‹ Le grand voyage du pays des Hurons [microforme]Chapitre 15 sur 55 · DIR DEC TNT. MT · texte numérisé non relu

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quoy on fut contrainct de mettre bas toutes les voiles, et demeurer les bras croisez, portez à la mercy des flots, et ballottez d’vne estrange façon pendant ces furies. Que s’il y auoit quelque coffre mal amarré, on l’entendoit rouler, et quelsquefois la marmite estoit renuersée, et en disnant ou soupant si nous ne tenions bien nos plats, ils voloient d’vn bout de la table à l’autre, et les falloit tenir aussi bien que la tasse à boire, selon le mouuement du nauire, que nous laissions aller à la garde du bon Dieu, puis qu’il ne gouuernoit plus.

Pendant ce temps-là, les plus deuots prioyent Dieu ; mais pour les matelots, ie vous asseure que c’est alors qu'ils sont moins deuots, et qu’ils taschent de dissimuler l’apprehension qu'ils ont du naufrage, de reur que venans à en eschapper ils ne soient gaussez les vns des autres, pour la crainte et la peur qu'ils auroient temoignées par leurs deuotions, ce qui est vne vraye inuention du diable, pour faire perdre les personnes en mauuais estat. Il est || tres-bon de ne se point troubler, voire tres-necessaire pour chose qui arriue, à cause qu’on en est moins apte de se tirer du danger; mais il ne s’en faut pas monstrer plus insolent, ains se recommander à Dieu, et trauailler à ce à quoy on pense estre expedient et necessaire à son salut et deliurance. Or, ces tempestes bien souuent nous estoient presagées par les Marsouins, qui enuironnoient nostre vaisseau par milliers, se ioüans d’vne façon fort plaisante, dont les vns ont le museau mousse et gros, et les autres pointu.

Au temps de cette tourmente ie me trouuay vne fois seul auec mon compagnon , dans la chambre du

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Capitaine, où ie lisois pour mon contentement spirituel, les Meditations de S. Bonauenture, le dict Pere n’ayant pas encore acheué son Office, le disoit à genoüils, proche la fenestre qui regarde sur la gallerie, qu’à mesme temps vn coup de mer rompit vn aiz du siege de la chambre, entre dedans, sousleue vn peu en l'air ledit Pere, et m’enueloppe une partie du corps, ce qui m'’esbloüit toute la veuë : neantmoins, sans autrement m’estonner, ie me leue diligemment d’où restois assis, à tastons, i’ouure || la porte pour donner cours à l’eau, me ressouuenant auoir ouy dire qu’vn Capitaine auec son fils, se trouuerent vn iour noyez par vn coup de mer qui entra dans leur chambre. Nous eusmes aussi par fois des ressaques iusqu’au grand mast, qui sont des coups tres-dangereux pour enfoncer vn nauire dans l’abysme des eauës. Quand la tempeste nous prit nous estions bien auant au delà des Isles Açores, qui sont au Roy d’Espagne, desquelles nous n'approchasmes pas plus prés que d’vne iournée.

Ordinairement, apres vne grande tempeste vient vn grand calme, comme en effet nousen auions quelquesfois de bien importuns, qui nous empeschoient d’aduancer chemin, durant lesquels les Matelots ioüoient et dansofènt sur le tillac; puis quand on voyoit sortir de dessous l’horizon vn nuage espais, c’estoit lors qu'il falloit quitter ces exercices, et se prendre garde d’vn grain de vent qui estoit enueloppé là dedans, lequel se desserrant, grondant et sifflant, estoit capable de renuerser nostre vaisseau sens dessus-dessous, s’il n’y eust eu des gens prests à executer ce que le maistre du nauire leur com-

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20 mandoit. Or, le calme qui nous arriua apres cette grande tempeste nous seruit fort à propos, pour tirer de la mer vn grand tonneau de tres-bonne huile d’oliue, que nous apperceusmes assez proche de nous, flottant sur les eauës, nous en apperceusmes encore vn autre deux ou trois iours apres : mais la mer qui commençoit fort à s'enfler, nous osta le moyen de l’auoir : ces tonneaux, comme il est à coniecturer, pouuoient estre de quelque nauire brizé en mer par ces furieuses tourmentes et tempestes que nous auions souffertes peu de temps auparauant.

