‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 65 sur 85 · ER · texte numérisé non relu

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telots, Jean d’Arramonde et deux soldats que le lieutenant Garnley avait laissés pres de lui,

Un murmure confus s'eltri de la surface de l'eau; les ordres s’échangeaieo" sipidement à voix basse,

Tout avait été bien prévu et combiné. Les radeaux glissaient les uns derrière les autres et venaient jeter sur le sable leur contingent de soldats avec un ordre et une rapidité extraordinaires.

Encore quelques instants et le débarquement allait être terminé. Avant minuit toute l’armée serait rangée en bataille dans les grandes landes désertes qui étendaient leurs mélancoliques solitudes au-dessus de la falaise.

Déjà la tête de la colonne montait péniblement le sentier tracé entre les rochers, Elle arriva au sommet et aperçut devant elle l'espace que la nuit rendait plus immense encore.

Au mème moment une épouvantable explosion déchira l'air.

De grandes colonnes de flammes et de fumée s’élevèrent dans le ciel, qui prit des lueurs d'incendie. |

Les rochers au milieu desquels l'avant-garde anglaise s'était engagée craquèrent de toutes parts ; des quartiers de rocs furent projetés au milieu de tourbillons d’une fumée rougeâtre, et écrasèrent, en retombant, les soldats massés dans l’étroit passage.

Un cri retentit, horrible, déchirant, poussé par cent bouches à la fois. Il semblait que la terre, s’entr'ouvrant soudain, avait précipilé ces malheureux dans de brûlants abimes.

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En même temps, des deux pointes de la falaise, qui s’avançaient de chaque côté de la petite baie, sortirent des flammes crépitantes; des milliers de balles mêlèrent leurs sifflements aigus aux profondes détonations de l'artillerie, qui mettait dans cet effroyable tumulte une note grave et mesurée.

Les Anglais, surpris, atterrés, ne pouvaient riposter,

Ces feux plongeants dirigés contre eux par un ennemi invisible faisaient dans leurs rangs des trouées sanglantes, Enveloppés d’un véritable ouragan de plomb et de mitraille, ils se replièrent en désordre vers les radeaux qui les avaient amenés.

« Saint-Preux! Saint-Preux! » s'écria d’Arramonde.

Il sauta sur le bastingage et contempla de ses yeux démesurément ouverts la scène de carnage dont l’anse du Foulon était le théâtre.

Il ne put dire que ces deux mots; il était fou de joie, d'émotion.

Une main brutale se posa sur son bras; il sentit contre son front le canon d’une carabine.

Mais, prompt comme l'éclair, il s’élança pardessus le bord du navire et plongea dans les eaux froides du Saint-Laurent.

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