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— 33 — a ùuily 1 autres à coudre leurs escuelles d’escorces!, et faire ile lis de 3 plusieurs autres petites ioliuetez auec des poinctes de “1 prai- 4 porc-espics, teintes en rouge cramoisi. A la verité ie | de ro- É trouuai leur manger maussade et fort à contre-cœur, 4] le ri- | comme n'estant accoustumé à ces mets sauuages, quoy | autes D que leur courtoisie et ciuilité non sauuage m'en offrit, | r in- É. comme aussi d'vn peu d’eau de riuiere à boire , qui ‘1 tient estoit là dans vn chaudron fort mal net, de quoy ie ‘1 art en les remerciay humblement. Apres, ie m’en allay au | il est 4 port parlechemin dela forest, auec quelques Fran- 48 a qu’elle ne çois que i’auois de compagnie : mais à peine y fusmeshende ne: nous arriuez, et entrez dans nostre barque, qu'il pensa 1 mpes- “4 nous y arriuer quelque disgrace. Ce fut que le prinraisne n. cipal Capitaine des Sauuages, que nous nommons la | Mon- ‘4 Forière , estant venu nous voir dans nostre barque, { equ’il 4 et n’estant pas content du petit present de figues que | ny ne 1 nostre Capitaine luy auoit faict au sortir du vaisseau, 1 eruans 4 il les ietta dans la riuiere par despit, et aduisa ses Sau- | ns l’as- 4 uages d’entrer tous fil-à-fil dans nostre barque, et d’y | iua, et E | prendre et emporter toutes les marchandises qui leur 1 faisoient besoin , et d’en donner si peu de pelleteries | >oincte + qu’ils voudroient, puis qu’on ne l’auoit pas contenté. | village 3 lls y entrerent donc tous auec tant d’insolence et de dinaire à brauade, qu’ayans eux-mesmes ouuert l’escoutille, et Le na- he | tiré hors de dessous les tillacs ce qu’ils voulurent, ils | la ma- n’en donnerent pour lors de pelleterie qu’à leur vo- | \terre, Ë lonté , sans que personne les en peust empescher ou nes des 4 resister. Le mal pour nous fut d’y en auoir trop lais- , m’as- 4 sé entrer à la fois, veu le peu de gens que nous esà leurs 4 tions, car nous n’y estions lors que six ou sept, le emmes, 4 reste de l’equipage ayant esté enuoyé ailleurs : c’est
, ct les E ce qui fit || filer doux à nos gens , et les laisser ainsi 49 |
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faire , de peur d’estre assommez ou iettez dans la riuière, comme ils en cherchoïient l’occasion , ou quelque couuerture honneste pour le pouuoir librement faire sans en estre blasmez.
Le soir , tout nostre equipage estant de retour, les Sauuages ayant crainte, ou marris du tort qu’ils auoient faict aux François, tindrent conseil entr’cux, et aduiserent en quoy et de combien ils les pouuoient auoir trompez, et s’estans cotisez apporterent autant de pelleteries, et plus que ne valloit le tort qu’ils auoïent faict, ce que l’on receut , auec promesse d’oublier tout le passé, et de continuer tousjours dans l’amitié ancienne, et pour asseurance et confirmation de paix, on tira deux coups de canon, et les fit-on boire vn peu de vin, ce qui les contenta fort, et nous encor plus : car à dire vray, on craint plus de mescontenter les Sauuages, qu’ils n’ont d’offenser les Marchands.
Ce Capitaine Sauvage m’importuna fort de luy donner nostre Croix et nostre Chapelet, qu’il appeloit Iesus (du nom mesme qu’ils appellent le Soleil) pour pendre à son col ; mais ie ne pus lui accor- || der, pour estre en lieu où ie n’en pouuois recouurer un autre. Pendant ce peu de iours que nous fusmes là, on pescha grande quañtité de Harengs et des petits Oursins, que nous amassions sur le bord de l’eau, et les mangions en guise d’Huitres Quelques-vns croyent en France que le Hareng frais meurt à mesme temps qu’il sort de son element, i’en ay veu neantmoins sauter vifs sur le tillac vn bien peu de temps, puis mouroient ; les Loups marins se gorgeoient aussi par-fois en nos filets des Harengs que nous y prenions, sans les en pouuoir empescher , et estoient si fins et si ru-
a riquelment
r, les qu’ils cux, oient utant ils ad’ouns l’aion de boire encor tenter nds.
le luy )peloit ) pour , pour autre.
n pesirsins, mannt en temps 1s saus mouar-fois 3, Sans si ru-
en ue
sez, qu’ils sortoient par -fois leurs testes hors de l’eau, pour se donner garde d’estre surpris, et voir de quel costé estoient les pescheurs, puis rentroient dans l’eau, et pendant la nuict nous oyons souuent leurs voix, qui ressembloient presqu’à celles des Chats huans (chose contraire à l'opinion de ceux qui ont dict et escrit que les poissons n’auoient point de voix).
