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LES PORTE-GREFFES

Riparia. — Ce cépage s'adapte assez bien à la plupart des terrains meubles, frais et profonds, mais il redoute beaucoup les sols calcaires peu perméables , surtout ceux marneux et compactes qui retionneat les eaus. 11 est rustique et porte fort peu de phylloxéras sur ses racines, mais il aoûte assez mal l'extrémité de ses sarments dans les années tardives. Comme reprise de greffe, il est inférieur au Vialla,

Ce qui prouve son défaut d'identification avec notre Gamay et beaucoup d'autres cépages, c'est que le greffon posé sur Riparia émet presque toujours des racines ^ tandis que sur le York, et surtout sur le Vialla, cette émission de racines est à peu près nulle. De plus, le greffon prend un développement considérable par rapport au porte-greffe , ce qui a fait dire que parfois la greffe sur Riparia ressemble à un navet sur un porte-plume. Il demande à être greffé dès son jeune âge, à la première année, si le diamètre est suffisant, à la deuxième, dans le cas contraire. Plus vieux, la reprise est plus chanceuse et la souche ne résiste pas toujours à l'action du greffage.

Dans les terrains qui lui sont favorables, c'est certainement le porte-greffe qui, une fois greffé, donne les plus forts rendements pendant les premières années ; il faut avoir soin de tailler court la greffe et de fumer abondamment, si Ton veut que la vigueur ;

Figure t>. — Ripiiritt»

Cette espèce sauvage a donné lieu à une multitude desous- variétés, parmi lesquelles on recherche, non sansraison, les types qui ont les feuilles très développées et lessarments à gros diamètre.

En considérant la présence ou l'absence de poils raide»^ sur la face supérieure des feuilles et des sarments dans leur jeune âge, on a fait deux groupes principaux : les Riparia tomenteux, les Riparia glabres. Les premiers réussissent assez bien dans les sols légèrement humides, mais, par contre, ils craignent bien plus que les derniers les terrainsexposés à la sécheresse.

C'est parce que le nombre des Riparia est très grand qu'il est de la plus haute importance de choisir pour ce cépage les variétés les mieux sélectionnées, les plus vigoureuses, comme les Portails, Gloire de Montpellier, etc.

On reproche au Riparia de se chloroser assez facilement^ dans les terrains calcaires, surtout dans les marnes dit jurassique et du crétacé qui contiennent le carbonate dechaux sous une forme assez soluble. Aussi a-t-on bien accueilli la communication de M. le D*" Despetit, annonçant qu'il avait trouvé un Riparia pour ces teiTains, puiscelle de M. le professeur Dugué, de Tours, signalant le- Riparia Martineau ou Gloire de Touraine comme végétant bien en sol calcaire depuis cinq ans. L'avenir nous dira ceque ces plants nous réservent.

Vialla, — C'est le porte-greffe préféré des viticulteurs^ de la région beaujolaise. Sa résistance est aujourd'hui parfaitement démontrée dans les sols qui lui conviennent : ceux de nature schisteuse, granitique, gréseuse et alluvionnaire. Bien qu'on l'accuse de porter une certaine quantité de phylloxéras sur ses racines, on s'accorde généralement à reconnaître que sa vigueur n'en souffre guère ^

nri.

Figure 3, — Vialla.

mais que la fertilité des plants greffés sur Vialla est légèrement moindre que sur Riparia.

C'est le cépage américain qui se multiplie avec le

plus de facilité au bouturage et qui s'identifie le mieux avec nos plants par le greffage. Après deux ans d'union, le Gamay et le Vialla se sont tellement bien soudés, sans bourrelet, ni différence de diamètre, qu'on ne peut plus découvrir le point de contact du greffon et du sujet. Il <îonvient particulièrement au greffage sur bouture. En raison de son expansion végétative assez grande, même lorsqu'il est greffé avec le Gamay, les larges espacements lui conviennent.

