‹ Le grand voyage du pays des Hurons [microforme]Chapitre 17 sur 55 · RO PR DRE ÉTE · texte numérisé non relu

RO PR DRE ÉTE

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desdaigne de passer par la loy, ains gayement et de | bonne volonté s’y sousmettre, i’entends les personnes pi | seculieres, et de mediocre condition, ausquelles seupl: les on fait obseruer cette loy.

RE L'Isle d’Anticosty , où l'on tient qu'il y a des Ours || | blancs monstrueusement grands , et qui deuorent les qu || hommes comme en Noruegue, longue d’enuiron 30. L | ou 40. lieues, nous estoit à main droicte, et en suite Fini | des terres plattes couvertes de Sapiniers, et autres pe- | tits bois, iusqu’à la rade de Tadoussac. Cette Isle, | auec le Cap de Gaspé, opposite, font l’'emboucheure de ce fleuue, que nous appelons de Sainct Laurent, admirable, en ce qu'il est vn des plus beaux fleuues du monde , comme m'ont aduoué dans le pays des personnes mesmes qui auoient faict le voyage des Moluc- [ut 1! ques et Antipodes. Il a son entrée ‘selon qu'on peut 1] À | presumer et iuger, prés de 20. ou 25. lieuës de large, | plus de 200. brasses de profondeur , et plus de 800. | | 44 lieuës de cognoissance ; etau bout de || 400. lieuës elle ant || est encore aussi large que les plus grands fleuues que nu ! nousayons remarquez, remplie parendroicts) d’Isles Lun L et de rochers innumerables; et pour moy ie peux asnl | seurer que l'endroict le plus estroict que j’ay veu, passe ‘4 4 la largeur de 3. et4. fois la riuiere de Seine, et ne pense M } point me tromper, et ce qui est plus admirable, quel- À ques-vns tiennent que cette riuiere prend son origine dl de l’un des lacs qui se rencontrent au fil de son cours, Li qi si bien (la chose estantainsi) qu'il faut qu'il yait deux ni! {}| | cours, l’vn en Orient vers la France, l’autre en Occident, vers la mer du Su, et me semble que le lac des fu |! Shequaneronons a de mesme deux descharges opposites, produisant une grande riuiere , qui se va rendre dans

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le grands lac des Hurons , et vne autre petite toute à l'opposite qui descend et prend son cours du costé de Kebec, et se perd dans un lac qu’elle rencontre à 7. ou 8. lieuës de sa source : ce fut le chemin par où mes Sauuages me ramenerent des Hurons, pour retrouuer nostre grand fleuue Sainct Laurent, qui conduit à Kebec.

Continuant nostre route, et voguant sur nostre beau fleuve, à quelques iours de là || nous arrivasmes à la rade de Tadoussac, qui est à une lieuë du port, et cent lieuës de l’'emboucheure de la riuiere, qui n'a en cet endroict plus que sept ou huict lieuës de large : le lendemain nous doublasmes la pointe aux Vaches, et entrasmes au port, qui est iusques où peuuent aller les grands vaisseaux : c'est pourquoy on tient là des barques et chaloupes exprez, pour descharger les nauires, et porter ce qui est necessaire à Kebec, y ayant encor enuiron 50. lieuës de chemin par la riuiere : car de penser y aller par terre, c'est ce qui ne se peut esperer , ou du moins semble-il impossible pour les hautes montagnes, rochers et precipices où il se conuiendroit exposer et passer : ce lieu de Tadoussac est comme vne anse à l'entrée de la riuiere de Saguenay, où il y a vne marée fort estrange pour sa vistesse, où quelques fois il vient des vents impetueux, qui ameinent de grandes froidures : c’est pourquoy il y fait plus froid qu'en plusieurs autres lieux plus esloignez du Soleil de quelques degrés.

Ce port est petit, et n'y pourroient s'abriter qu'enuiron 20. ou 25. vaisseaux au plus. 11 y a de l'eau assez, et est à l'abry de la riuiere du || Saguenay, et d'vne petite Isle de rochers, qui est presque coupée de la

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mer, le reste sont montagnes hautes esleuées, où il y a peu de terre, mais force rochers ét sables remplis de bois, comme Sapins et Bouleaux, puis vne petite prairie et forest auprés, tout ioignant la petite Isle de rochers, à main droicte tirant à Kebec, est la belle riuiere du Saguenay , bordée des deux costez de hautes et steriles montagnes, elle est d’vne profondeur incroyable, comme de 150.ou 200. brasses, elle contient de large demie-lieuë en des endroicts, et vn quart en son entrée , où il ya vn courant si grand, qu'il est trois quarts de marée couru dedans la riuière qu'elle porte encore dehors, c’est pourquoy on apprehende grandement, ou que son courant ne reiette et empesche d’entrer au port, ouque la forte marée n’entraisne dans la riuiere, comme il est vne fois arriué à Monsieur de Pontgraué, lequel s’y pensa perdre, à ce qu’il nous dit, pour ce qu'il n’y peut prendre fonds, ny ne sçauoit comment en sortir, ses anchres ne lui seruans de rien, ny toutes les industries humaines, sans l’assistance particuliere de Dieu , qui seul le sauua, et 47 ||empescha de briser son infortuné nauire.

A la rade de Tadoussac , au lieu appelé la Poincte aux Vaches, estoit dressé au haut du mont, vn village de Canadiens, fortifié à la façon simple et ordinaire des Hurons, pour crainte de leurs ennemis. Le nauire y ayant ietté l’anchre, attendant le vent et la marée propre pour entrer au port ie descendis à terre, fus visiter le village , et entray dans les cabannes des Sauuages , lesquels ie trouuay assez courtois, m’asseant par fois auprés d'eux, ie prenois plaisir à leurs petites façons de faire, et à voir trauailler les femmes, les vnes à matachier et peinturer leurs robes, et les

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