RER
| | } ÿ pi ê:
È ; Le
132 LE GRAND V\iINCU.
James Wolf se tourna vers l'officier qui venait de parler, et lui dit d’une voix grave :
« Nous ne devons pas compter sur le secours du général Amherst. Avant qu'il ait pu venir faire sa jonction avec nous, la neige et les glaces nous aurons chassés d'ici... [1 faut agir par nous-mêmes et agir sans retard. »
Il y eut un mouvement d’attention parmi les officiers anglais; un grand silence s’établit.
« Messieurs, dit le général Wolf en élevant son verre, je bois à Sa Majesté le roi, qui attachera bientôt le fleuron du Canada à sa belle couronne d'Angleterre. »
Un hourra enthouiaste répondit à ce toast.
James Wolf se tourna alors vers les deux serviteurs restés debout près du dressoir et leur ordonna d’un geste de sortir.
On en était à la fin du repas.
Seul peut-être parmi les convives, le général anglais gardait sa froide et impassible contenance. Quand les deux valets furent sortis :
« Messieurs, dit-il, je vous ai réunis pour vous dire que demain matin j'altaquerai les Français. Vous, colonel Clock, vous ferez avancer votre artillerie cette nuit sur la crête du ravin de Montmorency, et dès le lever du soleil vous commencerez le feu. Je sais de bonne source que les Français n’ont que dix pièces à opposer à vos cent vingt canons. En même temps, le major Hawson se portera par la droite avec deux mille hommes, traversera le ravin et commencera une attaque sur la gauche des Français pour les attirer de ce côté. Avec le gros de nos
venait de
} SECOUrS enir faire ces nous s-mêmes
1 les offi-
evant son attachera couronne
St.
UX Serviordonna
> général ntenance.
our vous r'ançaIs.
tre artil-
orency, le feu. Je ’ont que ons. En a par la le ravin es Frans de nos
forces, je m'avancerai alors le long du Saint-Laurent et j'enlèverai les retranchements de M. de Montcalm. Le rendez-vous est à midi, à Québec. »
Il se leva en achevant ces mots prononcés d’une voix nette et vibrante, et, adressant un salut aux officiers réunis autour de lui :
« Vous avez, dit-il, des dispositions à prendre pour la bataille de demain. J'espère que vous saurez communiquer votre ardeur aux troupes que vous commandez. Songez que dans vingt-quatre heures, s’il ploît à Dieu, le drapeau d'Angleterre flottera sur les murs de Québec. »
Le jeune général se retira dans la modeste chambre que lui avait cédée le forgeron Dargonne; là, il passa la nuit à expédier des ordres en vue de la bataille décisive qu’il comptait livrer le lendemain matin à la petite armée française.
Dès que le dernier officier anglais fut sorti, Jean d'Arramonde se glissa hors de sa cachette, descendit dans la salle et vint s’asseoir près du forgeron qui se chauffait à la flamme claire du foyer.
@ Eh bien! demanda ce dernier à voix basse, quelles nouvelles ?
— Îl faut que je retourne sur-le-champ au camp de M. de Montcalm, dit le gentilhomme français sur le même ton. Pouvez-vous me servir de guide?
— Difficile ! dit-il laconiquement.
— Ïl le faut, entendez-vous? il le faut! reprit d'Arramonde en se levant. Si vous refusez de m'accompagner, j'irai seul; je saurai bicn franchir la rivière qui coule au fond du ravin, et, une fois l rivière passée, j'arriverai facilement au camp.
— Vous avez trouvé une barque pour vous amener 1C1; vous n’en trouverez pas pour retourner de l’autre côté ; les Anglais les ont toutes fait brûler, D'ailleurs, la lune brille cette nuit comme un soleil, et les sentinelles ennemies font bonne garde. »
Il réfléchit un instant.
«Je connais bien un passage sous le saut de Montmorency; je m’amusais à le franchir étant enfant, et j'espère que l’âge n’a pas encore brisé mes jambes. Mais c’est un endroit dangereux, qu’il faut bien connaître pour s’y hasarder.. Est-ce que vous ne pourriez pas me confier ce que vous avez à dire làbas ? »
Jean d’Arramonde eut un moment d’hésitation.
Mais, après avoir jeté un coup d'œil sur la calme et honnête figure du forgeron, 1l se reprocha ce mouvement de défiance.
« Combien vous faudra-t-il de temps pour arriver au camp de M. de Montcalm? demanda-t-il.
— Deux heures.
— Bien. »
Et, se penchant vers l'oreille du forgeron, il lui confia ce qu’il venait d’entendre et lui recommanda surtout de bien retenir la disposition que le général Wolf comptait donner à son armée.
« Vous irez droit à la tente de M. de Lévis qui commande les troupes opposées aux Anglais. Vous lui ferez part de cette grave nouvelle et vous lui direz que c’est le marquis Jean d’Arramonde, officier de Sa Majesté, qui vous envoie vers lui. »
Le forgeron courut prendre un grand manteau dont il s’enveloppa, un bonnet de fourrure qu'il
Jour vous retourner ut brûler, un soleil, le. »
t de Montnt enfant, mes Jamfaut bien » VOUS ne à dire là-
ésitalion.
à calme et a Ce MOou-
r arriver
on, 1l lui pmmanda e général
Lévis qui ais. Vous vous lui de, ofli- 1. »
manteau re qu'il
s’enfonça sur la tête jusqu'aux oreilles et, revenant vers Jean d’Arramônde :
« Votre commission sera faite, dit-il. Si le saut de Montmorency n’est pas plus méchant que de coutume, je passerai... Demain malin, au lever du jour, je serai revenu, à moins que... »
Il s'approcha plus près du jeune gentilhomme et lui dit en adoucissant un peu la rudesse de sa voix:
« Si je ne suis pas de retour demain matin, vous annoncerez la chose tout doucement à la bonne lemme... Vous savez, à son âge, un coup comme celui-là pourrait la tuer... Vous lui direz que son homme a voulu se rendre utile à la brave armée de M. de Montcalm et qu'il n’a pas été assez heureux pour réussir. Vous lui direz ce que vous voudrez enfin, mais doucement, n'est-ce pas? bien doucement. » |
Et Pierre Dargonne, se retournant brusquement comme pour cacher son émotion, se dirigea vers la porte.
Mais d’Arramonde le rappela.
« Votre main, mon ami, dit le gentilhomme avec élan, et merci au nom de M. de Montcalm et de ses soldats, auxquels vous portez peut-être la victoire ! »
Après avoir échangé avec Jean d’Arramonde une silencieuse étreinte, le forgeron se glissa hors de sa maison et, suivant l’ombre des murailles, se dirigea vers le ravin de Montmorency.
RERT TS
Es" PRET. US RS ne