Quelques iours après nous rencontrasmes vn petit nauire Anglois, qui disoit venir de la Virginie, et de quelqu’autre contrée, car il auoit quantité de palmes, du petun, de la cochenille et des cuirs, il estoit tout desmaté des coups de vent qu’il auoit souffert, et pour pouuoir s'en retourner au pays d'Angleterre et d’Escosse, d’où la pluspart de son equipage estoit , ils auoient accommodé leur mast de misaine qui seul leur estoit resté, à la place du grand mast qui s’estoit rompu, et les autres aussi. I] pensoit s’esquiuer et fuire ; mais nous allasmes à luy et l’ar- || restasmes, luy demandant, selon la coustume de la mer, à celuy qui est, ou pense estre le plus fort : d’où est le nauire, il respondit d'Angleterre, on luy repliqua : amenez, c'est à dire, abaissez vos voiles, sortez vostre chalouppe, et venez nous faire voir vostre congé, pour en faire l'examen, que si on est trouué sans le congé de qui il appartient, on le faict passer par la loy et commission de celuy qui le prend : mais il est vray qu'en cela, comme en toute autre chose, il se commet souuent de tres-grands abus, pour ce que tel

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feint estre marchand, et auoir bonne commission, qui luy mesme est pirate et marchand tout ensemble, se seruant des deux qualitez selon les occasions et rencontres, et ainsi nos matelots desiroient ils la rencontre de quelque petit nauire Espagnol, où il se trouue ordinairement de riches marchandises, pour en faire curée, et contenter leur conuoitise : c'est pourquoy il ne faut s'approcher d'aucun nauire en mer qu’à bonnes enseignes, de peur qu’vn forban ne soit pris par vn autre pirate. Que si demandant d'où est le nauire on respond, de la mer, c’est à dire, escumeur de mer, c’est qu'il faut venir à bord, et rendre com- || bat, si on n'ayme mieux se rendre à leur mercy et discretion du plus fort.

C'est aussi la coustume en mer, que quand quelque nauire particulier rencontre vn nauire Royal, de se mettre au dessous du vent, et se presenter non point coste-à coste; mais en biaisant, mesme d’abattre son enseigne (il n’est pas neantmoins de besoin d'en auoir en si grand voyage sinon quand on approche de terre, ou quand il se faut battre).

Pour reuenir à nos Anglois, ils vindrent enfin à nous, sçauoir leur maïistre de nauire, et quelques autres des principaux, non toutefois sans vne grande crainte et contradiction, car ils pensoient qu'on les traiteroit de la mesme sorte qu'ils ont accoustumé de traiter les François quand ils en ont le dessus : c’est pourquoy ce Maistre de nauire offrit en particulier à nostre Capitaine, moy present, tout ce qu'ils auoient de marchandise en leur nauire, moyennant la vie sauue, et qu'ainsi despoüillez de tout, fors d’vn peu de viures, on les laissast aller; mais on ne leur fit

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aucun tort, et refusa-t-on leur offre, seulement on accepta un baril de patates (ce sont certaines racines

23 des Indes, en forme de gros || naueaux; mais. d'vn

goust beaucoup plus excellent) et vn autre de petun, qu'ils offrirent volontairement au Capitaine, et à moy vn cadran solaire que ie ne voulois accepter de peur de leur en incommoder : car mon naturel ne sçauroit affiger l’affligé, bien qu’il ne merite compassion.

