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\ E lieu du Capde Victoireou de Massacre,
oo. à est à douze ou quinze lieuës au deçà de la Wé Riuiere des Prairies, ainsi nommée, pour D la quantité d’Isles plates et prairies agreables que cette riuiere, et vn beau et grand lac y contiennent; la riuiere des Yroquois y aboutit à main gauche, comme celle des Ignierhonons, qui est encore vne Nation d’Yroquois, aboutit à celle du Cap de Victoire : toutes ces contrées sont tres-agreables, et propres à y bastir des villes, les terres y sont plates et vnies, mais vn peu sablonneuses, les riuieres y sont poissonneuses, et la chasse et Pair fort bons, ioint que pour la grandeur et profondeur de la riuiere, les barques y peuuent aller à la voile quand les || vents sont bons, et à faute de bon vent on se peut seruir d’auirons.
Pour reuenir donc au Cap de Victoire, la riuiere en cet endroict, n’a enuiron que demye lieuë de large, et dés l'entrée se voyent tout d’vn rang 6. ou 7. Isles fort agreables et couuertes de beaux bois; les Hurons
y ayans faict leur traite, et agreé pour quelques petits presens de nous conduire en leur pays le Pere loseph, le Pere Nicolas et moy, nous partismes en mesme temps auuec eux, apres auoir premierement inuoqué l'assistance de nostre Seigneur, à ce qu’il nous conduisist et donnast vn bon et heureux succez à nostre voyage, le tout à sa gloire, à nostre salut, et au bien et conuersion de ces pauures peuples.
Mais pour ce que les Hurons ne s'associent que cinq à cinq, ou six à six pour chacun canot, ces petits vaisseaux n’en pouuans pour le plus, contenir qu'vn dauantage auec leurs marchandises : il nous fallut necessairement separer, et nous accommoder à part, chacun auec vne de ces societez ou petit canot, qui nous conduisirent iusques dans leur pays, sans nous plus reuoir en chemin que les deux premiers
62 ||iours que nous logeasmes auec le Pere Ioseph, et puis plus, iusques à plusieurs sepmaines apres nostre arriuée au pays des Hurons; mais pour le Pere Nicolas, ie le trouuay pour la premiere fois, enuiron deux cens lieuës de Kebec, en vne Nation que nous appellons Epicerinys ou Sorciers, eten Huron Squekaneronons.
Nostre premier giste fut à la riuiere des Prairies, qui est à cinq lieuës au dessous du Saut Saint Loüis,. où nous trouuasmes desia d’autres Sauuages cabanez, qui faisoient festin d’vn grand Ours, qu’ils auoient pris et poursuiuy dans la riuiere, pensant se sauuer aux Isles voysines, mais la vitesse des Canots l’ataignit, et fut tué à coups de flesches et de massuë. Ces Sauuages en leur festin, et caressans la chaudiere, chantoient tous ensemblement, puis alternatiuement
d'vn chant si doux et agreable, que i’en demeuray tout estonné, et rauy d’admiration : de sorte que depuis ie n’ay rien ouy de plus admirable entr’eux ; car leur chant ordinaire est assez mal-gracieux.
Nous cabanasmes assez proche d'eux, et fismes chaudiere à la Huronne, mais ie ne pû encore manger de leur Sagamité || pour ce coup, pour n'y éstre pas accoustumé, et me fallut ainsi coucher sans souper, car ils auoient aussi mangé en chemin vn petit sac de biscuit de mer que j’auois pris aux barques, pensant qu’il me deust durer iusques aux Hurons, mais ils n’y laisserent rien de reste pour le lendemain, tant ils letrouuerent bon. Nostre lict fut la terre nuë, auec vne pierre pour mon cheuet, plus que n’auoient nos gens, qui n’ont accoustumé d’auoir la teste plus haute que les pieds; nostre maison estoit deux escorces de Bouleau, posées contre quatre petites perches fichées en terre, et accommodées, en panchans, au dessus de nous. Mais pour ce que leur façon de faire, et leur maniere de s’accommoder allans en voyage, est presque tousiours de mesme, ie diray succinctement cy-aprés comme ils s’y gouuernent.
C’est, que pour pratiquer la patience à bon escient, et patir au delà des forces humaines, il ne faut qu’entreprendre des voyages auec les Sauuages, et specialement long-temps, comme nous fismes : car il se faut resoudre d'y endurer et patir, outre le danger de perir en chemin, plus que l’on ne sçauroit penser, tant de la faim, || que de la puanteur que ces salles maussades rendent presque continuellement dans leurs Canots, ce qui seroit capable de se desgouter du tout
de si desagreables compagnies, que pour coucher
a. LT