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quels l’homme est suiet. C’est pourquoy nos pauures Sauuages, pour remedier aux maladies ou blesseures qui leur peuuent arriuer, ont des Medecins et maistres des ceremonies, qu’ils appellent Oki, ausquels ils croyent || fort, pour autant qu'ils sont grands Magiciens, grands Deuins et Inuocateurs de Diables : Ils leur seruent de Medecins et Chirurgiens, et portent tousiours auec eux vn plein sac d’herbes et de drogues pour medeciner les malades : ils ont aussi vn Apothicaire à la douüzaine, qui les suit en queuë auec ses drogues, et la Tortuë qui sert à la chanterie, et ne sont point si simples qu’ils n’en sçachent bien faire accroire au menu peuple par leurs impostures, pour se mettre en credit, et auoir meilleure part aux festins et aux presents.
S'il y a quelque malade dans vn village, on l’enuoye aussi tost querir. Il faict des inuocations à son Demon, il souffle la partie dolente, il y faict des incisions, en succe le mauuais sang, et faict tout le reste de ses inuentions, n’oubliant iamais, s’il Le peut honnestement, d’ordonner tousiours des festins et recreations pour premier appareil, afin de participer luymesme à la feste, puis s’en retourne auec ses presens. S’il est question d’auoir nouuelle des choses absentes, apres auoir interrogé son Demon, il rend des oracles; mais ordinairement douteux , et bien souuent faux,
[[mais aussi quelques-fois veritables : car le Diable parmy ses mensonges, leur dict quelque verité.
Vn honneste Gentil-homme de nos amis, nommé le sieur du Vernet, qui a demeuré auec nous au pays des Hurons, nous dist vn iour, que comme il estoit dans la Cabane d’vne Sauuagesse vers le Bresil, qu’vn
Demon vint frapper trois grands coups sur la couuerture de la Cabane, et que la Sauuagesse qui cogneut que c’estoit son Demon, entra aussi-tost dans sa petite tour d’escorce, où elle auoit accoustumé de receuoir ses oracles, et entendre les discours de ce malin esprit. Ce bon Gentil-homme preste l'oreille, et escoute le Coiloque, et entendit le Diable qui se plaignoit grandement à elle, qu’il estoit fort las et fatigué, et qu'il venoit de fort loin guerir des malades, et que l’amitié particuliere qu’il auoit pour elle, l’auoit obligé de la venir voir ainsi lassé, puis pour l’aduertir qu'il y auoit trois Nauires François en mer qui arriueroient bien-tost, ce qui fut trouué veritable : car à trois ou quatre iours de là, les Nauires arriuerent, et apres que la Sauuagesse l’eut remercié, et faict ses demandes, le Demon s’en retourna.
207000 Vn de nos François estant tombé malade en la Nation du Petun, ses compagnons qui s’en alloient à la Nation Neutre, le laisserent là, en la garde d'vn Sauuage, auquel ils dirent : Si cettuy nostre compa- ) gnon meurt, tu n'as qu’à le despoüiller de sa robbe, faire vne fosse, et l’enterrer dedans. Ce bon Sauuage demeura tellement scandalisé du peu d’estat que ces François faisoient de leur compatriote, qu’il s’en plaignit par tout, disant qu'ils estoient des chiens, de laisser et abandoner ainsi leur compagnon malade, et de conseiller encore qu’on l’enterrast nud, s’il venoit à mourir. le ne feray jamais cette iniure à vn corps mort, bien qu’estranger, disoit-il; et me despoüillerois plustost de ma robbe pour le couurir, que de luy oster la sienne. |
L'hoste de ce pauure garçon sçachant sa maladie,
part aussitost de Quieuindohain, d’où il estoit, pour l'aller querir, et assisté de ce Sauuage qui l’auoit en garde, l’apporterent sur leur dos iusques dans sa Cabane, où enfin il mourut, apres auoir esté confessé par le Pere loseph, et fut enterré en vn lieu particulier le plus honorablement, et auec le plus de ceremonies || Ecclesiastiques qu'il nous fut possible, dequoy les Sauuages resterent fort edifiez, et assisterent eux mesmes au conuoy avec nos François, qui s’y estoient trouués auec leurs armes. Les femmes ct filles ne manquerent pas non plus en leurs pleurs accoustumez, suyuant ordonnance du Capitaine, et du Medecin ou Magicien des malades, lequel neantmoins on ne souffrit point approcher de ce pauure garçon pour faire ses inuentions et follies ordinaires : bien n'eust-on pas refusé quelque bon remede naturel, s’il en eust eu de propre à la maladie.
