‹ Le grand voyage du pays des Hurons [microforme]Chapitre 48 sur 55 · RE SE TS · texte numérisé non relu

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Qu'il seme du bled, trauaille, boit, mange et dort comme les autres. Que tous les animaux de la terre sont à luy et comme ses domestiques. Que de sa nature il est tres-bon, et donne accroissement à tout, et que tout ce qu'il faict est bien faict ,et nous donne le beau temps, et toute autre chose bonne et prospere. Mais à l'opposite, que sa Mere-grand’ est meschante, et qu’elle gaste souuent tout ce que son petit Fils a faict de bien. Que quand Yoscaha est vieil, qu’il r’ajeunit tout à vn instant, et deuient comme vn ieune homme de vingt-cinq à trente ans, et par ainsi qu’il ne meurt iamais, et demeure immortel, bien qu’il soit vn peu suiect aux necessitez corporelles, comme nous autres.

[| Or il faut noter, que quand on vient à leur contredire ou contester là-dessus, les vns s’excusent d’ignorance, et les autres s’enfuyent de honte, et d’autres qui pensent tenir bon s’embroüillent incontinent, et n’y a aucun accord ny apparence à ce qu'ils en disent, comme nous auons souuent veu et sceu par experience, qui faict cognoistre en effect qu’ils ne recognoissent et n’adorent vrayement aucune Diuinité ny Dieu, duquel ils puissent rendre quelque raison, et que nous puissions sçauoir : car encore que plusieurs parlent en la loüange de leur Yoscaha, nous en auons oùy d’autres en parler auec mespris et irreuerence.

Ils ont bien quelque respect à ces esprits, qu’ils appellent Oki; mais ce mot Oki signifie aussi bien vn grand Diable, comme vn grand Ange, vn esprit furieux et demoniacle, comme vn grand esprit, sage, sçauant ou inuentif, qui faict ou sçait quelque chose

par-dessus le commun; ainsi nous y appelloient-ils souuent, pour ce que nous sçauions et leur enseignions des choses qui surpassoient leur esprit, à ce qu'ils disoient. Ils appellent aussi Oki leurs Mede-

cins et Magiciens, voire mesmes || leurs fols, furieux 231

et endiablez. Nos Canadiens et Montagnets appellent aussi les leurs Pirotois et Manitous, qui signifie la mesme chose que Oki en Huron.

Ils croyent aussi qu’il y a de certains esprits qui dominent en vn lieu, et d’autresen vn autre : les vns aux riuieres, les autres aux voyages, aux traites, aux guerres, aux festins et maladies, eten plusieurs autres choses, ausquels ils offrent du petun , et font quelques sortes de prieres et ceremonies, pour obtenir d’eux ce qu'ils desirent. Ils m'ont aussi monstré plusieurs puissans rochers sur le chemin de Kebec, ausquels ils croyoient resider et presider vn esprit, et entre les autres ils m’en monstrerent vn à quelque cent cinquante lieuës de là, qui auoit comme vne teste, et les deux brasesleuez en l'air, et au ventre ou milieu de ce puissant rocher, il y auoit vne profonde cauerne de tres-difficile accez. Ils me vouloient persuader et faire croire à toute force, auec eux, que ce rocher auoit esté vn homme mortel comme nous, et qu'esleuant les bras et les mains en haut, il s'estoit metamorphosé en cette pierre, et deuenu à succession de temps, vn si puissant rocher, lequel ils ont en ve-

neration, || et luy offrent du petun en passant par 232

deuant auec leurs Canots, non toutes les fois, mais quand ils doutent que leur voyage doiue reussir, et luy offrant ce petun, qu'ils iettent dans l’eau contre la roche mesme, ils luy disent : Tiens, prends cou-

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rage, et fay que nous fassions bon voyage, auec quelqu’autre parole que ie n'entends point : et le Truchement, duquel nous auons parlé au chapitre precedent, nous a asseuré d’auoir fait vne fois vne pareille offrande auec eux (dequoy nous le tançasmes fort) et que son voyage luy fut plus profitable qu’aucun autre qu’il ait iamais faict en ces pays-là. C’est ainsi que le Diable les amuse, les maintient et conserue dansses filets, et en des superstitions estranges, en leur prestans ayde et faueur, selon la croyance qu'ils luy ont en cecy, comme aux autres ceremonies et sorceleries que leur Oki obserue, et leur faict obseruer, pour la guerison de leurs maladies, et autres necessitez, n’offrans neantmoins aucune priere ny offrande à leur Yoscaha (au moins que nous ayons sceu), ains seulement à ces esprits particuliers, que ie viens de dire, selon les occasions.

