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que c'était à le neveu dont il leur avait parlé et qui devait les aider à préparer le souper.
Jean d’Arramonde se mit à la besogne avec un entrain qui émerveilla le brave forgeron.
Il espérait bien qu’on aurait encore besoin de ses services au moment du repas et qu’il pourrait assister ainsi à la conversation des convives.
Mais, lorsque les préparatifs -du souper furent terminés et la table dressée, les deux grands valets du général lui firent entendre par signes — car il feignait de ne pas comprendre l'anglais — que son aide était désormais inutile et qu’il n’avait plus qu’à se relirer.
Jean d’Arramonde n’entendait nullement que les choses se passassent ainsi.
Profitant d’un moment où les domestiques du général anglais étaient occupés à la cuisine, il remonta doucement l'escalier en bois qui conduisait au premier étage, entra dans la salle où le souper devait avoir lieu et alla se poster derrière un haut dressoir chargé de plats d’étain. A travers les planches disjointes qui formaient le fond de ce meuble, il pouvait tout voir sans être vu.
Enfin, lorsque six heures sonnèrent à l’église du petit village de l’Ange-Gardien, une dizaine d’officiers anglais vinrent prendre place autour de la longue table, en faisant craquer sous leurs lourdes bottes les solives du parquet.
Au milieu de la table, entre un gros colonel au visage haut en couleur et un grand major de cavalerie au profil dur et anguleux, se tenait un Jeune homme de trente-trois ans à peine, pâle et chétif.
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Ce jeune homme était James Wolf, le commandant en chef de l’armée qui envahissait le Canada.
Cette physionomie froide et austère, animée par le feu intelligent de deux yeux ardents, capliva puissamment l'attention de Jean d’Arramonde.
L'aspect de ce visage pâle et résolu où se lisait une volonté implacable, un enthousiasme froid et pénétrant, lui fit éprouver une impression singulière; une sorte de pressentiment triste lui serra le cœur, et, pour la première fois, l’inébranlable confiance qu’il avait dans l’armée française, dans M. de Montcalm et dans lui-même, reçut comme une faible alteinte.
Le général anglais parlait peu ; il semblait absorbé par ses pensées. Il laissait les officiers qui l’entouraient discuter les événements de la campagne, regretter que le bombardement auquel la ville de Québec était soumise depuis huit jours n’eût pas encore amené la reddition de la place, et s’emporter contre l’inaction de M. de Montcalm, qui, bien fortifié dans son camp retranché de Beauport, répondait par un profond dédain aux manœuvres savantes tentées par les Anglais pour le faire sortir de ses lignes.
« Il attend que la mauvaise saison nous oblige à nous rembarquer, dit un officier avec dépit.
— Bah! d’un moment à l’autre il peut avoir sur les bras l’armée du général Amherst qui ‘oit venir de l’intérieur des terres se joindre à nous... Que fera-t-1l avec ses six mille hommes contre nos soixante mille soldats ?
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