LE CHOIX DES PORTE-GREFFES
11 n'existe pas de porte-grefTe universel.
Les cépages américains ont presque tous des exigences particulières, quant à la nature du sol, tandis que nos plants indigènes végétaient bien dans tous les terrains.
Il est donc indispensable, avant de faire une plantation, de rechercher sérieusement celui des plants américains qui convient le mieux au sol et au climat.
C'est là surtout que « expérience passe science ». Quelques boutures fichées en terre , pour faire parler le sol et le sous-sol, seront de plus de profit que les plus belles tirades sur l'adaptation de tous les augures de la vigne américaine.
On peut expérimenter, dans les divers terrains d'une propriété, cinq ou six sortes de porte-greff*es réunissant les conditions nécessaires d'adaptation au greffage et de bouturage facile, tels que les suivants, généralement recommandés : Riparia, Viallà, York-Madeira, Solonis, Rupestris, Jacquez. On plantera avec certitude de succès les cépages qui auront poussé avec le plus de vigueur.
Si l'on ne veut pas se soumettre à cette étude assez longue il importe d'examiner avec attention, avant de planter, la nature du terrain dans le sous-sol où la vigne doit pénétrer par ses profondes racines. Bien des terrains sont, à une certaine profondeur, très dissemblables de ce qu'ilS' sont à la surface.
La culture des vignes américaines, dans les diff*érentes régions de la France, a démontré qu'en général elles s'accommodent mieux des sols granitiques et schisteux, que de ceux où le calcaire prédomine.
En considérant le département du Rhône dans son ensemble, on reconnaît que la végétation des cépages américains est très satisfaisante , excepté dans les régions calcaires du Mont-d'Or lyonnais, des cantons d'Anse, de TArbresle et du Bois-d'Oingt. Partout ailleurs, où le sol est d'origine granitique, porphyrique, schisteuse ou gréseuse, la végétation de la majorité des porte-grefiFes ne laisse rien à désirer.
Il n'y a pas à douter que les terrains viticoles de la France pourront trouver facilement, dans le nombre toujours croissant des porte-grefiFes américains, un nombre plus que suffisant de variétés qui prospéreront dans leurs milieux.
Quand chaque viticulteur connaîtra les porte-greffes qui réussissent le mieux dans son terrain, il pourra greffer dessus toutes les variétés françaises qu'il voudra introduire dans sa région. Il apportera certainement, dans le choix des cépages à multiplier par la greffe, plus d'attention et plus d'intelligence qu'on n'en apportait jadis dans celui des sarments, pris souvent un peu au hasard et sans discernement.
Bien des variétés, inférieures comme qualité et comme production, seront éliminées et remplacées par d'autres meilleures et plus productives.
Le greffage sur bouture étant appelé à jouer le principal rôle dans la production des plants greffés et dans la reconstitution de nos vignobles, il faut que nos porte-greffes aient, outre la résistance, une autre qualité non moins indispensable : la facilité à reprendre de bouture et de greffe. Condition indispensable pour obtenir bien vite et à bon marché les innombrables porte-greffes dont nous avons besoin.
Nous allons maintenant examiner les principaux porte-
greffes au point de vue de la résistance qu^iîs opposent au phylloxéra, de leur adaptation au sol et au climat, enfin de la facilité avec laquelle ils se prêtent au bouturage et au greffage.