Le Capitaine de nostre vaisseau, comme sage, ne voulut rien determiner en ce faict de soy-mesme, sans l'auoir premierement communiqué aux principaux de son bord, et nous pria d’en dire nostre aduis, qui estoit celuy que principalement il desiroit suiure, pour ne rien faire contre sa conscience, ou qui fust digne de reprehension. Pendant que nous estions en ce conseil, on auoit enuoyé quantité de nos hommes dans ce nauire Anglois pour y estre les plus forts, et en ramener les principaux des leurs dans le nostre, excepté leur Capitaine lequel estoit malade, de laquelle maladie il mourut la nuict mesme. Apres auoir veu tous les papiers de ces pauures gens, et trouué prés d’vn boisseau de lettres qui s’adressoient à des particuliers d'Angleterre, on conclud qu’ils ne pouuoient estre forbans, bien que leur congé ne fust

24 que trop vieux obtenu, attendu || qu’outre qu'ils

estoient peu de monde, et encore fort foiblement armez, ils auoient quelques charte-parties, puis toutes ces lettres les mettoient hors de soupçon, et ainsi on les renuoya en leur nauire, apres nous auoir accompagnez trois iours, et pleurant d’ayse d'estre deliurez de l'esclauage ou de la mort [qu’ils attendoient : ils nous firent mille remerciemens d’auoir parlé pour

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eux, et se prosternoient iusqu’en terre, contre leur coustume, en nous disant adieu.

le me recreois par fois, selon que ie me trouuois disposé, à voir ietter l’esuent aux Baleines, et ioüer les petits Balenots, et en ay veu vne infinité, parti-

- culierement à Gaspé, où elles nous empeschoient

nostre repos par leurs soufflemens et les diuerses courses des Gibars et Baleines. Gibar est vne espece de Baleine, ainsi appellée, à cause d’vne bosse qu’il semble auoir, ayant le dos fort esleué, où il porte vne nageoire. Il n’est pas moins grand que les Baleines, mais non pas si espais ny si gros, et a le museau plus long et plus aigu, et vn tuyau sur le front, par où il iette l’eau de grande violence, quelques-vns à cette cause, l’appellent souffleur. Toutes les fe- || melles Baleines portent et font leurs petits tous vifs, les allaitent, couurent et contre-gardent de leurs nageoires. Les Gibars et autres Baleines dorment tenans leurs testes esleuées vn peu hors, tellement que ce tuyau est à descouuert et à fleur d’eau. Les Baleines se voyent et descouurent de loin par leur queuë qu'elles monstrent souuent s’enfonçans dans la mer, et aussi par l’eau qu'elles iettent par les esuans, qui est plus d’vn poinçon à la fois, et de la hauteur de deux lances, et de cette eau que la Baleine iette, on peut iuger ce qu’elle peut rendre d'huile. Il y en a telle d'où l'on en peut tirer iusqu’à plus de quatre cens barriques, d’autres six-vingts poinçons , et d’autres moins, et de la langue on en tire ordinairement cinq et six barriques : ct Pline rapporte , qu’il s’est trouué des Baleines de six cens

pieds de long, et trois cens soixante de large. Il y en a desquelles on en pourroit tirer dauantage.

A mon retour ie vis tres-peu de Baleines à Gaspé, en comparaison de l’année precedente, et ne peux en conceuoir la cause ny le pourquoy, sinon que ce soit en partie la grande abondance de sang que || rendit la playe d’vne grande Baleine, que par plaisir vn de nos Commis luy auoit faite d'vn coup d’arquebuse à croc, chargée d’une double charge : ce n’est neantmoins ny la façon, ny la manière de les auoir : car il y faut bien d’autre inuention, et des artifices desquels les Basques se sçauent bien seruir, c’est pourquoy ie n’en fais point de mention, et me contente que d’autres Autheurs en ayent escrit.

