‹ Le grand voyage du pays des Hurons [microforme]Chapitre 51 sur 55 · LE · texte numérisé non relu

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rée et malade, auec de grands vomissemens qui la tourmentoient : estonné et marry de la voir en cet estat, ie m’informay de la cause de son mal, et de ses pleurs, l’on me dist que c’estoit le mal que ie luy auois predit, et qu’elle estoit sur le poinct de se faire reconduire à la Nation du Petun, d’où elle estoit, pour ne point mourir hors de son pays : ie la consolay alors, et luy dis qu’elle n’eust plus de peur, et qu’elle

250 ne mourroit point pour ce coup, |! ny n’en seroit pas d’auantage malade, puis que ce cachet auoit esté retrouué ; mais qu’elle aduisast vne autre fois de n’estre plus meschante, et de ne plus desrober, puis que cela desplaisoit au bon IEsvs; et alors elle me demanda derechef si elle n’en mourroit point, et apres que ie l'en eus asseurée, elle resta entierement guerie et consolée, et ne parla plus de s’en retourner en son pays, comme elle faisoit auparauant, et vescut plus sagement à l'aduenir.

Comme ils estimoient que les plus grands Capitaines de France estoient doüez d’vn plus grand esprit, et qu'’ayans vn si grand esprit, eux seuls pouuoient faire les choses les plus difficiles : comme haches, cousteaux, chaudieres, etc., ils inferoient de là, que le Roy (comme le plus grand Capitaine et le chef de tous) faisoit les plus grandes chaudieres, et nous tenans en cette qualité de Capitaines, ils nous en presentoient quelques-fois à r’accommoder, et nous supplioient aussi de faire pencher en bas

les oreilles droictes de leurs chiens, et de les rendre comme celles de ceux de France qu’ils auoient

251 veus à Kebec : mais ils se mesprenoient, et || nous supplioient en vain, comme de nous estre impor-

qui la en cet deses ie luy se faire estoit, onsolay qu’elle roit pas esté re- » n’estre que cela lemanda s que ie uerie et ren son scut plus

ds Capiprand esbuls poucomme roient de bitaine et audieres , aines, ils immoder, r en bas » les rens auoient et || nous e impor-

tuns d'aller tuer le Tonnerre, qu'ils pensoient estre vn oyseau, nous demandans si les François en mangeoient, et s’il auoit bien de Ja graisse, et pourquoy il faisoit tant de bruit : mais ie leur donnay à entendre (selon ma petite capacité) comme et en quoy ils se trompoient, et qu’ils ne deuoient penser si bassement des choses ; dequoy ils resterent fort contents et aduoüoient auec vn peu de honte leur trop grande simplicité et ignorance.

Les Sauuages, non plus que beaucoup de simples gens, ne s’estoient jamais imaginé que la terre fust ronde et suspenduë, et que l’on voyageast à l’entour du monde, et qu'il y eust des Nations au dessous de nous, ny mesme que le Soleil fist son cours à l’entour : mais pensoient que la terre fust percée, et que le Soleil entroit par ce trou quand il se couchoit, et y demeuroit caché iusqu’au lendemain matin qu’il sortoit par l’autre extremité, et neantmoins ils comprenoient bien qu’il estoit plustost nuict en quelques pays, et plustost iour en d’autres : car vn Huron venant d’vn long voyage, nous dist en nostre Cabane,

qu’il estoit desia nuict en la con- {|| trée d’où il venoit, 252

et neantmoins il estoit plein Esté aux Hurons, et

pour lors enuiron les quatre ou cinq heures apres midy seulement.

Des ceremonies qu’ils obseruent à la pesche.

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