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Au moment où il débouclait son ceinturon et posait son épée sur la table, il vit tout à coup une srande ombre noire devant lui.
«€ D'Arramonde! s’écria-t-1l.
— Sant-Preux! » répéta une voix vibrante,
Et, se jetant dans les bras l’un de l'autre, ils échangèrent une fraternelle et cordiale étreinte,
Tandis que Léveillé fusait un grand feu pour sécher les vêtements mouillés de Jean d'Arramonde, les deux Jeunes gens se racontaient avec ane précipilation animée, Joyeuse, ce qui leur était advenu depuis qu'ils s'étaient quittés.
Ils parlaient tous deux à la fois, se serraient les mains à chaque instant avec émotion, comme pour se féliciter d’avoir pu vaincre heureusement tant d'obstacles et de dangers.
€ Il y a deux jours, dit Saint-Preux, j'ai reçu le billet par lequel vous me mandiez que M. de Montcalm m'ordonnait de quitter mon poste de l’anse du Foulon. J'étais encore sous le coup de l'étonnement où m'avait jeté cet ordre imprévu, lorsqu'on vint me dire qu'une jeune fille était tombée sous la balle d’une de mes sentinelles. Je la fis amener ici, et jugez de ma surprise lorsque je reconnus dans la pauvre blessée Marthe Dervicux, la fiancée de David Kérulaz, une bonne et brave fille que je connaissais bien, car, plus d’une fois, j'étais allé me reposer à la ferme de son père, qui est à ane demiheure d'ici... La malheureuse enfant pouvait à peine parler, la balle l'ayant frappée à la gorge. Néanmoins elle m’apprit en quelques mots que vous éuiez prisonnier des Anglais, que David Kérulaz était
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lui-même enfermé dans la prison de Québec et qu'il lui avait dit de me recommander de faire bonne garde, parce que vous l'aviez prévenu que les Anglais devaient débarquer sous peu à l’anse du Foulon... La pauvre fille s'était évanouie en achevant d’une voix entrecoupée les derniers mots de son important message; je la fis transporter à la ferme de son père. Puis j'écrivis à M. de Montcalm en lui racontant cc qui venait de m’arriver el en joignant votre billet à ma lettre.
« Je reçus sa réponse ce malin. Il m'envoyait un renfort d’une quarantaine d'hommes, deux pièces de montagne, de la poudre et des munitions. Il m'ordonnait de miner le passage par où les Anglais pouvaient atteindre le sommet de la falaise, de me cacher ensuite de chaque côté de la baie avec mes soldats, de placer mes deux pièces en batterie dans une anfractuosité de rocher et d'attendre ensuite la venue des Anglais. Ses ordres furent exécutés à la lettre. de vis s'approcher la flotte anglaise, je vis la chaloupe contenant l'avant-garde aborder au rivage et les hommes qui la montaient venir faire une reconnaissance dans mon camp abandonné. Mes soldats, dissimulés derrière les grandes roches de la baie, étaient invisibles.
« Puis les chalands s’approchèrent, chargés d'Anglais; le débarquement commença, la ce'rune ennemie se mit à gravir le chemin resserré pratiqué sur le flanc de la falaise. Alors mon brave Léveillé, qui avait accepté la périlleuse mission de faire jouer la mine, mit le feu à la traînée de poudre; les rochers, au milicu desquels les Anglais s'étaient
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aventurés s’écroulèrent sur eux. En même temps, mes deux pièces, chargées à mitraille, balayèrent la urève, tandis que mes hommes dirigeaient contre les Anglais une fusillade bien nourrie,
— Ah! s'écria d'Arramonde enthousiasmé, ils n'auront pas envie d'y revenir! Quand je pense à ce petit général anglais — un freluquet! — qui avait l’air de se moquer de moi en me remerciant de lavoir conduit 1ci!... Oh! sandis! il est peut-être resté dans la bagarre, car 1l s'était jeté à terre l’un des premiers. »
Les deux Jeunes gens avaient tant de choses à se dire qu'ils veillèrent jusqu’au jour.
Le lendemain matin, dès que le jour parut, il fut convenu que d’Arramonde se rendrait à Québec, puis au camp de Beauport, pour annoncer à M. de Vaudreuil, le gouverneur général, puis à M. de Montcalm, les événements de la nuit.