La première Baleine que nous vismes en pleine mer estoit endorinie, et passant tout auprés on detourna vn peu le nauire, craignant qu'à son resueil elle ne nous causast quelque accident. l'en vis vne entre les autres espouuentablement grosse, et telle que le Capitaine, et ceux qui la virent, dirent asseurement n’en auoir iamais veu de plus grosse. Ce qui fit mieux recognoistre sa grosseur et grandeur est, que se demenant et soustenant contre la mer, elle faisait voir une partie de son grand corps. Ile m'estonnay fort d’vn Gibar , lequel auec sa nageoire ou de sa queuë, car ie ne pouuois pas bien discerner ou recognoistre duquel c'estoit, frappoit si furieusement fort sur l’eau , qu'on le pouvoit entendre de fort loin, et me dit-on que c’estoit pour || estonner et amasser le poisson, pour apres s'en gorger. Îe vis vn iour vn poisson de quelque dix ou douze pieds de longueur,

et gros à proportion, passer tout ioignant nostre nauire : on me dit quec’estoit un Requiem, poisson fort friand de chair humaine, c'est pourquoy qu'il ne fait pas bon se baigner où il y en a, pource qu'il ne manque pas d’engloutir les personnes qu'il peut attraper, ou du moins quelque membre du corps, qu’il coupe aysement auec ses deux ou trois rangées de dents qu'il a en sa gueule, et n’estoit qu’il luy convient tourner le ventre en haut ou de costé pour prendre sa proye, à cause que comme vn Esturgeon, il a sa gueule sous vn long museau, il devoreroit tout : mais il luy faut du temps à se tourner, et par ainsi il ne faict pas tout le mal qu'il feroit, s’ilauoit sa gueuleautrement.

Assez proche du Grand-Banc, vn de nos matelots herponna vne Dorade, c’est, à mon aduis, le plus beau bcisson de toute la mer; car il semble que la Nature -e soit delectée et ait pris plaisir à l'embellir de ses diuerses et viues couleurs : de sorte mesme qu'il esblouit presque la veue || des regardans, en se diuersifiant et changeant comme le Cameleon, et selon qu’il approche de sa mort il se diuersifie et se change en ses viues couleurs. Il n’auoit pas plus de trois pieds de longueur, et sa nageoire qu'il auoit dessus le dos luy prenoit depuis la teste iusqu'’à la queuë, toute dorée et couuerte comme d’vn or tres-fin : comme aussi la queuë, ses aislerons ou nageoires, sinon que parfois il paroissoit de petites taches de la couleur d’vn tres-fin azur, et d’autres de vermillon, puis comme d'vn argenté; le reste du corps est tout doré, argenté, azuré, vermillonné, et de diuerses autres couleurs, il n’est pas gueres large sur le dos, ains estroict, et le ventre aussi; mais il est haut et bien proportionné à

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sa grandeur : nous le mangeasmes, et trouuasmes tres-bon, sinon qu'il estoit un peu sec, quand il fut pris il suyuoit et se iouoit à nostre vaisseau, car le naturel de ce poisson suit volontiers es nauires : mais on en voit peu ailleurs qu'aux Molucques. Nous tirasmes aussi de la mer vn poisson mort, de mesme façon qu'vne grosse perche, qui auoit la moitié du corps entierement rouge ; mais aucun de nos gens ne peut iamais dire ny iuger quel poisson || c’estoit. l’ay aussi quelquesfois veu voler hors de l’eau des petits poissons, enuiron de la longueur de quatre ou cinq pieds, fuyans de plus gros poissons qui les poursuyuoient. Nos matelots herponnerent vn gros Marsoin femelle, qui en auoit vn petit dans le ventre, lequel fut lardé et rosty en guise d’vn leuraut, puis mangé, et la femelle aussi , laquelle nous seruit plusieurs iours : ce qui nous fut vne grande regale pour estre las de Salines, quiest la viande ordinaire de la mer.

