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lentour duquel s’assizent sur les nattes tous les Conseillers, en suite du grand Capitaine qui tient le premier rang, assis en tel endroict, que || de sa place il peut voir tous ses Conseillers et assistans en face. Les femmes, filles et ieunes hommes n’y assistent point, si ce n’est en vn conseil general, où les ieunes hommes de vingt-cinq à trente ans peuuent assister, ce qu'ils cognoissent par vn cry particulier qui en est faict. Que si c’est vn conseil secret, ou pour machiner quelque trahison ou surprise en guerre, ils le tiennent seulement la nuict entre les principaux Conseillers, et n’en descouurent rien que la chose proiettée ne soit mise en effect, s’ils peuuent.
Estans donc tous assemblez, et la Cabane fermée, ils font tous vne longue pose auant que de parler, pour ne se precipiter point, tenans cependant tousiours leur Calumet en bouche, puis le Capitaine commence à haranguer en terme et parole hauts et intelligibles vn assez longtemps, sur la matiere qu’ils ont à traiter en ce conseil : ayant finy son discours, ceux qui ont à dire quelque chose, les vns apres les autres sans s’interrompre et en peu de mots, opinent et disent leurs raisons et aduis, qui sont par apres colligez auec des pailles ou petits ioncs, et là dessus est conclud ce qui est iugé expedient.
| Plus, ils font des assemblées generales, sçauoir 200
des regions loingtaines, d’où il vient chacun an vn Ambassadeur de chaque Prouince, au lieu destiné pour l’assemblée, où il se faict de grands festins et dances, et des presens mutuels qu’ils se font les vns les autres, et parmy toutes ces caresses, ces resiouyssances et ces accolades ils contractent amitié de nou-
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ueau, et aduisent entr’eux du moyen de leur conseruation, et par quelle maniere ils pourront perdre et ruyner tous leurs ennemis communs : tout estant faict, et les conclusions prises, ils prennent congé, et chacun se retire en son quartier auec tout son train et equipage, qui est à la Lacedemonienne, vn à vn, deux à deux, trois à trois, ou gueres d’auantage.
Quant aux guerres qu'ils entreprennent, ou pour aller dans le pays des ennemis, ce seront deux ou trois des anciens, ou vaillans Capitaines, qui entreprendront cette conduite pour cette fois, et vont de village en village faire entendre leur volonté, donnant des presens à ceux desdits villages, pour les induire et tirer d’eux de l’ayde et du secours en leurs guerres, et par ainsi sont comme Generaux d’armées. || Il en vint vn en nostre bourg, qui estoit vn grand vieillard, fort dispos, qui incitoit et encourageoïit les ieunes hommes et les Capitaines de s’armer, et d’entreprendre la guerre contre la Nation des Attiuoindarons ; mais nous l'en blasmasmes fort, et dissuadasmes le peuple d’y entendre, pour le desastre et mal-heur ineuitable que cette guerre eust peu apporter en nos quartiers, et à l’aduancement de la gloire de Dieu.
Ces Capitaines ou Generaux d’armées ont le pouuoir, non seulement de designer les lieux, de donner quartier, et de ranger les bataillons ; mais aussi de disposer des prisonniers en guerre, et de toute autre chose de plus grande consequence : il est vray qu'ils ne sont pas tousiours bien obeys de leurs soldats, en tant qu’eux-mesmes manquent souuent dans la bonne conduite, et celuy qui conduit mal, est sou-
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uent mal suiuy. Car la fidele obeyssance des suiects depend de la suffisance de bien commander, du bon Prince, disoit Theopompus Roy de Sparte.
Pendant que nous estions là, le temps d’aller en guerre arriuant, vn ieune homme de nostre bourg, desireux d'honneur, || voulut luy seul, faire le festin 202 de guerre, et deffrayer tous ses compagnons au iour de assemblée generale, ce qui luy fut de grand coust et despence, aussi en fut-il grandement loüé et estimé : car le festin estoit de six grandes chaudieres, auec quantité de grands poissons boucanez, sans les farines et les huiles pour les graisser.
On les mit sur le feu auant iour, en l’vne des plus grandes Cabanes du lieu, puis le conseil estant acheué, et les resolutions de guerre prises, ils entrerent tous au festin, commencerent à festiner, et firent les mesmes exercices militaires, les vns après les autres, comme ils ont accoustumé, pendant le festin, et apres auoir vuidé les chaudieres, et les complimens et remerciemens rendus, ils partiren:t, et s’en allerent au rendez-vous suï Ï2 frontiere, pour entrer és terres ennemies, sur lesquelies 113 prindrent enuiron soixante de leurs ennemis, la pluspart desquels furent tuez sur les lieux, et les auire amenez en vie, et faits mourir aux Hurons, puis mangez en festin.
