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Le grec, le latin [microforme]

Leur utilité pour apprécier In signification des mots actuels de Ia langue, et dans In composition de nouveaux mots motivés par les progrès des * sciences, arts et manufactures. Leur enseignement dans nos collèges.

Mémoire lu par l’auteur, Chs. Baillinirgé, devant la Société Royale du Canada, à Ottawa, à In réunion annuelle de la société, le 23 mai 1899.

Leur utilité pour apprécier In signification des mots actuels de la langue, et dans ln composition de nouveaux mots motivés par les progrès des sciences, arts et manufactures. Leur enseignement dans nos collèges.

Une question fort débattue &e nos jours est celle de l’apropos de continuer, ou non, dans nos collèges, l’enseignement de ce que l’on se plait à appeler les langues mortes ; mais qui à notre manière de voir sont plus vivantes que jamais, ou qui acquièrent tous les jours une vitalité nouvelle ou accentuée dans les mille et une expressions rendues nécessaires aujourd'hui pour traduire en un langage suggestif de ce dont il s'agit, les résultats des inventions et découvertes nouvelles ; les revêtir d’une nomenclature qui se laisse deviner sans effort.

C’est le grec, le latin, le grec surtout qui se prête le mieux aux exigences voulues. Nous le voyons tous les jours dans les progrès que font les sciences autour de nous. Nous abandonnons les mots qui ne font que rappeler le nom de l’auteur d’une découverte, d’une invention ; pour les remplacer par d’autres dont la fonction est de suggérer exactement et en termes concis ce dont il est question.

Daguerréotype il est vrai mettait en relief le nom Daguerre de l'inventeur de la chose ; mais photographie est le mot que dirait à celui-là même qui ne l'aurait jamais entendu auparavant, qu’il s’agit d’un portrait fait au soleil, dessiné par la lumière ; comme télégraphie veut dire écrire au loin, téléphonie parler au loin, phonographe ou graphophone un instrument enregistrant et reproduisant au besoin les sons de la voix, ou tout autre.

Aussi, n’a-t-on pas été lont à trouver le mot cinematographie pour faire comprendre qu'il s'agit de l'art où de la science de présenter à la vue le portrait d’un objet en mouvement ; et on ne le sera pas davantage à ajouter à ce mot une

syllabe indicative du son, ou à le transformer en kinemaphonographie aussitôt qu'on aura perfectionné l'appareil nécessaire pour rendre les tableaux vivants et naturels en les exhibant au public, non seulement en mouvement mais avec les bruits, les sons de voix, de musique, etc., qui entrent dans les fonctions journalières de la vie ; ou ce sera si l’on veut phonokinematographie ou enfin un mot dont les syllabes composantes ou constituantes, suggéreront de suite à qui connaîtrait les racines grecques, qu’il s’agit d’une représentation photographique ou autre d’une scène de la vie active, accompagnée de son va et vient, de ses bruits de toutes sortes ; de la vie réelle en un mot.

Pour ce qui est de l’histoire, de la littérature, de la théologie surtout ; on peut laisser à ceux qui professent l’enseignement de ces branches des connaissances humaines, de faire voir si et jusqu’à quel point le grec, le latin sont ou peuvent être auxiliaires de l'expression de la nomenclature de ces sciences ; car nous ne voulons parler ici que de l'utilité, de l'indispensable nécessité même du grec, c'est-à-dire des racines grecques dans l'étude des autres sciences, des arts, inventions et procéés, des progrès de la technologie en général, de la chimie, physique, médecine, géologie, astronomie, météorologie, faune, flore, etc. de notre ère, comme de celles du passé et de l’avenir,

Pour se convaincre de l'utilité du grec, du degré où il entre dans notre nowenclature. de tous les jours, du rôle important qu'il y joue ; il suffit de feuilleter le dictisanaire et d’y noter sous les divers en-têtes des lettres À, B, C, D, etc., la foule des mots d'extraction hellénique ; et si, quelque nombreux que soient ces mots, la proportion en a l'air peu accentuée en rapport avec les autres mots de la langue ; c'est que ces autres mots ne sont souvent que des répétitions du même mot avec des affixes diverses, préfixes variés, suffixes ou terminaisons différents. C’est ainsi qu’à côté du nom d’une chose, c’est-à-dire, du substantif, il y a le même mot à l'état d’adjectif, puis à l’état d’adverbe, voire encore si l’on en fait un verbe comme aÿse, aisé, aisément—arpent, arpenteur, arpentage, arpenter.

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Et si le mot ne motive point un sens adjectival, adverbial ; alors il y a répétition du mot sous une autre forme comme acier, aciérage, aciération, aciérie, aciérer — accord, accordable, accordage, accorder, accordeur, accordoir,; et tous ces mots sous l’en-tête d’une même lettre — dans ce cas ci, de la lettre A ; pendant qu’une foule d’autres et qui ont l'air d’être des mots additionnels ou ayant un autre sens ; ne sont que des mots sous un autre en-tête avec un préfixe qui en altère le sens’ comme antichambre, antidote, anti-pape, anti-religieux, et autres — arrière-ban, arrière-bec, arrière-boutique, arrière. garde, arrière-pensée et une foule d’autres—archi-diacre, archi. fou, archiduc, archi-épiscopal, etc.

