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tance demanda le sainct Baptesme; mais à mesme 241 temps qu’il eut consenty et resolu de se || faire baptizer, le Diable commença deletourmenter, et s’apparoistre à luy en diuerses rencontres : de sorte qu’il le pensa vne fois estouffer , si par prieres à Dieu, Reliquaires, et par eau beniste on ne luy eust bridé son pouuoir : et comme on luy iettoit de cet’ eau, ce pauure petit garçon voyoit ce malin esprit s’enfuyr d'vn autre costé et monstroit à nos Peres l’endroict et le lieu où il estoit, et disoit asseurement que ce malin auoit bien peur de cet’ eau : tant y a, que depuis le iour de Pasques, que le Diable l’assailiit pour la premiere fois, iusques à la Pentecoste qu'il fut baptize, c° pauure petit Sauuage fut en continueile peine et apprehension, et auec larmes supplioit tousiours nos Peres de le vouloir baptizer, et le faire quitte de ce meschant ennemy, duquel il receuoit tant d’ennuys et d’ettrois. Le iour de son Baptesme, nos Religieux firent vn festin à tous les parens du petit garçon de quantité de pois, de prunes, et de queiqu’autre menestre, boüillies et cuites ensemble dans vne grande chaudiere. Et comme le Pere Joseph leur eut faict vne harangue sur la ceremonie, vertu et necessité du 242 sainct Baptesme , il || arriva à quelques iours de là, qu’vn d'eux venant à tomber malade , il eut si peur de mourir sans estre baptizé, qu’il le demanda maintes-fois, et auec tres-grande instance : si que se voyant pressé du mal, il disoit que s’il n'estoit baptizé, qu’il en imputeroit la faute à ceux qui luy refusoient, tellement qu'vn de nos Religieux, nommé Frere Geruais, auec l’aduis de tous les François qui se trouuerent là presens, luy confera le sainct Baptesme, et le
1esme baptiparoiril le Relilé son e paur d'vn le lieu \ auoit our de emiere ce pauappres Peres schant 'ettrois.
rent vn antité nestre, e chauict vne sité du s de là, si peur a mainvoyant é, qu’il nt, tele Gerrouuee, et le
mit en repos. Il s’est monstré du depuis si feruent obseruateur de ce qui luy a esté enseigné, qu'il s’est librement faict quitte de toutes les bagatelles et superstitions dont le Diable les amuse, et mesme n’a permis qu'aucun de leurs Pirotois fist plus aucune diablerie autour de luy comme ils auoient accoustumé.
Enuiron les mois d’Auril et de May, les pluyes furent tres-grandes, et presque continuelles (au contraire de la France, qui fut fort seiche cette année-là) de sorte que les Sauuages croyoient asseurement que tous leurs bleds deussent estre perdus et pourris, et dans cette affliction ne sçauoient plus à qui auoir recours, sinon à nous : car desia toutes leurs ceremonies et || superstitions auoient esté faictes etobseruées sans aucun profit. Ils tindrent donc conseil entre tous les plus anciens, pour aduiser à vn dernier et salutaire remede , qui n’estoit pas vrayement sauuage; mais digne d’vn tres-grand esprit, et esclairé d’vne nouuelle lumiere du Ciel, qui estoit de faire apporter vn tonneau d’escorce de mediocre grandeur, au miiieu de la Cabane du grand Capitaine où se tenoit le conseil, et d’arrester entr'eux que tous ceux du bourg, qui auoient vn champ de bled ensemencé , en apporteroient là une escueilée de leur Cabane, et ceux qui auroient deux champs, en apporteroient deux escuellées , et ainsi des autres, puis l’offriroient et dedieroient à l’vn de nous trois, pour l’obliger auec les deux autres Confreres, de prier Dieu pour eux. Cela estant faict, ils me choisissent, et m'envoyent prier par un nommé Gienole, d’aller au conseil, pour me communiquer quelque affaire d'importance, et aussi pour recevoir vn tonneau de bled qu’ils m’auoient dedié. Auec
