‹ Le grand voyage du pays des Hurons [microforme]Chapitre 27 sur 55 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

poisson, s’il y en a, puis le || mangent. Ils font de 140

mesme du bled qui n’est point pilé; mais il est fort dur à cuire.

Pour la Sagamité ordinaire, qu’ils appellent Oftet, c'est du Maiz cru, mis en farine, sans en separer ny la fleur ny les pois, qu’ils font boüillir assez clair, auec vn peu de viande ou poisson, s’ils en ont, et y meslent aussi par-fois des citroüilles decoupées par morceaux, s’il en est la saison, et assez souuent rien du tout : de peur que la farine ne se tienne au fond du pot, ils la remuent souuent auec l’Estoqua, puis la mangent; c’est le potage, la viande et le mets quotidien, et n’y a plus rien à attendre pour le repas ; car lors mesmes qu’ils ont quelque peu de viande ou poisson à départir entr’eux (ce qui arriue rarement, excepté au temps de la chasse ou de la pesche) il est partagé, et mangé le premier, auparauant le potage ou Sagamité.

Pour Leindohy ou bled puant, ce sont grande quantité d’espics de bled, non encore du tout sec et meur, pour estre plus susceptible à prendre odeur, que les femmes mettent en quelque mare ou eau puante, par l’espace de deux ou trois mois, au bout desquels elles les en retirent, et || cela sert à faire des festins de grande importance, cuit comme la Neintahouy, et aussi en mangent de grillé sous les cendres chaudes, lechans leurs doigts au maniement de ces espics puants, de mesme que si c'estoient cannes de sucre, quoy que le goust et l'odeur en soit trespuante, et infecte plus que ne font les esgouts mesmes, et ce bled ainsi pourry n'estoit point ma viande, quelque estime qu’ils en fissent, ny ne le maniois

pas volontiers des doigts ny de la main, pour la mau- | uaise odeur qu’il y imprimoit et laissoit par plu- | sieurs jours :aussi ne m'en presenterent-ils plus lors qu'ils eurent recogneu le degoust que i’en aüois. Ils font aussi pitance de glands, qu’ils font boüillir en plusieurs eauës pour en oster l’amertume, et les trouuois assez bons : ils mangent aussi d’aucunes fois d’vne certaine escorce de bois cruë, semblable au saulx, de laquelle ÿ’ay mangé à l’imitation des Sauuages; mais pour des herbes ils n’en mangent point du tout, ny cuites ny cruës, sinon de certaines racines qu’ils appellent Sondhratatte, et autres semblables. Auparauant l'arriuée des François au pays des Ca- 142 nadiens, ‘et des autres peu-|| ples errans, tout leur meuble n'estoit que de bois, d’escorces ou de pierres; : de ces pierres ils en faisoient des haches et cousteaux, et du bois et de l’escorce ils en fabriquoient toutes les autres vstensiles et pieces de mesnage, et mesme les | chaudieres, bacs ou auges à faire cuire leur viande, laquelle ils faisoient cuire, ou plustost mortifier en cette maniere.

Ils faisoient chauffer et rougir quantité de graiz et 1 cailloux dans vn bon feu, puis les iettoient dans la | chaudiere pleine d’eau, en laquelle estoit la viande | ou le poisson à cuire, et à mesme temps les en retiroient et en remettoient d’autres en leur place, et à succession de temps l’eauë s’eschauffoit, et cuisoit ainsi aucunement la viande. Mais pour nos Hurons, et autres peuples et nations Sedentaires, ils auoient (comme ils ont encore) l’vsage et l’industrie de faire des pots de terre, qu’ils cuisent en leur foyer, et sont forts bons, et ne se cassent point au feu, encore

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qu’il n’y ait point d’eau dedans ; mais ils ne peuuent aussi souffrir long-temps d'humidité et l'eau froide, qu'ils ne s’attendrissent et cassent au moindre heurt qu’on leur donne, autrement ils durent fort || long temps. Les Sauuagesses les font, prenant de la terre propre, laquelle ils nettoyent et pestrissent tres-bien, y meslans parmi un peu de graiz, puis la masse estant reduite comme une boule, elles y font un trou auec le poing, qu'ils agrandissent tousiours, en frappant par dedans auec une petite palette de bois, tant et si long temps qu'il est necessaire pour les parfaire : ces pots sont faits sans pieds et sans ances, et tous ronds comme vne boule, excepté la gueule qui sort vn peu en dehors.

De leurs festins et conuiues.

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