‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 72 sur 85 · ARS · texte numérisé non relu

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la fièvre et la douleur avaient entourés d'un cercle de bistre.

« Je vous ai entendu, David, je suis venue... Oh! ‘Je sens que Je suis sauvée maintenant! »

En disant ces mots, la jeune fille fixa son regard profond sur le visage inquiet du chasseur.

Accroupi devant le feu, le vieux paysan racontait en peu de mots à David Kérulaz comment la pauvre Marthe avait été blessée d’une balle au cou en se dirigeant vers le poste français.

« Rassurez-vous, dit-il, elle est hors de danger maintenant. Dans quelques jours, lorsque notre cher pays sera sauvé comme elle, vous pourrez rappeler à M. de Montcalm sa promesse.

— Marthe, ma pauvre Marthe, vous étiez blessée; la fièvre, la douleur vous dévoraient, et je n'élais pas près de vous!... Ah! ce Varin, ce misérable.. je ne le tiendrai donc jamais au bout de ma carabine! »

David se leva.

« Marthe, dit-il, vous êtes encore bien faible, bien souffrante..… Il faut aller vous reposer. »

La jeune fille obéit avec un doux sourire.

Elle s’enveloppa plus étroitement dans le manteau de David qu’elle voulut garder, par un caprice de malade, disant qu’elle y dormirait mieux. Appuyée sur le bras vigoureux de son fiancé, elle reprit le chemin de sa chambre.

« Ah! que les Anglais soient vaincus, chassés d'ici, que M. de Montcalm soit maréchal de France, que Varin soit pendu. et je serai le plus heureux des hommes! 1! s’écria David Kérulaz, qui vint s’as-

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seoir auprès du Canadien, en gardant toujours son regard fixé sur la petite porte au seuil de laquelle il avait vu disparaître Marthe.

— Mon brave enfant, répliqua le père Dervieux, puisse Dieu entendre vos souhaits! »

Les deux hommes veillèrent toute la nuit,

Ils échangèrent leurs projets. Le père Dervieux élait âgé, 11 négligeait un peu sa ferme. De son côté, David ne serait pas fâché de renoncer aux grandes courses dans les prairies, aux nuits passées à l'affût des bisons ou sur les bords glacés des lacs habités par les castors. La terre du Canada était fertile et bénie de Dieu. Que manquait-il pour lui faire rendre des trésors? Des bras capables de la travailler.

Eh bien! dès que la guerre serait terminée, — et cela ne pouvait être long, car les Anglais allaient être bientôt pris et perdus dans les glaces, — donc, dès que la guerre serait finie, 1l se marierait et s’établirait à la ferme de Sillery. Il s'était entendu avec une vingtaine de ses compagnons de chasse qui, comme lui, étaient fatigués de la vie aventureuse et solitaire des trappeurs. Il était convenu qu'ils vendraient leurs trappes, leurs fusils. et qu'avec le produit de cette vente et le fruit de leu. économies, 1ls achèteraient autour de Sillery quelques arpents de terre.

Ainsi s’élèverait peu à peu une colonie dont David serait le chef; cette colonie grandirait, deviendrait un grand village. Fécondées par le travail, ces terres généreuses et presque vierges encore produiraient de riches moissons. Tout le monde, au Canada, voudrait les imiter. On défricherait

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