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Paduis de mes Confreres ie m'y en allay, et m’assis au conseil auprés du grand Capitaine, lequel me dit :
244 Mon Nepueu, nous t'auons en- || uoyé querir, pour
t’aduiser que si les pluyes ne cessent bien-tost, nos bleds seront tous perdus , et toy et tes Confreres avec nous, mourrons tous de faim ; mais comme vous estes gens de grand esprit, nous aupns eu recours à vous, et esperons que vous bind de vostre Pere qui est au Ciel, quelque remede et assistance à la necessité qui nous menace, Vous nous auez tousiours annoncé qu’il estoit tres-bon , et qu’il estoit le Createur, et auoit tout pouuoir au Ciel et en la terre; si ainsi est qu’il soit tout-puissant et tres-bon , et qu’il peut ce qu’il veut, il peut donc nous retirer de nos miseres, et nous donner vn temps propre et bon : prie-le donc, auec tes deux autres Confrères, de faire cesser les pluyes, et le mauuais temps, qui nous conduit infailliblement dans la famine , s’il continuë encore quelque temps, et nous ne te serons pas ingrats : car voylà desia vn tonneau de bled que nous t’auons dedié, en attendant mieux. Son discours finy , et ses raisons deduites, ie luy remonstray que tout ce que nous leur auions dit et enseigné estoit tres-veritable , mais qu’il estoit à la liberté d’vn pere d’exaucer ou reietter
245 les prieres de son enfant, || et que pour chastier, ou
faire grace et misericorde , il estoit tousiours la mesme bonté, y ayant autant d’amour au refus qu’à l’octroy ; et luy dis pour exemple : Voilà deux de tes petits enfans, Andaracouy et Aroussen, quelques fois tu leur donnes ce qu’ils te demandent, et d’autres fois non ; que si tu les refuses et les laisses contristez, ce n’est pas pour hayne que tu leur portes, ny pour mal que
nos vec stes us , | est ssité )ncé , et i est it ce res , lonc, r les ailliquelroylà edié, s rainous mais jetter r, OU mesà l’ocas p€leur non ; n’est al que
tu leur vueilles ; ains pour ce que tu iuges mieux qu'eux que cela ne leur est pas propre, ou que ce chastiment leur est necessaire. Ainsi en vse Dieu nostre Pere tres-sage, enuers nous ses petits enfans et seruiteurs. Ce Capitaine vn peu grossier, en matiere spirituelle, me repliqua , et dist : Mon Nepueu , il n’y a point de comparaison de vous à ces petits enfans : car n’ayans point d'esprit, ils font souuent de folles demandes, et moi qui suis pere sage, et de beaucoup d’esprit, ie les exauce ou refuse avec raison. Mais pour vous, qui estes grandement sages, et ne demandez rien inconsiderement, et qui ne soit tres-bon et equitable, vostre Pere qui est au Ciel, n’a garde de vous esconduire : que s’il ne vous exauce, et que nos bleds
viennent à pourrir, || nous croyrons que vous n’estes 246
pas veritables, et que IEsus n’est point si bon ny si puissant que vous dites. Le luy repliquay tout ce qui estoit necessaire là-dessus, et luy remis en memoire que desia en plusieurs occasions ils auoient experimeñté le secours d’vn Dieu et d’vn Créateur, si bon et pitoyable, et qu'il les assisteroit encore à cette presente et pressante necessité, et leur donneroit du bled plus que suffisamment, pourueu qu’ils nous voulussent croire, et quittassent leurs vices , et que si Dieu les chastioit par-fois, c’estoit parce qu'ils estoient tousiours vicieux, et ne sortoient point de leurs mauuaises ‘habitudes, et que s’ils se corrigeoient, ils luy seroient agreables, et les traiteroit apres comme ses enfants.