Je me suis informé d’eux, des principales plantes et racines desque:les ils se seruent pour guerir leurs maladies; mais entre toutes les autres ils fontestat de celle appelée Oscar, qui faict merueille contre toutes sortes de playes, vlceres, et autres incommoditez. [ls en ont aussi d’autres tres-venimeuses, qu'ils appellent Ondachiera, c’est pourquoy qu’il s'en faut donner garde, et ne se point hazarder d'y manger d’aucune sorte de racine, que l’on ne les cognoisse, et qu'on ne sçache leurs effects et leurs vertus, de peur des accidents inopinez.
| Nous eusmes vn iour vne grande apprehension d'vn Francois, qui pour en auoir mangé d’vne, deuint tout en vn instant grandement malade, et pasle comme la mort, il fut neantmoins guery par des vo-
mitifs que les Sauuages luy firent aualler. Il nous arriua encore une autre seconde apprehension, qui se tourna par apres en risée : ce fut que certains petits Sauuages ayans des racines nommées Ooxrat, qui ressemblent à vn petit naueau, ou à vne chastaigne pelée, qu’ils venoient d’arracher pour porter en leurs Cabanes : vn ieune garçon Francois qui demeuroit auec nous, leur en ayant demandé, et mangé vne ou deux, et trouué au commencement d’vn goust assez agreable, il sentit peu apres tant de douleur dans la bouche, comme d’vn feu tres-cuisant et picquant, auec grande quantité d’humeurs et de phlegmes qui luy distilloient continuellement de la bouche, qu’il en pensoit estre à mourir : et en effect, nous n’en scauions que penser, ignorans la cause de cet accident, et craignions qu’il eust mangé de quelque racine venimeuse : mais en ayant communiqué, et demandé l’aduis des Sauuages, ils se firent apporter le reste des racines pour || voir que c’estoit, et les ayans veües et recogneües, ils se prirent à rire, disans qu’il n’y auoit aucun danger ny crainte de mal; mais plustost du bien, n’estoient ces poignantes et par trop cuisantes douleurs de la bouche. Ils se seruent de ces racines pour purger les phlegmes et humiditez du cerueau des vieilles gens, et pour esclaircir la face : mais pour euiter ce cuisant mal, ils les font premierement cuire sous les cendres chaudes, puis les mangent, sans en ressentir apres aucune douleur, et cela leur faict tous les biens du monde, et suis marry de n’en auoir apporté par-decà, pour l’estat que ie croy qu'on en eust faict. On dict aussi que nos Montagnais et Canadiens ont un arbre appelé Annedda, d’vne ad-
mirable vertu; ils pillent Pescorce et les feuilles de cet arbre, puis font boüillir le tout en eauëé, et la boiuent de deus iours l’vn, et mettent le marc sur les jambes enflées et malades, et s'en trouuent bien tost gueris, comme de toutes autres sortes de maladies interieures et exterieures.
Pour se rendre plus souples et dispos à la course, et pour purger les mauuaises humeurs des parties enflées, nos Hurons || s’incisent et decouppent le gras des iambes, auec de petites pierres trencliantes, desquelles 1ls tirent encoe du sang de leurs bras, pour reioindre et coler leurs pippes ou petunoirs de terre rompus, qui est vne tres-bonne inuention, et vn secret d'autant plus admirable, que les pieces recolées de ce sang sont apres plus fortes qu’elles n’estoient auparavant. l’admirois aussi de les voir euxmesmes brusler par plaisir de la moëlle de sureau sur leurs bras nuds, et l'y laissoient consommer et esteindre : de sorte que les playes, marques et cicatrices y demeuroient imprimées pour tousiours.
Quand quelqu'vn veut faire suerie, qui est le remede le plus propre et le plus commun qu’ils ayent, pour se conseruer en santé, preuenir les maladies, et leur coupper chemin, il appelle plusieurs de ses amis pour suer avec luy : car luy seul ne le pourroit pas aysement faire. Il font donc rougir quantité de cailloux dans vn grand feu, puis les en retirent et mettent en vn monceau au milieu de la Cabane, ou la part qu'ils desirent dresser leur suerie, (car estans par les champs en voyage, ils en vsentquelques-fois) puis dressent tout à || l’entour des bastons fichez en terre, à la hauteur de la ceinture, et plus, repliez, par des-
sus, en façon d’vne table ronde, laissans entre les pierres et les bastons une espace suffisante pour contenir les hommes nuds qui doivent suer, les vns ioignans les autres, bien serrez et pressez tout à l'entour du monceau de pierres assis contre terre, et les genoüils esleuez au deuant de leur estomach : y estans on couure toute la suerie par dessus et à l’entour, auec de leurs grandes escorces, et des peaux en quantité : de sorte qu'il ne peut sortir aucune chaleur ny air de l'estuue; et pour s’eschauffer encore d’auantage, et s’exciter à suer, l’vn d'eux chante, et les autres disent et repetent continuellement avec force et vehemence (comme en leurs dances,) Het, het, het, et n’en pouuans plus de chaleur, 1ls se font donner vn peu d'air, en ostant quelque peau de dessus, et par-fois ils boiuent encore de grandes potées d'eau froide, et puis se font recouurir, et ayans sué suffisamment, ils sortent, et se vont ieter à l'eau, s'ils sont proches de quelque riuiere; sinon, ils se lauent d’eau froide, et puis festinent : car pendant qu'ils suent, la chaudiere est sur le feu, et pour {| auair bonne suerie, ils y bruslent par-fois du petun, comme en sacrifice etoffrande;1’ay veu quelques-vns de nos François en de ces sueries auec les Sauuages, et m'estonnois comme ils la vouloient et pouuoient supporter, et que l’honnesteté ne gaignoit sur eux de s’en abstenir.
