suis retiré exprès dans celle petite pièce, afin de pouvoir jurer lout mon saoûl contre les Anglais... et Je vous réponds que je m'en donne du matin au soir.

— Bien.

t, tandis que l’aubergiste posait lentement sur k table une bouteille poudreuse, du pain et un reste de pâté qu’il était allé chercher dans un petit Ph \card, et auxquels le gentilhomme béarnais s'empressa de faire honnétr !

« Vous devinez ce que je viens faire ici, n'est-ce

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pas”. poursuivit Jean d'Arramonde. M. de Montalm veut être renseigné sur les forces des Anglais qui ont débarqué sur cette côte. Vous avez entendu sans doute le bombardement de la ville?

—— Ah! monsieur, dit l’aubergiste avec tristesse, quelle horrible chose! Pendant la journée, c'es! un roulement de tonnerre continuel... et souvent, nuit, je me réveille en sursaut, croyant loujours entendre ce maudit canon... Dites-moi... notre pauvre belle ville de Québec doit être rumée”?...

— Non; la basse ville a beaucoup souffert.

plus de douze cents maisons ont été détruites.

— Douze cents maisons, bon Dicu!

— Mais le reste tient bon, et, aussi vrai que voici un excellent pâté, les Anglais n'entreront pas à Québec tant que M. de Montcalm et son armée garderont la ville.

— Ah! M. de Montcalm! quel homme! quel soldat! Si l’on n’était pas percé de blessures comme une vicille écumoire, comme on aimerait à aller là-bas, avec les camarades, tirer quelques cartouches en son honneur!

— Les Anglais n'auront jamais Québec de vive force, continua Jean d’Arramonde en reposant son verre sur Ja table... Mais notre général craint une ruse... Voyant que tous leurs efforts pour le faire sorir des retranchements sont inutiles, les Anglais peuvent avoir recours à quelque invention diabolique. Bref, Je ne viens pas seulement compter le nombre des soldats, père Joseph; je viens encore savoir quelles sont les intentions des officiers et quel est le plan de campagne du général Wolf. »

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Ces paroles débitées avec ce ton d'assurance et de hardiesse qui était particulier au gentilhomme béarnais mirent le comble à la stupéfaction du digne auhergiste.

I regarda d'Arramonde, qu achevait tranquillement son frugal repas, et se gralta la tête d'un air embarrassé, comme s'il se fût demandé si ce genülhomme avait bien tout son bon sens.

€ Dites-mot, fit Jean d'Arramonde en repoussant de la main l'assiette et la bouteilleentièrement vides, pouvez-vous m'indiquer dans quelle maison du villue sont logés le général Wolf et son élat-major”?

— Is ont pris logement chez un nommé Pierre Dargonne, mailre forgeron.

— Bien; connaissez-vous ce Pierre Parzonne?

-— Oui, certes.

— [ist-ce un homme sûr?

-— J'en réponds comme de moi-même,

— [1 faudra que vous trouviez un prétexte pour m'introduire chez lui, père Joseph. Une fois dans k place, je saurai bien me ürer d'affaire et remplir la mission que M. de Montealm m'a confiée, — Pour l moment, je meurs de fatigue et de sommeil: y t-il dans votre auberge un çoin où je puisse reposer”?

— Mon Dieu! monsieur le maiquis, dit le bon aubergiste avec un peu d'embarras, je n'ai que celle chambre et ce lit à vous offrir,

— Mais vous, père Joseph?

— Oh! moi, j'irai dans la grange où j'ai justement rentré du foin nouveau aujourd’uui. Je dormi-

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