AT PRES PRISE TEE
à six mille combattans, nous fismes nostre possible, et contribuasmes tout ce quiestoit de nostre pouuoir pour les mettre d’accord, et empescher que nos gens, desia tous prests de se mettre en campagne, n’entreprissent (trop legerement ) vne guerre à l'encontre d’une nation plus puissante que la leur. A la fin, assistés de la grace de nostre Seigneur , nous gaignasmes quelque chose sur leur esprit : car approuuans nos raisons ils nous dirent qu’ils se tiendroient en paix, et que ce en quoy ils auoient auparauant fondé lesperance de leur salut, estoit en nostre grand esprit, et au secours que || quelques François (mal aduisez) leur auoient promis : Outre vne tres-bonne inuention qu’ils auoient conceuë en leur esprit, par le moyende laquelle ils esperoient tirer un grand secours de la Nation de Feu , ennemisiurez des Neutres, L’inuention estoit telle ; qu’au plustost ils s’efforceroient de prendre quelqu’vn de leurs ennemis, et que du sang de cet ennemy, ils en barboüilleroient la face et tout le corps de trois ou quatre d’entr’eux, lesquels ainsi ensanglantez seroient par apres enuoyez en Ambassade à cette Nation de Feu, pour obtenir d’eux quelque secours et assistance à l’encontre de si puissans ennemis, et que pour plus facilement les esmouuoir à leur donner ce secours, ils leur montreroient leur face, et tout leur corps desia teinct et ensanglanté du sang propre de leurs ennemis communs.
Puis que nous auons parlé de la Nation Neutre, contre lesquels nos Huronsont penséentrer en guerre, ie vous diray aussi vn petit mot de leur pays. Il est à quatre ou cinq journées de nos Huronstirant au Sud, au delà de la Nation des Quieunontateronons. Cette Pro-
uince contient prez de cent lieuës d’estenduë, où il se
212 fait grande || quantité de très-bon petun, qu’ilsiraitent à leurs voysins. Ils assistent les Cheueux Releuez contre la Nation de Feu, desquels ils sont ennemis mortels : mais entre les Yroquois et les nostres, auant cetteesmeute, ils auoient paix, etdemeuroient neutres entre les deux, et chacune des deux Nations y estoit la bien-venuëé, et n’osoient s’entre-dire ny faire aucun desplaisir, et mesmes y mangoient souuent ensemble, comme s'ils eussent esté amis; mais hors du pays s'ils se rencontroient, il n'y auoit plus d’amitié, et s'entre-faisoient cruellement la guerre, et la continuent à toute outrance : l’on n’a sceu encor trouuer moyen de les reconcilier et mettre en paix, leur inimitié estant de trop longue main enracinée, et fomentée entre les ieunes hommes de l’vne et l’autre Nation, qui ne demandent autre exercice que celuy des armes et de le guerre.
Quand nos Hurons ont pris en guerre quelqu’vn de leurs ennemis, ils luy font une harangue des cruautez que luy et les siens exercent à leur endroict, et qu'au semblable il deuoit se resoudre d’en endu-
213 rer autant, et luy commandent (s’il a du || courage assez) de chanter tout le long du chemin, ce qu’il faict; mais souvent avec un chant fort triste et lugubre, et ainsi l'emmenent en leur pays pour’le faire mourir, et en attendant l’heure de sa mort, ils luy font continuellement festin de ce qu’ils peuuent pour l’engraisser, et le rendre plus fort et robuste à supporter de plus griefs et longs tourmens, et non par charité et compassion, excepté aux femmes, filles et enfans, lesquels ils font rarement mourir; ains les conseruent et
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