Proche de là, sur le chemin de Kebec, et l’Isle aux Allouettes, ainsi nommée, pour le nombre infiny qui s'y trouue par-fois. l’en ay eu quelques-vnes en vie, || elles ont leur petit capuce en teste comme les nostres, mais elles sont vn peu plus petites, et de plumage vn peu plus gris et moins obscur, mais le goust de la chair en est de mesme. Cette isle presque couuerte, pour la pluspart, que de sable, qui faict que l’on en tue vn grand nombre d’vn seul coup d’arquebuse : car donnant à fleur de terre, le sable en tue plus que ne faict la poudre de plomb, tesmoin celuy qui en tua trois cens et plus d’vn seul coup.
Sur ce mesme chemin de Kebec, nous trouuasmes aussi en diuers endroicts plusieurs grandes troupes de Marsouins, entierement et parfaictement blancs comme neige par tout le corps, lesquels proche les vns desautres, se ioüoyent, et se sousleuant monstroient ensemblement vne partie de leurs grands corps hors de l’eau, qui est, à peu prés, gros comme celuy d’vne vache, et long à proportion, et à cause de cette pesanteur, et que ce poisson ne peut seruir que pour en tirer de l’huile : l’on ne s’amuse pas à cette pesche, partout ailleurs nous n’en auons point veu de blancs ny de si gros : car ceux de la mer sont noirs, bons à
manger, et beau- || coup plus petits. Il y a aussi en 52
chemin des Echos admirables, qui repetent et sonnent tellement les paroles, et si distinctement, qu’ils n’en obmettent vne seule syllabe, et diriez proprement que ce soient personnes qui contrefont ou repetent ce que vous dites et chantez.
Nous passasmes apres, ioignans l’Isle aux Coudres, laquelle peut contenir enuiron vne lieuë et demie de long, elle est quelque peu vnie, venant en diminuant par les deux bouts, assez agreable, à cause des bois qui l’enuironnent, distante de la terre du Nord d’enuiron demye lieuë. De l’Isle aux Coudres, costoyans la terre, nous fusmes au Cap de Tourmente, distant de Kebec sept ou huict lieuës : Il est ainsi nommé, d’autant que pour peu qu’il fasse de vent la mer s’y esleue comme si elle estoit pleine, en ce lieu l’eau commence à estre douce, et les Hyuernaux de Kebec y vont prendre et amasser le foin en ces grandes prairies (en la saison) pour le bestail de l'habitation. De là nous fusmes à l’Isle d’Orleans, où il y a deux lieuës, en laquelle du costé du Su, y a nombre d’Isles qui sont basses, couuertes d'arbres, et fort agreables, remplies || de grandes prairies et force gibier, contenans les vnes enuiron deux lieuës, et les autres vn peu plus ou moins. Autour d’icelles y a force rochers et basses, fort dangereuses à passer, qui sont esloignées enuiron de deux lieués de la grand’terre du Su. Ce lieu est le commencement du beau et bon pays de la grande ri- . uiere. Au bout de l'Isle il y a vn saut ou torrent d'eau, appellé de Montmorency, du costé du Nord, qui tombe dans la grand’riuiere, auec grand bruit et impetuosité. Il vient d’vn lac qui est quelques dix ou douze lieuës dans les terres, et descend de dessus
nnent s n’en at que e que
udres, nie de nuant s bois | d’entoyans listant mmé, ner S'y 1 l’eau Kebec s prai- . De là ieuës, es qui , remenans plus passes, auiron est le de riorrent ord, uit et es dix dessus
jus 919 er
vne coste qui a prés de 25. toises de haut, au dessus de laquelle la terre est vnie et plaisante à voir, bien que dans le pays on voye des hautes montagnes qui paroissent, mais esloignées de plusieurs lieuës.
|| De Kebec, demeure des François, et des Peres Recollets. 54