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sommes considérables à ceux qui faisaient partie de l’expédition pour obtenir de passer à leur place en Amérique*.
Le 1% mai 1756, le marquis de Montcalm mettait le pied sur cette terre du Canada qu'il devait si vaillamment défendre et où il devait trouver, trois ans plus tard, un tombeau glorieux.
1. On avait eu à louer la même valeur, le même enthousiasme, parmi les troupes qui s'étaient embarquées l’année précédente pour le Canada. « Le zèle des soldats est si grand, écrivait un officier du régiment d’Artois, que j'en ai rencontré à Rennes deux en poste et qui m'assurèrent, devant un grand nombre de personnes qui s'étaient assemblées sur la place, qu'ils auraient fait toute la route comme cela, s'ils en avaient eu le moyen, pour prouver leur zèle pour le service du roi... » Et M. Doreil écrivait au ministre de la guerre : « Tout s’est passé dans le meilleur ordre et avec une parfaite harmonie. L'aspect de ce régiment (Guyenne) est admirable. Tout s’est embarqué avec joie et un empressement si décidé qu’il n’y a pas un seul homme qui n’y soit de bonne volonté. » — ( Le régiment de Languedoc vient de suivre parfaitement le bon exemple du régiment de Guyenne dans l'opération que j'ai faite ce matin du complément du second bataillon. Il n'y est entré que des soldats de bonne volonté; il y a même eu bien des contestations entre eux pour les préférences qu'ils demandaient tous également. » (Lettre de M. de Crémille au ministre, 6 avril 1755.) — « On prit, écrit encore le chevalier de Brienne, des soldats tirés du régiment d'Artois pour compléter le second. La volonté des soldats était si grande que l’on ne savait auquel entendre et que nous étions obligés de faire sortir des rangs des compagnies du second bataillon des soldats du premier, qui s’y glissaient malgré nous. »
« N'est-ce pas un pieux devoir, dit M. Dussieux, de consacrer queques lignes à la mémoire de ces soldats inconnus et dévoués qui ont été gagner cinq victoires en Amérique, et qui, réduits à 2000 hommes, manquant de poudre et cernés par 50 000 Anglais à Montréal, voulaient encore combattre pour obliger le vainqueur à leur accorder au moins les honneurs de la guerre? »
de l'exn Amérettait le | * vaillamus tard, APPENDICE N°3 À | ‘4 1ousiasme, | HONNEURS RENDUS A LA MÉMOIRE DU MARQUIS F nn Re DE MONTCALM en poste et ‘ ui s'étaient . ne : RER #4 mme cela, Le dix-huitième siècle, qui s'était montré si indifférent #4 r le service aux vaillants efforts du défenseur du Canada, fut cepéne : « Tout dant touché de la mort de lillustre victime. Il lui 1 ns accorda des éloges; la gravure popularisa ses rails ; la $ pas un seul peinture retraça le dernier épisode de sa vie héroïque. à nt de Lan- Mais les éloges les plus précieux furent ceux que lui ù u régiment déc: *rent les soldats qui avaient partagé ses fatigues et ü ormplément | sa 2! 0. ou les ennemis qu’il avait combattus. ‘ ra Un de ses compagnons d'armes écrivait du Canada en k x pour les pag k re de M. de 1760 : À t encore le | « Je ne me consolerai jamais de la perte de mon gé- à) Artois pour néral. Quelle est grande pour nous et pour ce pays et 1 PR Q pour l'État ! C'était un bon général, un citoyen zélé, un 5 dats du pre- ami solide, un père pour nous tous. Il a été enlevé au Hi moment de jouir du fruit d’une campagne que M. de 1 sacrer quer- Turenne n’aurait pas lui-même désavouée. Tous les jours «| ÉNVe Les je le chercherai et tous les jours ma douleur sera plus +] à Montréal, PAS | > ; | ur accorder M. Bernier, commissaire des guerres, termine sa qi. lettre au ministre de {a guerre (15 octobre 1759) par 3
ce témoignage en faveur de son général : 1 « M'est-il permis de finir en jetant encore quelques larmes sur la tombe de M. le marquis de Montcalm ? La
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colonie en pleurs en ressentira longtemps la perte. Le militaire a perdu ua protecteur zélé, qui lui faisait trouver du charme dans les plus grandes fatigues, par le désir de mériter son éloge. »