Les deux jeunes gens se rendirent d’abord à l'anse du Foulon pour revoir le théâtre de la défaite des Anglais.
L'explosion de la mine avait rendu impraticable le passage de la falaise qui était obstrué de rochers énormes. On ne devait donc plus craindre une tenlative de débarquement de ce côté.
Jean d’Arramonde et Saint-Preux constatèrent pourtant avec surprise que la flotte anglaise n'avait pas changé de place. Elle était toujours mouillée en face de la petite baie, comme si James Wolf, sans renoncer à ses projets, eût attendu une meilleure occasion pour les mettre à exécution.
Picntôt une chaloupe se détacha de l’un des navires
et rama vers le rivage. Saint-Preux fit prendre aussitôt les armes à quelques-uns de ses hommes : mais cette précaution était inutile. Gette chaloupe portait le pavillon parlementaire. Elle fitdes signaux pour indiquer qu'elie venait relever les morts et les blessés étendus en grand nombre sur la plage. Cette triste besogne terminée, la barque reprit le chemin . des vaisseaux. Cependant la flotte ne leva pas l’ancre. Toute la journée elle demeura immobile en face de la côte.
Jean d’Arramonde, conduit par Lévoillé, avait pris le chemin de Sillery. Il comptait prier le père Dervieux de lui prêter un cheval pour se rendre au camp de Beauport. Le vieux paysan, qui avait entendu parler de lui par David Kérulaz, l'accueillit avec émotion.
« Ma pauvre fille vous sera bien obligée de Pintérêt que vous lui marquez, monsieur, dit-il d’un ton triste; mais elle repose en ce moment. Ah! monsieur, poursuivit-il, si vous voulez là rendre bien heureuse, faites mettre en liberté David Kérulaz... Ça la tourmente tant de le savoir en prison! Ëlle en parle pendant la nuit en rêvant tout haut.
— Savez-vous pour quelle cause on l’a arrêté?
— Îl a eu une querelle avec un intendant nommé Varin.. Cet homme l’a menacé de son bâton, et, comme David a le sang chaud, 1l a arraché ce bâton des mans de l’intendant et le lui a brisé sur Îles épaules. Depuis, ies hommes de Varin le cherchaient activement. Ils ont pu mettre la main sur lui l'autre jour et l’ont conduit à la prison de la ville. Mais 1
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suffira d’un mot de M. de Vaudreuil pour lui rendre la liberté... »
Quelques instants après, d'Arramonde, monté sur l’un des vigoureux chevaux du fermier, s’avançait au grand trot vers Québec.
Une des premières personnes qu’il rencontra en entrant dans la ville fut M. de Frontenac qui galopait dans la direction opposée.
« Eh! je suis heureux de vous voir, mon cher vicomte, s’écria d’Arramonde... Où courez-vous ainsi?
— Un Canadien vient d'apporter au quartier généra] la nouvelle qu'un combat aurait été livré cette nuit sur la côte de Sillery.…. de vais voir en hâte st cela est vrai.
— Je suis charmé de vous éviter la peine de courir à Sillery. Oui, mon cher vicomte, ce combat «eu lieu. Les Anglais ont essayé de débarquer, mais ils ont été reçus si gaillardement par M. de Sant- Preux qu'ils ont regagné précipitamment leurs vaisseaux en lussant sur le sable un grand nombre des leurs, J’allais précisément informer de cet événement M. de Vaudreuil et M. de Montcalm.
— Venez donc, je vais vous conduire au palais du vouverneur, I doit y avoir Justement ce matin un conseil auquel assistera M. de Montcalm. Il sera ravi d'entendre de votre bouche le récit de cet heureux combat. »
Les eux Jeunes gens éperonnèrent leurs chevaux el s’arrétèrent bientôt devant la demeure du gouverneur général de Québec.
His mirent pied à terre et montèrent rapidement un escalier conduisant au premier élage.
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« Veuillez m'attendre ici, monsieur d’Arramonde, » dit le vicomte de Frontenac en introduisant le gentilhomme béarnais dans une vaste salle qui servait d’antichambre.
Il pénétra lui-même dans une autre pièce, puis revint au hout de quelques instants prévenir Jean d’Arramonde que M. de Vaudreuil et le marquis de Montcalm désiraient le voir sur-le-champ.
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