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Bourlamaque, qui avait commandé cette charge magnifique. Tous les grenadiers avaient été tués par la mitraille anglaise.
Sans perdre de temps, M. de Lévis commença le siège de Québee. Grâce aux outils et aux canons enlevés aux Anglais pendant la bataille du 28, on put pousser activement les opérations. Malheureusement la poudre manquait. Les artilleurs eurent l’ordre de ne tirer que vingt coups par vingt-quatre heures. Maïs l'espoir soutenait les assiégeants. « Une seule frégate arrivée de France avant la flotte anglaise, écrivait M. de Lévis au ministre de la guerre, eût décidé la reddition de Québec et assuré la Nouvelle-France pour cette année. »
Hélas! ce ne fut pas une frégate française qui arriva ! Le 15 mai, vers le soir, des voiles apparurent à l’horizon. Aussitôt les regards de tous, assiégeants et assiégés, se tournèrent vers le bas du fleuve, d’où chacun espérait voir venir son salut. Moment de terrible angoisse! Si c’étaient des vaisseaux français, Québec revenait à la France ; si ces navires étaient anglais, M. de Lévis était obligé de lever le siège, Enfin les voiles se rapprochèrent. C'était l'avant-garde de la flotte anglaise ! « Nous restèmes quelque temps en suspens, dit l'historien anglais Knox, n'ayant pas assez d'eux pour la regarder. On ne peut exprimer l’allégresse qui transporta alors la garnison. Officiers et soldats montèrent sur les remparts füsant face aux Français, et poussèrent pendant plus d’une heure des hourras continuels en élevant leurs chapeaux en l'air. Enfin, 1l est impossible de se faire une idée de notre joie, si l’on n’a pas souffert les extrémités, si l’on ne s’est pas vu, avec de braves compatriotes, voué à une mort cruelle... »
Les vaisseaux anglais fondirent aussitôt sur nos deux malheureuses frégates, qui, ne pouvant soutenir le choc, se jetèrent à la côte. « Dans ces derniers jours du Ca-
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nada, tout est épique, dit M. Ch. de Bonnechose. L’Atalante, commandée par Vauquelin, brûla sa dernière gargousse, et il n’y eut pas un homme qui ne fût blessé, Quand on héla le navire silencieux, Vauquelin répondit seulement : « Si j'avais de la poudre, vous m’entendriez bien. » Lévis, le désespoir dans le cœur, se replia de Québec sur Montréal. — « Heureux, heureux jour ! Ma joie et mes transports sont inexprimables ! » écrivait à la nouvelle de ces événements Pitt qui avait tout prévu, tout dirigé.
Sous l'empire d’une idée fixe, les défenseurs du Canada étaient-ils devenus fous ? L’héroïsme peut-il aller jusque-là? On se le demande en lisant les dépêches de Lévis à ses lieutenants. « Nous n'avons de la poudre que pour un combat, disait Lévis à la fin de juin, et il est surprenant que nous existions encore; mais si les ennemis ne mesurent pas leurs mouvements, nous en profiterons pour combattre le corps qui avancera le premier ; c’est l'unique ressource qui nous reste, » En même temps Bourlamaque écrivait : « Menacés de tous côtés par des forces infiniment supérieures, nous attendrons que l’ennemi ait achevé de décider ses mouvements pour l'aller combattre... » .
M. de Lévis s'était retiré à Montréal avec 3600 hoimmes. Les Anglais firent converger trois armées sur cette ville pour y cerner les Français. Leurs forces réunies s’élevaient à plus de 40 000 combattants.
Dans cette situation désespérée, M. de Lévis écrivait encore au ministre de la guerre: « Je n’ai point négligé de profiter de la confiance que me témoignent les Canadiens pour ranimer leur zèle, leur courage, et calmer leurs alarmes sur les lettres de change et ordonnances, et les engager à fournir des vivres. Nous sommes obligés de les combattre pour nous défendre, d'achever de leur enlever de force le peu d'animaux qui leur restent pour
leur vie, étant à la dernière extrémité à ce sujet. La récolte paraît belle; mais il reste à savoir si nous y arriverons, si nous pourrons la couper et qui la mangera. Nous n’avons de poudre que pour un combat. Nous n'avons encore aucune nouvelle des ennemis. Nous sommes à des événements qui décideront du pays; jugez, monseigneur, de notre situation, de celle des Canadiens. Telle qu'elle soit, je vous supplie d'assurer le roi que je mettrai en usage tous les moyens de faire tout ce qui sera possible pour la gloire de ses armes et lui conserver cette colonic... »
Les pauvres colons du Canada avaient bien souffert durant cette longue guerre. Au moment où M. de Lévis leur demandait un dernier sacrifice, quelle ne fut pas leur douleur d'apprendre que le cabinet de Versailles achevait leur ruine en suspendant le payement des lettres de change tirées sur la colonie! On devait 40 millions aux colons. « Ils ont tout sacrifié pour la conservation du Canada, écrivait M. de Lévis au ministre ; ils se trouvent actuellement ruinés, sans ressources. » Tel fut le dernier acte du gouvernement de Louis XV au Canada.
Le 6 septembre, une armée anglaise de plus de 20 000 hommes entourait la ville de Montréal et ses trois mille défenseurs, glorieux débris de l’armée de Montcalm et de Lévis, seuls survivants de cette guerre de cinq années. Montréal était pour ainsi dire une ville ouverte, n'ayant pour toute défense qu’une simple muraille destinée à la protéger contre les incursions des sauvages. On ne pouvait songer à la défendre; M. de Vaudreuil consentit à capituler.
Mais Lévis, héroïque jusqu’au bout, se révolta contre un article de cette capitulation imposé par le général Ambherst et qui refusait à ces troupes malheureuses les honneurs de la guerre.
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Il se retira dans l’île de Sainte-flélène avec les 2000 hommes qui lui restaient et se prépara à combattre, ne voulant pas rendre son épée. Il fallut un ordre formel de M. de Vaudreuil, il fallut surtout le désir d’épargner aux pauvres habitants de la colonie les vengeances d’un ennemi irrité pour fléchir cette résolution sublime. Il consentit enfin à poser les armes, le 8 septembre 1760, en protestant pour lui et son armée contre le traitement fait aux troupes françaises « qui auraient dû mériter plus d'attention de la part de M. de Vaudreuil et plus d’estime de celle du général Amherst ».
Les malheureux soldats français furent entassés dans des navires anglais trop étroits pour les contenir et s’éloignèrent de ces rives du Canada qu'ils avaient défendues avec une si indomptable énergie. Une horrible tourmente les assaillit. « Les flots du fleuve canadien, dit M. de Bonnechose, semblaient se soulever pour retenir nos pères! »
Le Canada resta aux Anglais dont il devint l’une des plus belles colonies. Les habitants conservèrent le libre exercice de leur religion, leurs lois ct leurs propriétés.
Quant aux héroïques chefs de cctte armée, un brillant avenir récompensa leur courage. Lévis devint maréchal de France; Bourlamaque, mutilé sur les champs de bataille de Carillon et d'Abraham, fut nommé gouverneur de la Guadeloupe; Bougainville illustra son nom dans de hardis voyages, entra à l’Académie des : sciences, et mourut à quatre-vingt-trois ans, amiral et sénateur.
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