L'historien américain Bancroft trace ce beau portrait ‘e Montcalm : « Infatigable au travail, juste, désintéessé, toujours rempli d'espérance et quelquefois jusqu’à a témérité, sage dans les conseils, actif dans l’action, c'était une source continuellement jaillissante de hardis projets. Sa carrière au Canada fut une admirable lutte contre une inexorable destinée. Il supportait avec une égale patience la faim et le froid, les veilles et les fatigues. Plein de sollicitude pour ses soldats, il ne pensait pas à lui. Souvent il apprit aux sauvages américains à s’oublier et à tout souffrir, et, au milieu d’une corruption générale, il ne rechercha jamais que l'intérêt de la colonie. »
On lit dans un manuscrit anglais du dépôt de la guerre que le P. Martin attribue au major Johnston : « Je n’entreprendrai pas le panégyrique de ce grand homme. Excellent citoyen, aimé de son roi et de son pays, il brillait par d’éminentes qualités. S'il était né en Angleterre, son nom serait devenu célèbre et aurait été transmis avec honneur à la postérité. Mais il fut l’infortunée victime de l’insatiable cupidité de certains hommes et de la coupable ambition de quelques autres. Ses ossements reposent sans honneur loin de sa patrie. Il ne fut pas généralement apprécié pendant sa vie, ni regretté comme il aurait dû l’être par ses concitoyens. » — « Telle est souvent, dit Necker, la destinée du grand homme. Il ne jouit pas lui-même de sa gloire, mais le jour vient où la vérité, conduite par le temps, s'approche de son tombeau et lui crie : « Lève-toi, revêts ta gloire. Les hommes demandent à te connaître. »
Malgré la perte du Canada et leur retour en France,
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les compagnons d'armes de Montcalm n'avaient pas oublié le théâtre de tant d’exploits, ni un général qui avait été leur idole. Ils avaient songé immédiatement à élever un monument à sa mémoire pour honorer le lieu de sa sépulture et laisser dans ce pays un souvenir éloquent de leurs regrets.
M. de Bougainville, lieutenant-colonel d'infanterie, écrivit la lettre suivante à Messieurs de l’Académie des inscriptions à Paris, pour obtenir leur concours :
« Messieurs,
«La Grèce et l'Italie étaient pleines de monuments décernés par la voix publique aux défenseurs de l’État, gages immortels et précieux de la reconnaissance nationale, et qui furent, vous le savez, une des causes de cet héroisme dont l’histoire ancienne nous offre des traits si fréquents ; l'envie de les mériter, l'espoir de les obtenir avaient fait du désir de la véritable gloire et de l’amour de la patrie des vertus communes dans les beaux jours d'Athènes et de Rome.
« Si ces monuments sont un des principaux objets de vos études, la plus noble de vos prérogatives est le droit que vous avez, messieurs, d'en consacrer de pareils à ceux de vos concitoyens que des qualités rares, des services importants, de grandes actions produites par de grands motifs ont rendus chers à la France. La nati à se repose sur vous du soin que d'anciennes républiqr $ prenaient d’elles-mêmes; c'est à vous qu'il appartic:t d’acquitter ce que l’on croit devoir aux hommes illustres qu’elle a perdus, mais qui se sont immortalisés en la servant.
« Le marquis de Montcalm mérite de vous cet honneur. Îl a vécu trop peu pour la patrie, assez pour sa propre gloire, puisqu'il n’est mort qu'après avoir eu le
temps et les occasions de mar fes à nos yeux des talents, un courage et une vertu que des épreuves décisives de plus d’un genre ont mis dans tout leur jour. Nos ennemis, en même temps qu'ils prodiguaient les témoignages de la plus haute estime à leur chef tué dans la même affaire, ont comme nous pleuré notre général. Les habitants de leurs provinces, dont le nom de Montcalm fut la terreur, ont mêlé leurs regrets aux larmes de nos soldats, dont il était le père et l'exemple.
