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peut-estre que parmy vn si grand nombre de noms | qu’ils ont, il s’y en peut trouuer quelques-vns approchans des nostres.
Les anciennes femmes d’Allemaigne sont loüées par Tacite, d’autant que chacune nourrissoit ses enfans de ses propres mamelles, et n'eussent voulu qu'vne autre qu’elles les eust allaictez. Nos Sauuagesses, auec leurs propres mamelles, allaictent et nourrissent aussi les leurs, et n'ayant point l’vsage ny la commodité de la boüillie, elles leur baillent encore des mesmes viandes desquelles elles vsent, apres les auoir bien maschées, et ainsi peu à peu les esleuent. Que si la mere vient à mourir auant que Penfant soit sevré, le pere prend de l’eau, dans laquelle aura tres-bien boüilly du bled d’Inde, et en
170 emplit sa || bouche, et ioignant celle de l'enfant contre la sienne, luy faict receuoir et aualer cette eauë, et c'est pour suppleer au deffaut de la mamelle et de la boüillie, ainsi que j'ay vue pratiquer au mary de nostre Sauuagesse baptizée. De la mesme inuention se seruent aussi les Sauuagesses, pour nourrir les petits chiens, que les chiennes leur donnent, ce que ie trouuois fort maussade et vilain, de ioindre ainsi à leur bouche le museau des petits chiens, qui ne sont pas souuent trop nets.
Durant le iour ils emmaillottent leurs enfans sur vne petite planchette de bois, où il y a à quelquesvnes vn arrest ou petit aiz plié en demy rond au dessous des pieds, et la dressent debout contre le plancher de la Cabane, s'ils ne les portent promener auec cette
planchette derrière leur dos, attachée auec vn collier
qui leur prend sur leur front, ou que hors du maillot
ils ne les portent enfermez dans leur robe ceinte deuant eux, ou derriere le dos presque tous droits, la teste de l’enfant dehors, qui regarde d’vn costé et d'autre par dessus les espaules de celle qui le porte.
L'enfant estant emmaillotté sur cette || planchette, ordinairement enjoliuée de petits Matachias et Chapelets de Pourceleine, ils luy laissent vne ouuerture deuant la nature, par où il faict son eau, et si c’est vne fille, ils y adioustent vne feuille de bled d’Inde renuersée, qui sert à porter l’eau dehors, sans que enfant soit gasté de ses eauës, et au lieu de lange (car ils n’en ont point) ils mettent sous-eux du duuet fort doux de certains roseaux, sur lesquels ils sont couchez fort mollement, et les nettoyent du mesme duuet ; et la nuict ils les couchent souuent tous nuds entre le pere et la mere, ss: qu’il en arriue, que tres-rarement, d'accident. l’ay veu en d’autres Nations, que pour bercer et faire dormir Penfant, ils le mettent tout emmaillotté dans vne peau, qui est suspenduë en l’air par les quatre coins, aux bois et perches de la Cabane, à la façon que sont les licts de reseau des Matelots sous le Tillac des nauires, et voulans bercer l'enfant ils n’ont que fois à autre à donner vn bransle à cette peau ainsi suspenduë,
Les Cimbres mettoient leurs enfans nouueaux naiz parmy les neiges, pour les endurcir au mal, et nos Sauuages n’en/|font pas moins; car ils les laissent non seulement nuds parmy les Cabanes ; mais mesmes grandelets ils se veautrent, courent et se ioüent dans les neiges, et parmy les plus grandes ardeurs de l’esté, sans en receuoir aucune incommodité, comme j’ay veu en plusieurs, admirant que ces
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petits corps tendrelets puissent supporter (sans en estre malades) tant de froid et tant de chaud, selon le temps et la saison. Et de là vient qu’ils s'endurcissent tellement au mal et à la peine, qu’estans deuenus grands, vieils et chenus, ils restent tousiours forts et robustes, et ne ressentent presque aucune incommodité ny indisposition, et mesmes les femmes enceintes sont tellement fortes, qu’elles s’accouchent d’elles-mesmes, et n’en gardent point la chambre pour la pluspart. l’en ay veu arriuer de la forest, chargées d’vn gros faisseau de bois, qui accouchoient aussitost qu’elles estoient arriuées, puis au mesme instant sus pieds, à leur ordinaire exercice.
Et pour ce que les enfans d’vn tel mariage ne se peuuent asseurcer legitimes, ils ont cette coustume entr’eux, aussi bien qu’en plusieurs autres endroicts
173 des Indes || Occidentales, que les enfans ne succedent pas aux biens de leur pere ; ains ils font successeurs et heritiers les enfans de leurs propres sœurs, et desquels ils sont asseurez estre de leur sang et parentage, et neantmoins encore les ayment-ils grandement, nonobstant le doute qu'ils soient à eux, et que ce soient de tres-mauuais enfans pour la pluspart, et qu’ils leur portent fort peu de respect, et gueres plus d’obeyssance : car le mal-heur est en ces pays là, qu’il n’y a point de respect des ieunes aux vieils, ny d'obeissance des enfans enuers les peres et meres, aussi n’y a-il point de chastiment pour faute aucune ; c’est pourquoy tout le monde y vit en liberté, et chacun faict comme il l’entend, et les peres et meres, faute de chastier leurs enfans, sont souvent contraincts souffrir d’estre iniuriez d'eux, et par-fois
et correction, est cause de tout ce desordre.
[| De Pexercice des jeunes garçons et jeunes filles.