‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 69 sur 85 · SE RE RS · texte numérisé non relu

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et ses complices, qui, jusqu’à présent, avaient trouvé en lui un instrument si docile et si complaisant.

Il yeut un long silence.

Enfin, M. de Vaudreuil, qui promenait autour de lui ses regards indécis, aperçut Jean d’Arramonde. Alors son visage s’éclaira, comme s’il eût trouvé un moyen terme pour sortir d’embarras.

« Messieurs, dit-1l en s’adressant aux intendants, personne plus que moi n’apprécie les services que vous avez rendus à la colonie, personne plus que moi ne désire vous voir honorés de l'estime que vous mérilez, Mais veuillez vous souvenir que j'ai promis à ce jeune homme de lui accorder la faveur qu'il me demanderait.. Il m'a prié de rendre la liberté à ce Canadien. Je ne puis manquer à ma parole. C’est avec un sentiment de vif regret, croyez-le, qu je signe cet ordre. » |

Le faible gouverneur poussa un soupir, s’inclina vers la table et écrivit quelques mots sur la feuille blanche que Montcalm avait placée devant lui.

« Tenez, monsieur, acheva-t-il en tendant le papier à Jean d’Arramonde, allez délivrer votre David Kérulaz et dites-lui bien que c’est à vous seul qu'il doit cette insigne faveur. »

Jean d’Arramonde salua profondément le gouverneur, adressa un regard reconnaissant à M. de Montcalm et sortit aussitôt de la salle du conseil.

Accompagné de M. de Frontenac, il courut exécuter l’ordre de M. de Vaudreuil, heureux de penser à la joie qu'il allait causer à son ami David et à la chère et vaillante fiancée du chasseur de bisons.

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achevaient de tenir conseil, les intendants se retiraient silencieusement, précédés de Bigot et de Varin.

Jusqu'à ce qu'ils eussent franchi la porte de la salle, ils ne quittèrent pas leur attitude gauche et embarrassée.

Mais, dès qu'ils se retrouvèrent seuis dans la crande antichambre, ils se redressèrent et échansèrent entre eux à voix basse des paroles animées.

Us parlaient tous ensemble; la voix aigre de Varin dominait les plaintes de ses confrères.

« C’est un nouvel affront ajouté à tant d’autres, disait l’intendant dont le visage paraissait violacé sous la perruque blanche qui l’encadrait. Nous sommes trop patients... Ces gens-là marchent sur nous comme si nous étions les derniers des misérables, et le gouverneur leur donne raison, il nous abandonne!... La mesure est comble... Ils veulent la guerre, eh bien! ils l’auront, et nous verrons si dans quelques jours ce Montcalm parlera si haut. »

Il se tut; un mauvais sourire passa sur ses lèvres, Puis, avançant la tête au milieu de ses collègues :

« Encore un peu de patience ! leur dit-il d’un ton très bas ; 1l y a en ce moment sur le Saint-Laurent quelqu'un qui nous vengera tous. »

Cette parole parut calmer soudain l’exaspération des intendants. Ils se dirigèrent lentement vers la porte, les mains enfoncées dans les grandes poches de leurs basques, le visage comme éclairé par la sinistre prophétie qu’ils venaient d'entendre et dont l'accomplissement devait assurer à leurs vols, à leurs concussions, à leurs infamies, une éternelle impunilé,

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