Leurs guerres ne sont proprement que des surprises et deceptions ; car tous les || ans au renouueau, 203 et pendant tout l’esté, cinq ou six cens ieunes hommes Hurons, ou plus, s'en vont s’espandre dans vne contrée des Yroquois, se departent cinq ou six en vn endroict, cinq ou six en vn autre et autant en vn
autre, et se couchent sur le ventre par les champs et forests, et à costé des grands chemins et sentiers, et la nuict venué ils rodent par tout, et entrent iusques dans les bourgs et villages, pour tascher d’atraper quelqu’vn, soit homme, femme ou enfant, et s’ils en prennent en vie, les emmenent en leur pays pour les faire mourir à petit feu, sinon apres leur auoir donné vn coup de massuë, ou tué à coups de flesches, ils en emportent la teste; que s’ils en estoient trop chargez, ils se contentent d’en emporter la peau auec sa cheuelure, qu'ils appellent Onontsira, les passent et les serrent pour en faire des trophées, et mettre en temps de guerre sur les pallissades ou murailles de leur ville, attachées au bout d’vne longue perche. Quand ils vont ainsi en guerre et en pays d’ennemis, pour leur viure ordinaire ils portent quant-eteux, chacun derriere son dos, vn sac plein de farine
204 de bled || rosty et grillé dans les cendres, qu'ils man-
gent cruë, et sans estre trempée, ou bien destrempée auec vn peu d’eau chaude ou froide, et n’ont par ce moyen à faire de feu pour apprester leur manger, quoy qu’ils en fassent par-fois la nuict au fond des bois pour n’estre apperceus, et font durer cette farine iusqu’à leur retour, qui est enuiron de six semaines ou deux mois de temps : car apres ils viennent se rafraischir au pays, finissent la guerre pour ce coup, ou s’y en retournent encore auec d'autres prouisions. Que si les Chrestiens vsoient de telle sobrieté, ils pourroient entretenir de tres-puissantes armées auec peu de fraiz, et faire la guerre aux ennemis de l’Eglise, et du nom Chrestien, sans la foule du peuple, ny la ruyne du pays, et Dieu n’y seroit point
ps et rs, et sques traper ls en ; pour auoir sches, it trop au auec sent et ttre en illes de rche.
d’enneuant etle farine ls manstrempée t par ce manger; fond des tte farine semaines nnent Ss€ ce coup; ouisions.
brieté, ils s armées ennemis foule du roit point
tant offencé, comme il est grandement, par la pluspart de nos soldats, qui semblent plustost (chez le bon homme) gens sans Dieu, que Chrestiens naiz pour le Ciel. Ces pauures Sauuages (à nostre confusion) se comportent ainsi modestement en guerre, sans incommoder personne, et s’entretiennent de leur propre et particulier moyen, sans autre gage ou esperance de recompense, que || de l'honneur et loüange qu’ils estiment plus que tout l’or du monde. Il seroit aussi bien à desirer que l’on semast de ce bled d'Inde par toutes les Prouinces de la France, pour l'entretien et nourriture des pauures qui y sont en abondance : car auec vn peu de ce bled ils se pourroient aussi facilement nourrir et entretenir que les Sauuages, qui sont de inesme nature que nous, et par ainsi ils ne souffriroient de disette, et ne seroient non plus contrains de courir mendians par les villes, bourgs et villages, comme ils font iournellement pource qu’outre que ce bled nourrist et rassasie grandement , il porte presque toute sa sauce quant-etsoy, sans qu’il y soit besoin de viande, poisson, beurre, sel ou espice, si on ne veut.
Pour leurs armes, ils ont la Massuë et l’Arc, auec ia Flesche empennée de plumes d’Aigles, comme les meilleures de toutes, et à faute d’icelles ils en prennent d’autres. Ils y appliquent aussi fort proprement des pierres trenchantes collées au bois, auec vne colle de poisson tres-forte, et de ces Flesches ils en emplissent leur Carquois, qui est faict d’vne peau de chien passée, qu’ils portent en escharpe. [ls por- || tent aussi de certaines armures et cuirasses, qu’ils appel-
ent Aquientor, sur leur dos, et contre les jambes, et
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