Il arriue aucunes-fois que le Medecin ordonne à quelqu’vn de leurs malades de sortir du bourg, et de s’aller cabaner dans les bois, ou en quelqu’autre lieu escarté, pour luy obseruer là, pendant la nuict, ses diaboliques inuentions, et ne sçay pour quel autre
suiet il le feroit, puis que pour l’ordinaire cela ne se practique point que pour ceux qui sont entachez de maladie sale ou dangereuse, lesquels on contrainct seuls , et non les autres, de se separer du commun iusques à entiere guerison, qui est vne coustume et ordonnance loüable et tres-bonne, et qui mesme deuroit estre obseruée en tout pays.
À ce propos et pour confirmation, ie diray, que comme ie me promenois vn iour seul, dans les bois de la petite Nation des Quieunontateronons: i ‘appercu vn peu de fumée, et desireux de voir que c’estoit, l'aduancçay, et tiray celle part, où || ie trouuay vne Cabane ronde, faicte en facon d’vne Tourelle ou Pyramide Haute: esleuée, ayant au faiste vn trou ou souspiral par où sortoit la fumée : non content, i’ouuris doucement la petite porte de la Cabane pour sçauoir ce qui estoit dedans, et trouuay vn homme seul estendu de son long aupres d’vn petit feu : ie m'informay de luy pourquoy il estoit ainsi sequestré du village, et de la cause qu’il se deüilloit; il me respondit, moitié en Huron et moitié en Algoumequin, que c'estoit pour vn mal qu’il avoit aux parties naturelles, qui le tourmentoit fort, et duquel il n’esperoit que la mort, et que pour de semblables maladies ils auoient accoustumé entr’eux, de separer et esloigner du commun ceux qui en estoient attaincts, de peur de gaster les autres par la frequentation, et neantmoins qu'on luy apportoit ses petites necessitez et “partie de ce qui luy faisoit besoin, ses parens et amis ne pouuans pas d’auantage pour lors, à cause de leur pauureté. l’avois beaucoup de compassion pour luy; mais cela ne luy seruoit que d’vn peu de diuertisse-
ment et de consolation en ce petit espace de temps que ie fus aupres de luy : car de luy donner quel- || que nourriture ou rafraischissement, il estoit hors de mon pouuoir, puis que estois moy-mesme dans vne grande necessité.
Le Truchement des Honqueronons me dist vn iour, que comme ils furent vn long temps pendant l'hyuer, sans auoir de quoy manger autre chose que du petun, et quelque escorce d’arbre, qu'il en deuint tellement foible et debile, qu’il en pensa estre au mourir, et que ses Sauuages le voyans en cet estat, touchez et esmeus de compassion, luy demanderent s’il vouloit qu’on l’acheuast, pour le deliurer des peines et langueurs qu’il souffroit, puis qu’aussi bien faudroit-il qu’il mourust miserablement par les champs, ne pouuant plus suyure les troupes : mais il fut d’aduis qu’il valoit mieux languir et esperer en nostre Seigneur, que de se precipiter à la mort, aussi auoit il raison : car à quelques iours de là Dieu permist qu'ils prindrent trois Ours qui les remirent tous
sus pieds, et en leurs premieres forces, apres auoir.
esté quatorze ou quinze iours en ieusnes continuels.
Il ne faut pas s’estonner ou trouuer estrange qu'ils ayent (touchez et esmeus || de compassion) presenté et offert de si bonne grace la mort à ce Truchement, puis qu’ils ont cette coustume entr'eux (r’entends les Nations errantes, et non Sedentaires) de tuer et faire mourir leurs peres et meres, et plus proches parens desia trop vieux, et qui ne peuuent plus suyure les autres, pensans en cela leur rendre de bons seruices:
l’ay quelques-fois esté curieux d'entrer au lieu où lon chantoit et souffloit les malades, pour en voir