Assez prés du Grand-Banc il se voit vn grand nombre d'oyseaux de mer de diuerses especes, dont les plus frequents sont des Godets, Happe-foyes et autres, que nous appelons Fouquets, ressemblans aucunement au pigeon, sinon qu'ils sont encor vne fois plus gros, ont les pattes d'oyes, et se repaissent de poisson. Ces oyseaux seruent de signal aux mariniers de l'approche dudict Grand-Banc, et de certitude de leur droicte route : mais ie m’esmerueille, auec plusieurs autres, où ils peuuent faire leurs nids, et esclore leurs petits, estans si esloignez de terre. Il y en a qui asseurent, apres Pline, que sept iours auant, et sept iours apres le Solstice d’hy- || uer la mer se tient calme , et que pendant ce temps-là les Alcyons font leurs nids,

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leurs œufs, et escloient leurs petits, et que la nauigation en est beaucoup plus asseurée : mais d'autres ne l’asseurent neantmoins que de la mer de Sicile, c’est pourquoy ie laisse la chose à decider à de plus sages que moy. Nous prismes à Gaspé vn de ces Fouquets auec vne longue ligne, à l’ain de laquelle y auoit des entrailles de moluës fraisches qui est l’inuention dont on se sert pour les prendre. Nous en prismes encor vn autre de cette façon, vn de ces Fouquets grandement affamé, voltigeoit à l’entour de nostre nauire cherchant quelque proye : l’vn de nos matelots aduisé, luy presente vn hareng qu’il tenoit en sa main , et l'oyseau affamé y descend, et le garcon habile le prit par la patte, et fut pour nous. Nous le nourrismes et conseruasmes vn assez long temps dans un seau couuert, où il ne se demenoit aucunement; mais il sçauoit fort bien pincer du bec quand on s’en vouloit approcher. Plusieurs appellent communement cet oyseau Happe-foyes, à cause de leur auidité à recueillir et se gorger des foyes des moluës que l’on iette en mer apres || qu’on leur a ouuert le ventre, desquels ils sont si frians, qu'ils se hazardent d'approcher du vaisseau et nauire, pour en attrapper à quelque prix que ce soit.

Le Grand-Banc, duquel nous auons desja parlé, et au trauers duquel il nous conuenoit passer : ce sont hautes montagnes, assises en la profonde racine des abysmes des eaux, lesquelles s’esleuent iusqu’à trente, quarante et soixante brasses de la surface de la mer. On le tient de six-vingts lieuës de long, d’autres disent de deux cens, et soixante de large, passé lequel on ne trouue plus de fond, non plus que par-decà,

iusqu’à ce qu'on aborde la terre. Nous y eusmes le plaisir de la pesche des moluës : car c’est le lieu où plus particulierement on y en pesche grande quantité, et sont des meilleures de Terre Neuue : en passant nous y en peschasmes vn grand nombre, et quelques Flettans fort gros, qui est vn fort bon poisson; mais il faict grandement la guerre aux moluës, qu’il mange en quantité, bien que sa gueule soit petite, à proportion de son corps, qui est presque faict en la forme d’vn turbot ou barbuë, mais dix fois plus grand : ils sont fort bons à manger grillés et || bouillis par tranches. Cela est admirable, combien les moluës sont aspres à aualler ce qu’elles rencontrent et leur vient au deuant, soit l’amorce, fer, pierre, ou toute autre chose qui tombe dans la mer, que l’on retrouue par-fois dans leur ventre, quand elles ne le peuuent reuomir, c’est la cause pourquoy l'on en prend si grand quantité : car à mesme temps qu'elles apperçoiuent l’amorce, elles l'engloutissent; mais il faut estre soigneux de tirer promptement la ligne, autrement elles reuomissent l’ain, et s’eschappent souuent.

Je ne sçay d'où en peut procéder la cause, mais il fait continuellement vn broüillas humide, froid et pluuieux sur ce Grand-Banc, aussi bien en plein Esté comme en Automne, et hors dudict Banc il n’y a rien de tout cela, c'est pourquoy il y feroit grandement ennuyeux et triste, n'estoit le divertissement et la recreatiôn de la pesche. Vne chose, entr'autres, me donnoit bien de la peine lors que ie me portois mal : vne grande enuie de boire vn peu d’eau douce, et nous n'en auions point, par ce que la nostre estoit

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