« Les Anglais, maîtres aujourd'hui des lieux'où ses cendres reposent, veulent bien nous y laisser le droit de rendre un hommage public à la mémoire d’un homme qu'ils honorent autant que nous le regrettons. Le corps du marquis de Montcalm est déposé dans l’église des Ursulines, à Québec. Une inscription manque à sa tombe. Prètez, messieurs, votre voix à la juste douleur des troupes qu’il commandait, aux regrets des Canadiens qu’il a déferdus et aux sentiments que lui doit à jamais sa nation. »
Pour répondre à ce désir, l’Académie composa en latin une inscription historique qui fut gravée sur le marbre et dont voici la traduction :
Ici repose, Pour vivre à jamais dans la mémoire des deux mondes, Louis-Joseph de Montcalm-Gozon,
Marquis de Saint-Véran, baron de Gabriac, Commandeur de l’ordre de Saint-Louis, Lieutenant générol dans les armées françaises, Citoyen éminent, militaire distingué,
Qui jamais n'aspira qu'à la seule vraie gloire ; Doué d’un génie également heureux et cultivé,
Élevé successivement à tous les grades par son mérite, Consommé dans toutes les connaissances de l’art militaire, Grand capitaine En lülie, en Bohème, en Allemagne;
ax des tadécisives Nos ennenoignages la même Les habintealm fut es de nos
ux où ses le droit de an homme . Le corps église des sa tombe.
r des trouens qu’il a nais SA na-
posa en laur le mar-
ondes,
érite, ilitaire,
S'acquittant toujours de ses fonctions comme un homme Capable d’en remplir de plus importantes.
Illustre déjà par les dangers qu’il avait affrontés, Et envoyé à la défense du Canada, Avec une poignée d'hommes il repoussa plus d’une fois Les armées ennemies.
I s'empara de places garnies de troupes et bien fortifiées ; Endurci au froid, à la faim, aux veilles, aux fatigues, Plein de sollicitude pour ses soldats, jusqu'à l'oubli De lui-même; adversaire redoutable, vainqueur magnanime, Il suppléa À la fortune par le courage, et au nombre d'hommes Par l’habileté et l’activité.
Pendant quatre ans, il a retardé, par ses dispositions Et sa valeur, la perte imminente de la colonie. Enfin, après avoir longtemps déjoué, par toutes les ressources De sa prudence, Une armée nombreuse commandée par un général intrépide Et hardi, et une flotte formidable, Mis dans la nécessité de combattre, Il tomba blessé au premier rang et au premier choc. Fortifié par la religion qu'il avait toujours pratiquée, Il mourut Au grand regret des siens, et même de ses ennemis, Le 14 septembre de l'an du Seigneur 1759, À l’âge de quarante-huit ans.
Les Français en pleurs Déposèrent dans la fosse que l'éclat d’une bombe avait creusée Les restes de leur excellent général, Et les confièrent à la loyauté d'un ennemi généreux,
Pour élever un monument de cette nature sur un sol qui n’appartenait plus à la France, il fallait l’assentiment du gouvernement anglais. Jean-Pierre de Bougainville, frère de l’ancien aide de camp de Montcalm, et secrétaire de l’Académie, fut chargé d’en faire la demande
Voici sa lettre à lord Chatham :
« Sir,
« Les honneurs rendus sous votre ministère à M. Wolf m'assurent que vous ne désapprouverez pas que les trou. pes françaises, dans leur reconnaissance, fassent leurs efforts pour perpétuer la mémoire de M. de Montcalm. Le corps de ce général, que votre nation même a regretté, est enterré à Québec. J'ai l'honneur de vous envoyer une épitaphe faite par l'Académie des inscriptions. J' ose, monsieur, vous demander la faveur de l’examiner, et, si vous n'avez pas d’objection, vous voudrez bien m’obtenir la permission de l'envoyer à Québec, gravée sur un marbre qui sera placé sur la tombe du marquis de Montcalm. Si l’on m'accorde cette permission, j'ose me flatter que vous voudrez bien m'en informer et m’envoyer en même temps un passeport, afin que le marbre avec l’épitaphe puisse être reçu sur un vaisseau anglais et placé par les soins de M. Murray dans l’église des Ursulines.