Ce bon homme prenant goust à tout ce que ie luy disois, me dist : O mon Nepueu! ie veux donc estre
enfant de Dieu, comme toy. le luy respondis, tu n’en es point encore capable. O mon Oncle! il faut encore vn peu attendreque tu tesois corrigé : car Dieu ne veut point d’enfant s’il ne renonce aux superstitions, et qu’il ne se contente de sa propre femme sans 247 aller aux autres, et si tu le fais nous || te baptizerons, et apres ta mort ton ame s’en ira bien-heureuse auec luy. Le conseil acheué, le bled fut porté en nostre Cabane, et m’y en retournay, où i’aduertis mes Confreres de tout ce qui s’estoit passé, et qu’il falloit serieusement et instamment prier Dieu pour ce pauure peuple, à ce qu'il daignast les regarder de son œilde misericorde, et leur donnast un temps propre et necessaire à leurs bleds, pour de là les faire admirer ses merueilles. Mais à peine eusmes-nous commencé nos petites prieres, et esté processionnellement à l’entour de nostre petite Cabane, en disans les Litanies, et autres prieres et deuotions, que nostre Seigneur tresbon et misericordieux fist à mesme temps cesser les pluyes : tellement que le Ciel, qui auparauant estoit par tout couuert de nuées obscures, se fist serain, et toutes ces nuées se ramasserent comme vn globe au dessus de la ville, et puis tout à coup cela se fondit derriere les bois, sans qu’on en aperceust iamais tomber vne seule goutte d’eau ; et ce beau temps dura enuiron trois sepmaines, au grand contentement, et estonnement et admiration des Sauuages, qui sa- 248 tisfaits d’vne telle faueur celeste, nous || en resterent fort affectionnez, auec deliberation de faire passer en conseil, que delà en auant, ils nousappelleroient leurs Peres spirituels, qui estoit beaucoup gaigné sur eux,
tu faut Jieu rsti-
sans "ons, auec e Ca- Conit Seuure œil de t nerer Ses cé nos entour et aurtressser les rauant st seime vn cela se ust iatemps ement, a ui saesterent asser en nt leurs ur eux,
et suiet à nous de rendre infinies graces à Dieu , qui daigne faire voir ses merueilles quand il luy plaist, et est expedient à sa gloire.
Du depuis les Sauuages nous eurent vnetelle croyance, et auoient tant d’opinions de nous, que cela nous estoit à peine, pour ce qu’ils inferoient de là et s’imaginoient que Dieu ne nous esconduiroit iamais d’aucune chose que luy demandassions, et que nous pouuions tourner le Ciel et la terre à nostre volonté (par maniere de dire;) c'est pourquoy qu’il leur en falloit faire rabattre de beaucoup, et les aduiser que Dieu ne fait pas tousiours miracle, et que nous n'’estions pas dignes d’estre tousiours exaucez.
Il m'arriua un iour qu’estant allé visiter vn Sauuage de nos meilleurs amis, grandement bon homme, et d’vn naturel qui sentoit plustostson bon Chrestien, que non pas son Sauvage : Comme ie discourois auec luy, et pensois monstrer nostre cachet, pour luy en faire admirer l'Image, || qui estoit de la saincte Vierge, 249 vne fille subtilement s’en saisit, et le ietta de costé dans les cendres, pensant par après le ramasser pour elle, l’estois marry que ce cachet m'auoit esté ainsi pris et desrobé, et dis à cette fille que ie soupçonnois : Tu te ris ette mocques à present de mon cachet que
tu as desrobé ; mais sçache, que s’il ne m’est rendu, que tu pleureras demain, et mourras bien-tost : car Dieu n’ayme point les larrons, et les chastie; ce que ic disois simplement, et pour lintimider et faire rendre son larrecin, comme elle fist à la fin, l’ayant moy-mesme ramassé du lieu où elle l’'auoit ietté. Le lendemain à heure de dix heures, estant retourné voir mon Sauuage, ie trouuay cette fille toute esplo-