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Sauuages assis à ombre sous vn arbre en vne belle grande prairie, où ils m’attendoient, bien en peine que i’estois. deuenu ; ils me firent seoir auprés d'eux, et me donnerent des cannes de bled d’Inde à succer qu'ils auoient cueillies en vn champ tout proche de là. le pris garde comme ils en vsoient, et les trouuay d’vn assez bon suc : apres, passant par vn autre champ plein de Fezolles i’en cueillis vn plein plat,que ie fis par apres cuiredans nostre Cabane auec de l’eau, quoyque l’escorce en fust desia assez dure : cela nous seruit pour vn second festin apres nostre arriuée.
A mesme temps que ie fus apperceu de nostre ville de Quieuindahian, autrement nommée Téqueunonkiayé, lieu assez bien fortifié à leur mode, et qui pouuoit contenir deux ou trois cens mesnages, en trente ou quarante Cabanes qu’il y auoïit, il s’esleua vn si grand bruit par toute la ville, que tous sortirent presque de leurs Cabanes pour me venir voir, et fus ainsi conduit auec grande acclamation iusque dans la Cabane de mon Sauuage, et pour ce que la presse y estoit fort grande, ie fus contrainct de gaigner le [| haut de l'establie, et me desrober de leur presse. Les pere et mere de mon Sauuage me firent vn fort bon accueil à leur mode, et par des caresses extraordinaires, me tesmoignoient l’ayse et le contentement qu'ils avoient de ma venuë, ils me traiterent aussi doucement que leur propre enfant, et me donnerent tout suiect de loüer Dieu, voyant l’humanité et fidelité de ces pauvres gens, priuez de sa cognoissance. Ils prirent soin que rien ne se perdist de mes petites hardes, et m’aduertirent de me donner garde des larrons et des trompeurs, particulierement des Quieu-
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nontateronons, qui me venoient souuent voir, pour tirer quelque chose de moy : car entre les Nations Sauuages celle-cy est l’vne des plus subtiles de toutes, en faict de tromperie et de vol.
Mon Sauuage, qui me tenoit en qualité de frere, me donna aduis d’appeller sa mere Sendoué, c’est à dire, ma mere, puis luy et ses freres Afaquen, mon frere, et le reste de ses parents en suite, selon les degrez de consanguinité, et eux de mesme m'appeloient leur parent. La bonne femme disoit Ayein, mon fils, et les autres Ataquon, mon frere, Earassé, mon cousin, Hi] uoiütan, mon nepveu, Houatinoron, mon oncle, Aystan, mon pere : selon l’aage des personnes i’estois ainsi appellé oncle ou nepueu, etc., et des autres qui ne me tenoient en qualité de parent, Yatoro, mon compagnon, mon camarade, et de ceux qui mrestimoient dauantage, Garihouanne, grand Capitaine. Voylà comme ce peuple n’est pas tant dans la rudesse et la rusticité qu’on l’estime.
Le festin qui nous fut faict à nostre arriuée, fut de bled d'Inde pilé, qu’ils appellent Ottet, auec vn petit morceau de poisson boucané à chacun, cuit en l’eau, car c’est toute la saulce du pays, et mes Fezolles me servirent pour le lendemain : dés lors ie trouuay bonne la Sagamité qui estoit faicte dans nostre Cabane, pour estre assez nettement accommodée, ie n'en pouuois seulement manger lorsqu’il y auoit du poisson puant demincé parmy, ou d’autres petits, qu'ils appellent Auhaitsique, ni aussi de Leindohy, qui est vn bled qu’ils font pourrir dans les fanges et eauës croupies et marescageuses, trois ou quatre mois durant, duquel ils font neantmoins grand estat :
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nous mangions par-fois de Citroüilles du pays, cuites || dans l’eau, ou bien sous la cendre chaude, que ie trouuois fort bonnes, comme semblablement des espics de bled d’Inde que nous faisions rostir deuant le feu, et d'autre esgrené, grillé comme pois dans les cendres : pour des Meures champestres nostre Sauuagesse m'en apportoit souuent au matin pour mon desieuner, ou bien des Cannes d’Honneha à succer, et autre chose qu’elle pouuoit, et auoit ce soin de faire dresser ma Sagamité la premiere, dans l’escuelle de bois ou d’escorce la plus nette large comme vn platbassin, et la cueillier auec laquelle ie mangeois, grande comme vn petit plat ou sauciere. Pour mon departement et quartier, ils me donnerent à moy seul, autant de place qu’en pouuoit occuper un petit mesnage, qu'ils firent sortir à mon occasion, dés le lendemain de mon arriuée : en quoy ie remarquay particulierement leur bonne affection, et comme ils desiroient de me contenter, et m’assister et seruir auec toute lhonnesteté et respect deus à vn grand Capitaine et chef de guerre, tel qu’ils me tenoient. Et pour ce qu’ils n’ont point accoustumé de se servir de cheuet, ie me seruois la nuict d’vn billot de bois, ou d’v-|| ne pierre, que ie mettois sous ma teste, et au reste couché simplement sur la natte comme eux, sans couuerture ny forme de couche, et en lieu tellement dur, que le matin me leuant, ie me trouuois tout rompu et brisé de la teste et du COrps.
Le matin, apres estre esueillé, et prié vn peu Dieu, ie desieunois de ce peu que nostre Sauuagesse m’auoit apporté, puis ayant pris mon Cadran solaire, ie