‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 44 sur 85 · RUSE DE GUERRE · texte numérisé non relu

RUSE DE GUERRE

Le lorlermain malin, lorsque le jour parut, Jean d'Arramonde, qui s'était Jeté tort habillé sur le lit de l’auberuiste, fut révollé par les eris et Le tumulte qui venaient de la salle basse de l'auberge.

C'élaient les soldats anglais qui annonçaient leur réveil en demandant du pain et de l’eau-de-vie,

Au bout de quelques imstants, la lourde porte de chêne tourna sur se: gonds et donna passage au père Joseph.

« Bonjour, snonsieur le marquis, dit-1l gaiement, Avez-vous bien dormi”?

— À merveille.

— lntendez-vous quel tapage ils font là-dessous, les gucux”?... Mais ça ne me regarde pas. J'ai dità incs deux garçons de leur donner tout ce qu'ils demanderaient.….. quand la cave sera vide, il fauurà bien qu'ils s’en aillent, »

Pais, se rapprochant de d’Arramonde :

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« Mon officier, dit-il, j'ai du nouveau à vous apprendre.

— Parle!

— J'ai vu Pierre Dargonne tout à l'heure.

— Bon!

— Le général anglais donne ce soir un diner à ses officiers.

— Très bien!... M'as-tu fait inviter au moins?

— Non pas, répliqua le père Joseph en riant, mais J'ai pensé.

— Quoi donc?

— Mon Dicu!... fit l’aubergiste en hésitant, je ne Sais Si Vous consentiriez...

— Eh! tu me fais mourir avec tes lenteurs!.… Tu as pensé, n'est-ce pas, qu’au moyen d’un déguisement Je pourrais approcher de la table et écouter ce que diront les officiers anglais ?

— En effet... mais ce déguisement...

— de l’accepte d'avance.

— Pourtant...

- Je l’accepte, te dis-je; et dussè-je leur présenter les plats ou leur verser à boire.

— Vous feriez cela, mon officier ?.…

— Assurément. Je veux savoir pourquoi le général Wolf reste depuis quinze jours inactif, se contentant de bombarder stupidement une ville sans défense. Je veux savoir ses projets, comment il espère vaincre M. de Montcalm et entrer à Québec. Pour arriver à mon but, je ne reculerai devant rien. Venons au kit; tu me disais donc?

— Ce sera un grand souper ce soir, car, tandis que les pauvres gens de Québec mangent une once

| de pain par jour et un morceau de cheval coriace, h !

} ici, ces messieurs ne se refusent rien... Pierre

" Dargonne a promis que son neveu Nicolas, un jeune | | homme à peu près de votre âge, viendrait aider les

| gens du général.

|| — C'est entendu et compris, dit d’Arramonde; f je prendrai la place du neveu Nicolas : conduis-moi chez le forgeron.

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— Pas encore, s’il vous plaît, monsieur, dit le

père Joseph en souriant. Il est à peine cinq heures

| l du matin et le souper est pour six heures du soir. 1 | | — C'est vrai. Eh bien! je vais aller flâner dans ri P Îl le village ; je reviendrai tout à l'heure déjeuner avec Ca d- Al toi. Tu me présenteras à ton ami, et nous prenri {l drons nos mesures pour ce soir. » Lai l | Jean d’Arramonde était enchanté du nouveau qu : rôle qu’il jouait. Après la vie accidentée qu’il avait à | | menée dans les bois et dans les prairies, l'existence les | monotone du camp lui avait semblé insuppor- bla lo table. ver L: Gaston de Saint-Preux l'avait quitté depuis quelques jours pour aller prendre le commandement PA d’un poste situé près de l’anse du Foulon, au sud d'A de Québee, et destiné à garder cette partie de la côte, où où les Anglais auraient pu facilement débarquer. lat D'Arramonde s’ennuyait; pour se distraire, 1l [ avait demandé à M. de Montcalm l'autorisation de d'A, tenter une reconnaissance dans les lignes anglaises. Nic Le général français avait accepté avec une cordiale aide | effusion les offres de service de l’aventureux jeune ses ( homme, Celui-ci s’élait mis aussitôt en route après : S (CSI

avoir changé de vêtements et s'être concerté avec

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M. de Frontenac, qui connaissait admirablement tout le pays voisin de Québec.

Jean d’Arramonde employa cette matinée à étudier les dispositions du camp anglais, placé parallèlement à celui des Français, dont :l était séparé par la rivière Montmorency.

Il ne put pénétrer dans ce camp; mais, d’après le nombre des tentes et des ubris de feuillage, il calcula que les troupes anglaises débarquées sur ce point devaient comprendre environ dix mille hommes, c’est-à-dire qu’elles étaient trois fois supérieures en nombre à la petite armée de M. de Montcalm.

Il constata en outre avec un amer chagrin que, tandis que les héroïques soldats de Montcalm manquaient de vivres, de vêtements et de souliers, grâce à l'indifférence ou à la scélératesse des intendants, les soldats anglais, bien équipés, bien nourris, semblaient à peine se ressentir des fatigues de la traversée et du débarquement.

À midi, Jean d’Arramonde revint à l’auberge de l’'Ange-Gardien. Il traversa la salle basse, remplie d'Anglais déjà ivres, et monta à la petite chambre où le père Joseph et son ami Dargonne, le forgeron, l'attendaient.

Il fut convenu que, le soir, vers cinq heures, Jean d'Arramonde, prenant le nom et le costume de Nicolas Dargonne, le neveu du forgeron, viendrait aider à servir le repas que le général Wolf offrait à ses ofliciers.

« Je vous souhaite de réussir dans ce que vous désirez, monsieur, dit le brave forgeron en secouant

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