Le rapport du nombre de mots d’étymologie grecque à celui des mots qui ne le sont point, est donc beaucoup plus fort qu’on ne le dirait à première vue ; et si même il u’était que de un à cinq, ou de 20,000 sur les 100,000 mots de la langue, ce serait déjà suffisant pour porter à croire que ces mots sont indispensables, s

Cependant de l'étude du grec au point de le parler, le lire, le traduire couramment, le comprendre dans sa phraséologie, à celle de n’en apprendre que les mots nécessaires à l’étymologie de ceux de la langue que l’on parle : français, anglais, allemand, espagnol, etc; il y a une notable différence; car il suffit du mit grec seul, c'est-à-dire du nom ou du substanutif à la première personne du singulier, et sans savoir en décliner les autres. Il suffit du verbe à son infinitif ou de la première personne de son indicatif pour en deviner le mot à l'étude, le sens etymologique, sans qu’il soit nécessaire de pouvoir conjuguer le verbe en son entier. Oui, il suffit du substantif grec à son nominatif, du verbe à son infinitif ou à sa première personne de l'indicatif, des lettres de l'alphabet grec usitées en astronomie pour la désignation des astres, des noms de quelques dieux et déesses de l’olympe pour les constellattons ; de certaines prépositions grecques, de certains ad verbes, etc. pour en composer:

une expression, un mot suggestif du sens que l'on veut donner à la nomenclature À employer, et qui fasse de suite deviner ce sens, le laisse deviner par qui que ce soit possédant les éléments nécessaires à cet effot.

Faisons maintenant une revue de quelques uns des mots déjà acquis au dictionnaire sous les divers en-têtes de l'index alphabétique, et l'on ne sera pas lent à voir, comment il y aurait à s’y prendre pour en fabriquer d’autres, le cas échéant de la nécessité de le faire pour exprimer des combinaisons nouvelles motivées par les progrès que font tous les jours une foule des sciences et connaissances utiles à la vie: combinaisons chimiques ou autres de certaines substances, combinaisons de procédés divers, positions relatives de certains objets, relations mutuelles de certains éléments.

Sous la lettre À, par exemple, nous avons l'a privatif ou an au besoin pour le rendre euphonique, et du moment qu'on a vu anémie (du grec aima sang) privé de sang, appau vrissement du sang ; on est prêt à admettre que par anologie, acaule veut dire sans tige (kaulos signifiant tige) — acéphale (a et képhalé) sans tête, comme une huitre ; et rien n’empêcherait de le dire au besoin d’un homme guillotiné, d’un animal quelconque, d’une plante, d’un arbre auquel on aurait enlevé la tête. Achromotique sans couleurs, sans coloris, sans diffraction de lumière : exprime une qualité essentielle d’un objectif de télescope, d’une lunette d'approche, d'un microscope, et s’appliquerait tout de même à un liquide, à un gaz même —aéronaute, aérostat de aer air, nautes navigateur, statos qui se tient : le ballon supporté par l'atmosphère et celui qui le dirige.

Une personne sachant les mots grecs, ne devinerait-il point du coup que æmphibie (ampho deux et bios vie) est l'appellation qu'il convient de donner à ces êtres qui vivent indifféremment à l’eau et à l'air, et qui en ce sens ont deux vies, deux sortes de vitalité. Allopathie (allos autre et pathos maladie) guérison des maladies par des remèdes contraires, n’exprime-

t-il pas en deux mots de deux syllabes ce qu'il faudrait autrement tout une phrase, pour faire comprendre, comme en latin

contraria contrariis curantur exprime la même idée ; et de. même que son opposé homéopathie (Lomoios semblable et pathos affection) exprimé en latin par similia similibus curantur, veut dire un système ou procédé par lequel, on guérit une ma-

ladie à l'aide d'agents qui déterminent une affection analogue à

celle qu'on veut combattre— comparable aussi au système de

Pasteur : créer en vous muis à pas leuts, à petites doses comme le fait l'oméopathie, le même poison que celui dont vous êtes

affecté ; ou comme on le fait encore en guérissant le froid par

le froid (l'onglée par l’eau froide —une engelure avec de la neige)

le feu par le feu—une brûlure par une :haleur accentuée.

Anthropophage (anthropos homme, phagein manger) qui, mange de la chair humaine, n’est il pas plus élégant, plus court ainsi combiné en 4 syllabes, deux mots, que la périphrase mangeur de chair humaine composé de 4 mots et de six syllabes ;, et s’il s’agit d’un homme qui mange du cheval, on dit de même. hyppophage ; comme l'on dirait encore d’un mangeur habituel de poisson ichtyophage (ichtus poisson, phagos je mange) avec leurs analogues dans les mots d’étymologie latine, herbivore, carnivore, insectivore, granivore, omnivore (herba, carnis, insectum, granum, omnis avec le verbe voro je dévore) mangeur d’herbages, de chair, d'insectes, de grain, de tout,

Voici maintenant venir Ant, Ante, Anti préfixes lutin on grec signifiant contre, opposé à, le contraire, autériorité, précession, ennemi de, comme dans antarctique arktikos du nord opposé à arctique — antéchrist, antédiluvien, antépénultième, antichrétien, anticonstitutionnel, antidater, antidote (contre poison) antipode du grec pous, podos pied, pour ceux qui habitent le côté de la terre opposé à nous, et une foule d’autres.

Apogée loin de la terre, opposé à périgée près de la terre, pour indiquer la position de la lune dans sa plus grande et

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