‹ Le grand voyage du pays des Hurons [microforme]Chapitre 39 sur 55 · CHaPiTRE XVII · texte numérisé non relu

CHaPiTRE XVII

S LINE, en vne Epistre qu'il escrit à Fabate,

Æ2 dict que Pyrrhe, Roy des Epirotes, de- «ee manda à vn Philosophe qu’il mesnoit auec EN luy, quelle estoit la meilleure Cité du monde. Le Philosophe respondit, la meilleure Cité du monde, c’est Maserde, vn lieu de deux cens feux en Achaye, pour ce que tous les murs sont de pierres noires, et tous ceux qui la gouuernent ont les testes blanches. Ce Philosophe n’a rien dit (en cela) de luy-mesme : car tous les anciens, apres le Sage Salomon, ont dit qu'aux vieillards se trouuoit la sagesse : et en effect, on voit souuent la ieunesse d’ans, estre accompagnée de celle de l’esprit.

Les Capitaines entre nos Sauuages, sont ordinai-

rement plustost vieux que ieunes, et viennent par succession, ainsi que la Royauté par deçà, ce qui s'entend, si le || fils d’vn Capitaine ensuit la vertu du pere; car autrement ils font comme aux vieux siecles, lors que premierement ces peuples esleurent des Roys : mais ce Capitaine n’a point entr’eux authorité absoluë, bien qu’on luy ait quelque respect, et conduisent le peuple plustost par prieres, exhortations, et par exemple, que par commandement.

Le gouuernement qui est entr'eux est tel, que les anciens et principaux de la ville ou du bourg s’assemblent en vn conseil auec le Capitaine, où ils de-

cident et proposent tout ce qui est des affaires de leur Republique, non par vn commandement absolu, comme j’ay dict; ains par supplications et remonstrances, et par la pluralité des voix qu’ils colligent, auec de petits fetus de joncs. Il y auoit à Quieunonascaran le grand Capitaine et chef de la Prouince des Ours, qu’ils appelloient Garihoùa andionxra, pour le distinguer des ordinaires de guerre, qu’ils appellent Garihoùa doutaguéta. Iceluy grand Capitaine de Prouince auoit encore d’autres Capitaines sous luy, tant de guerre que de police, par tous les autres bourgs et villages de sa Iurisdiction, lesquels en chose de

198 || conséquence le mandoient et aduertissoient pour le bien du public, ou de la Prouince : et en nostre bourg, qui estoit le lieu de sa residence ordinaire, il y auoit encore trois autres Capitaines, qui assistoient tous'ours aux conseils auec les anciens du lieu, outre son Assesseur et Lieutenant, qui en son absence, ou quand il n’y pouuoit vacquer, faisoit les cris et publications par la ville des choses necessaires et ordonnées. Et ce Garihoüa andionxra n'auoit pas si petite estime de luy-gnesme, qu’il ne se voulust dire frere et cousin du Roy, et de mesme egalité, comme les deux doigts demonstratifs des mains qu'il nous monstroit ioints ensemble, en nous faisant cette ridicule et inepte comparaison.

Or quand ils veulent tenir conseil, c’est ordinairement dans la Cabane du Capitaine, chef et principal du lieu, sinon que pour quelque raison particuliere il soit trouué autrement expedient. Le cry et la publication du conseil ayant esté faicts, on dispose dans la Cabane, ou au lieu ordonné, vn grand feu, à

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