Ils croyent les ames immortelles : et || partans de ce corps, qu’elles s’en vont aussi-tost dancer et se resiouyr en la presence d’Yoscaha, et de sa Mere-grand’ Ataensiq, tenans la route et le chemin des Estoilles, qu’ils appellent Atiskein andahatey, le chemin des ames, que nous appelons la voye lactée, ou l’escharpe estoilée, et les simples gens le chemin de sainct Iacques. Ils disent que les ames des chiens y vont aussi, tenans la route de certaines estoilles, qui sont proches voysines du chemin des ames, qu’ils appellent Gagnenon andahatey, c’est à dire, le chemin des chiens, et nous disoient que ces ames, bien qu’immortelles, ont encore en l’autre vie les mesmes necessitez du boire et du manger, de se vestir et labourer les terres, qu’elles auoient lors qu'elles estoient encore reues-

auec

et le apitre ne paasmes qu’au- . C’est et conanges, oyance monies ict obautres ere ny ayons rs, que

tans de er et se -grand’ stoilles, s ames, rpe esct Iacy vont ui sont bpellent chiens, brtelles, itez du

sterres, reues-

tuës de ce corps mortel. C’est pourquoy ils enterrent ou enferment auec les corps des deffuncts, de la galette, de lhuile, des peaux, haches, chaudieres et autres outils ; pour à celle fin que les ames de leurs perents, à faute de tels instrumens, ne demeurent pauures et necessiteuses en l’autre vie : car ils s’imaginent et croyent que les ames de ces chaudieres, haches, cousteaux, et tout ce qu’ils leur de- || dient, particulierement à la grande feste des Morts, s’en vont en l’autre vie seruir les ames des deffuncts, bien que le corps de ces peaux, haches, chaudieres, et de toutes les autres choses dediées et offertes, demeurent et restent dans les fosses et les bieres, auec les os des trespassez, c’estoit leur ordinaire response, lors que nous leur disions que les souris mangeoïent l’huile et la galette, et la roüille et pourriture les peaux, haches et autres instruments qu'ils enseuelissoient et mettoient auec les corps de leurs parens et amis dans le tombeau.

Entre les choses que nos Hurons ont le plus admiré, en lesinstruisant, estoit qu’il y eust vn Paradis au dessus de nous, où fussent tous les bien-heureux auec Dieu, et vn Enfer sousterrain, où estoient tourmentées auec les Diables en vn abysme de feu, toutes les ames des meschants, et celles de leurs parens et amis deffuncts, ensemblement auec celles de leurs ennemis, pour n’« ir cogneu ny adoré Dieu nostre Createur, et pour auoir meiné vne vie si mauuaise et vescu auec tant de dissolution et de vices. Ils admiroient aussi grandement l’Escriture, par laquelle,

ab- || sent, on se faict entendre où l'on veut; et te- 235

nans volontiers nos liures, apres les auoir bien con-

templez, et admiré les images et les lettres, ils s’'amusoient à en compter les fueillets.

Ces pauures gens ayans par plusieurs fois experimenté le secours et l'assistance que nous leur promettions de la part de Dieu, lors qu’il viuroient en gens de bien, et dans les termes que leur prescriuions : Ils auoient souuent recours à nos prieres, soit, ou pour les malades, ou pour les iniures du temps, et aduoüoient franchement qu’elles auoient plus d’effñcace que leurs ceremonies, coniurations et tous les tintamarres de leurs Medecins, et se resiouyssoient de nous oüir chanter des Hymnes et Pseaumes à leur intention, pendant lesquels (s'ils s’y trouuoient presens) ils gardoiïent estroictement le silence, et se rendoient attentifs, pour le moins au son et à la voix, qui les contentoit fort. S'ils se presentoient à la porte de nostre Cabane, nos prieres commencées, ils auoient patience, ou s’en retournoient en paix, sçachans desia que nous ne deuions pas estre diuertis d’vne si bonne action, et que d’entrer par importu-

236 nité estoit chose estimée || inciuile, mesme entr’eux, et vn obstacle aux bons effects de la priere, tellement qu'ils nous donnoient du temps pour prier Dieu, et pour vacquer en paix à nos offices diuins. Nous aydant en cela la coustume qu'ils ont de n’admettre aucun dans leurs Cabanes lors qu'ils chantent les malades, ou que les mots d’vn festin ont été pro-

| noncez.

Auoindaon, grand Capitaine de Quieunonascaran, auoit tant d'affection pour nous, qu’il nous seruoit comme de Pere Syndiq dans le pays, et nous voyoit aussi souuent qu’il croyoit ne nous estre point importun,

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