‹ Le grand voyage du pays des HuronsChapitre 27 sur 57 · SANT ARS · texte numérisé non relu

SANT ARS

âmes , que nous nous efforcons de gaigner à lesus- Christ.

Quand nous allions voir et visiter nos Sauuages en leurs Cabanes, ils en estoient pour la pluspart bien ayses, et le tenoient à honneur et faueur, se plaignans de ne nous y voir pas assez souuent, et nous faisoient par-fois comme font ordinairement les Merciers et Marchands du Palais de Paris, nous appelans chacun à son foyer, et peut-estre sous €sperance de quelque aleine, ou d’vn petit bout de ras- || sade, de laquelle ils sont fort curieux à se parer. Ils nous faisoient aussi bonne place sur la natte auprés d’eux au plus bel endroict, puis nous offroient à manger de leur Sagamité, y en ayant souuent quelque reste dans leur pot : mais pour mon particulier j'en prenois fort rarement, tant à cause qu'il sentoit pour l’ordinaire trop le poisson puant, que pour ce que les chiens y mettoient souuent leur nez, et les enfants leur reste. Nous auions aussi fort à dégoust et à contre-cœur de voir les Sauuagesses manger les pouls d’elles et de leurs enfants; car elles les mangent comme si c’estoit chose fort excellente et de bon goust. Puis comme par-deçà que lon boit l’vn à l’autre, en presentant le verre à celuy à qui on a beu, ainsi les Sauuages qui n’ont que de l’eau à boire, pour toute boisson, voulans festoyer quelqu’vn, et luy monstrer signe d'amitié, apres auoir petuné luy presentent le petunoir tout allumé, et nous tenans en cette qualité d’amis et de parens, ils nous en offroient et presentoient de fort bonne grace : Mais, comme ie ne me suis iamais voulu habituer au petun, ie les en remerciois, et n'en prenois nul-

lement, dequoy ils estoient au com- [| mencement 112 tous estonnez, pour n’y auoir personne en tous ces pays-là, qui n’en prenne et vse, pour à faute de vin

et d’espices eschauffer cet estomach, et aucunement corrompre tant de cruditez prouenantes de leur mauuaise nourriture.

Lorsque, pour quelque necessité ou affaire, il nous falloit aller d'vn village à vn autre, nous allions librement loger et manger en leurs Cabanes, ausquelles ils nous recevoient et traictoient fort humainement, bien qu'ils ne nous eussent aucune obligation : car ils ont cela de propre d'assister les passans, et receuoir courtoisement entr’eux toute personne qui ne leur est point ennemie : et à plus forte raison, ceux de leur propre Nation, qui se rendent l'hospitalité reciproque, et assistent tellement l'vn l'autre, qu'ils pouruoyent à la necessité d’vn chacun, sans qu'il ÿ ait aucun pauure mendiant parmy leurs villes et villages, et trouuoient fort mauuais entendans dire qu’il y auait en France grand nombre de ces necessiteux et mendians, et pensoient que cela fust faute de charité qui fust en nous, et nous en blasmoient grandement.

113 || Du pays des Hurons, et de leurs villes, villages et cabanes.

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