« Veuillez me pardonner, Sir, si je me suis permis de vous interrompre dans vos occupations si importantes; mais en travaillant à immortaliser les hommes illustres et les patriotes éminents, vous ferez honneur à vous- ‘ même.
« Je suis, rt?
« DOUGAINVILLE. »
M. Wolf les trount leurs pntcalm.
regretté, envoyer 18. J'ose, er, et, si n’obtenir sur un de Montjose me et m’enmarbre anglais glise des
ermis de ortantes; illustres
à vous-
fut englouti dans le naufrage du vaisseau qui le portait. Mais, en 1859, le 14 septembre, jour anniversaire de la
Le ministre anglais répondit à cette demande par cette lettre en français :
« Monsieur,
« Ce m'est une vraie satisfaction de pouvoir vous adresser l'agrément du roi sur ui sujet aussi intéressant qu'est l’épitaphe, qui est d’une beauté achevée, que l'Académie des inscriptions à Paris a faite pour M. le marquis de Montcalm et qu’on désire envoyer à Québec, gravée sur un marbre qui doit être posé sur la tombe de cet illustre militaire. On ne peut qu’applaudir à la noblesse des sentiments des troupes françaises qui ont servi au Canada, en voulant rendre un pareil tribut à la mémoire de leur général, qu’elles ont vu mourir à leur tête d’une manière digne d'elles et de lui-même.
« Je me ferai un plaisir, monsieur, de faciliter en toutes choses des intentions aussi respectables, et d’abord qu’on me fera savoir les arrangements qu’on aura pris pour faire embarquer ce marbre, je ne manquerai pas de vous faire parvenir aussitôt le passeport que vous désirez et d'envoyer au gouvernement de Québec des ordres pour sa réception.
« Au reste, monsieur, je vous supplie d’être persuadé de ma juste sensibilité sur ce qu’il y a d’obligeant sur mon compte dans la lettre dont vous m’avez honoré, et de croire que je saisis comme un bonheur l’occasion de vous témoigner les sentiments d’estime et de considération distinguée avec lesquels j'ai l’honneur, etc.
Q W. Prrr. »
« Londres, 40 avril 1761. »
On croit que ce marbre ne parvint pas à destination et
bataille des plaines d'Abraham, un groupe de Canadiens inaugura dans la chapelle des Ursulines de Québec un monument élevé par souscription à la mémoire du marquis de Montcalm et où était gravée la belle inscription de l’Académie.Ce fut une cérémonie touchante.
La chapelle était tendue de draperies noires aux larmes blanches, ct, au milieu de la nef, s'élevait un modeste catafalque recouvert du drap mortuaire parsemé de fleurs de lis d'argent. Sur le sommet, la tête du héros sous nu globe de eristal était exposée à tous les regards
Le P. Martin prononça l’oraison funèbre du marquis de Montcalm.
Le roi conserva à la marquise de Montcalm une partie de la pension de quatre mille livres dont jouissait le général ; chacun des enfants eut neuf cents livres. L’ainé obtint le régiment de son père, et le cadet une compagnie dans le même régiment.
A l’époque de nos grandes commotions politiques, la mémoire de Montcalm reçut un témoignage de respect ct d'estime.
Au moment où l’Assemblée nationale mettait en question la suppression des pensions accordées par le roi, M. de Noailles réclama une exception en faveur de la famille de Montcalm. « Ses services, dit-il, ont fait connaître son nom dans les deux mondes. Sa valeur et ses talents militaires ont honoré les armées françaises. » Sa demande fut écoutée.
Les enfants de Montcalm, alors au nombre de quatre, reçurent une pension de mille livres chacun.
Mme de Dumas, sa fille, en reçut quatre mille.
(Moniteur, 31 juillet 1790.)
Un des fils de Montcalm, alors membre de l’Assemblée, parut lui-même à la tribune le 1°" août, et exprima sa reconnaissance au nom de ses frères et de sa sœur.
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