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puis dire que je n'ai pas perdu mon temps... Que d'aventures ! Je parie que, quand je raconterai cela là-bas, en France, on ne me croira pas, et l’on me dira que je me vantecomme un cadet de Gascogne !»
La petite plage de sable se rapprochait peu à peu. On n’en était plus qu’à trois cents toises.
Jean d’Arramonde regarda le général Wolf.
« Il va donner l’ordre d'aborder,» dit-il.
Mais le général Wolf restait toujours immobile, les bras croisés, à l’avant du vaisseau.
La flotte tout entière passa devant l’anse du Fou- Jon, sans s’y arrêter.
Jean d’Arramonde eut un mouvement de surprise et d'inquiétude. Qu'’était donc devenu le projet de débarquement? James Wolf se douterait-1l du piège qui lui était tendu ?
Un instant de réflexion suffit pour rassurer le gentilhomme béarnais.
« Les Anglais attendent sans doute que la nuit soit venue pour opérer leur descente,» pensa-t-il,
Il ne se trompait pas.
La flotte anglaise remonta encore le Saint-Laurent pendant l’espace d’un mille environ, puis elle jeta l'ancre.
Lorsque le soir approcha, un ordre, parti du navire que montait James Wolf, fut répété de loin en loin; on leva les ancres.
Les vaisseaux tournèrent sur eux-mêmes et dirigèrent leurs proues vers le nord.
Enfin, la nuit étant venue, les voiles glissèrent le long des mâts, et la lune, qui se levait, éclaira
{| leurs grandes surfaces blanches.
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Le ventet le courant étaient maintenant favorables, les navires descendaient le grand fleuve avec une rapidité silencieuse.
Ils allaient, serrés les uns contre les autres, comme un immense ilot flottant, bâti de lourdes maisons noires.
En même temps une animation plus vive se manifesla à bord.
Des soldats armés sortirent peu à peu de l’entrepont et vinrent se masser contre le bastingage. Des poulies grincèrent ; on vit se détacher de la coque noire de chaque navire une sorte de radeau très plat qui devait servir au débarquement des troupes.
Enfin on aperçut de nouveau à la clarté de la lune la petite plage de l’anse du Foulon.
Le vaisseau de James Wolf parut redoubler de
vitesse et précéda les autres de plusieurs encäblures. :
Le général anglais ayant alors donné un ordre à l’un de ses officiers, celui-ci vint dire à Jean d’Arramonde que le commandant en chef voulait lui parler.
Le gentilhomme béarnais s’avança, toujours suivi de sa fidèle escorte.
« Monsieur, dit James Wolf d’un ton bref, le moment approche où mes soldats vont tenter d’aborder à cette falaise basse. Je compte que le poste qui y était établi a disparu, selon la promesse que vous m'en avez donnée... Cependant, comme je ne veux pas exposer la vie de mes hommes, je vais envoyer un détachement en reconnaissance. S'il est accueilli par des coups de fusil, nous continuons notre route, et je vous fais immédiatement fusiller,»
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Jean d’Arramonde eut un léger tressaillement. Il n'avail pas prévu cet excès de prudence du général anglais.
Lorsqu'il vit mettre à l’eau une des chaloupes du bord, lorsqu'il vit un petit détachement d’une dizaine d'hommes monter dans cette barque et se diriger vers l’anse du Foulon à force de rames, il pensa que tout élait perdu.
« Allons! se dit-il, le sort en est jeté, je n'ai plus qu’à recommander mon âme à Dieu... Les soldats de Saint-Preux vont faire feu sur cette avantgarde, et l'affaire sera manquée. »
Il y eut alors un silence solennel à bord du vaisseau.
Tous, anxieux, attendaient le retour du détachement envoyé en reconnaissance.
Wolf, fiévreux, agité, semblait avoir peine à tenir en place.
Le poste serait- : abandonné comme l'avait promis le prisonnier ? Pourrait-il se glisser avec ses cinq mille hommes à travers l’étroit passage de cette falaise et opérer le débarquement hardi qui devait lui assurer la prise de Québec ?
Les minutes lui paraissaient des siècles. Il tendait l'oreille vers la rive, écoutant si une détonation lointaine n'allait pas venir lui annoncer la ruine de ses espérances.
Non! tout était silence et ténèbres.
La lune, roulant entre de gros nuages, mettait seulement de temps en temps une vive lueur sur ces rochers, amoncelés au fond de la baie, parmi lesquels se trouvait le passage.
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Enfin, grâce à cette lueur rapide, James Wolf put voir la barque qui revenait,
D'un geste brusque, 1l tira son épée du foureau,
« Messieurs, dit-il à ses officiers d’une voix qui sonnait comme un victorieux appel, voici nos hommes qui reviennent... Préparons-nous à aborder!...»
D'Arramonde, extrèmement pâle, s’appuya au bastingage.
« Le poste est abandonné!... se dit-il avec une horrible angoisse. David Kérulaz n’est pas arrivé!...»
Et un poids de honte et de douleur descendit sur son front qui s’inclina; 11 lui sembla qu’un sanglot allait l’étouffer; 11 tordit ses mains, et entre ses lèvres serrées ‘passa ce déchirant murmure :
« Perdu! déshonoré! trahi! »
« Le poste est abandonné! » répéta en ce moment, en saulant sur le pont du navire, l'officier qui avait guidé la pelite reconnaissance.
Un ordre bref fut donné. Au même instant, on entendit dans l’eau le plongeon d’un grand corps lourd.
C'était un des radeaux qui venait d’être descendu.
Ce radeau chargé de soldats fut poussé vers la rive, puis un autre lui succéda, puis un troisième,
Le reste de la flotte s’approcha et fit à son tour la manœuvre de débarquement.
James Wolf avait pris place avec ses officiers dans la chaloupe. Il rejoignit la tête des radeaux, car 1] voulait sauter à terre le premier et planter lui-même sur la rive le drapeau d'Angleterre. Bientôt il ne resta plus à bord que quelques ma-
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