On confond souvent dans le Midi le Clinton-Vialla, le Franklin et même le Clinton avec le Vialla. Gomme ces plants, et surtout le Clinton, sont loin d'avoir la même valeur, il importe de savoir les reconnaître : le bois du Clinton est plus tortueux, sa. couleur, son bourgeonnement est moins rose, plus duveteux.

Oporto. — L'Oporto ressemble beaucoup au Vialla dont il a presque la feuille, l'allure et la tenue. Son bourgeonnement est cependant un peu différent, sa feuille plus foncée. Sa végétation est beaucoup plus vigoureuse dans, tous les sols où nous l'avons trouvé, aussi bien dans la Loire-Inférieure et le Cher, que dans le Beaujolais ou dans le Midi, en Italie qu'en Espagne ou en Portugal.

C'est un excellent plant, croyons-nous, pour tous les sols peu riches en calcaire. Sa résistance paraît être celle du Vialla. Il a pourtant un point d'infériorité sur celui-ci : 5a reprise comme greffe-bouture est un peu moindre.

York-Madeira. -— C'est, de tous les cépages américains, l'un des plus résistants au phylloxéra ; il ne porte presque jamais d'insectes sur ses racines. On le donne comme le cépage par excellence des terrains calcaires, secs, maigres , caillouteux et peu profonds ; mais il s'adapte mieux encore aux terrains riches et frais.

Sa végétation, lente les premières années, le rend propre à porter la greffe d'espèces françaises, trop petites pour s'accommoder de porte-greffes à grande végétation.

Figure 4. — York-Madeira.

C'est un plant médiocre au point de vue de sa bonne reprise de bouture, mais excellent si l'on considère le bon aoùtement de son bois. Nos plants indigènes entés sur ce cépage se mettent plus à fruit que sur aucun autre, et sont moins accessibles à la chlorose.

Solonis. — Le Soloais est une des formes de Riparîa les plus fixes. G est un des plants qui se œmportent le

Figure 5. — Solonis.

mieux dans les terres d'alluvion un peu compactes et dans les sous-sols argileux qui retiennent l'eau.

Bien que sa résistance phylloxérique soit moindre que

celle des bonnes variétés de Riparia, nous le conseillon& volontiers dans beaucoup de terrains moyennement calcaire où il vient bien, alors que le Riparia se chlorose. Il redoute 3eulement les terrains peu profonds et sujets à la sécheresse. Planté en terrain humide, il est sujet à Tanthracnose tant qu'il n'est pas greffé.

Sa reprise au bouturage et au greffage est moindre que celle du Riparia ; les gros sarments dont la moelle est fort développée sont les plus difficiles à multiplier : les boutures moyennes sont préférables et donnent des reprises plus nombreuses. Bien que nous ayions] remarqué que la réussite des greffes sur Solonis boutures soit meilleure en terrain calcaire qu'en terrain siliceux, nous conseillons d'employer de préférence, pour greff'er, des boutures racinées.

En Beaujolais, il existe une variété de Solonis qui donne d'assez bons résultats. C'est un semis de M. l'abbé Feytel. Ce Solonis se distingue entre tous par la vigueur de sa végétation ; il participe un peu du Riparia dont il a le port. Plus fructifère que le Solonis ordinaire, il est moins sujet que lui à l'anthracnose.

Rupestris — Très résistant au phylloxéra, ce cépage se plaît, dit-on, dans les terrains rocheux, pierreux, où il est encore plus rustique que le York-Madeira ; mais, comme ce dernier, il préfère encore les terrains francs de bonne nature. C'est à tort, croyons-nous, qu'on a conseillé ces deux plants dans les terrains où les autres porte-greffes viennent mal ou sont réfractaires.

Il reprend très bien de bouture , mais la greff'e-bouture sur ce plant réussit assez mal : les bonnes soudures sont rares. Il faut s'estimer heureux si l'on a la moitié de ce qu'on obtient sur Riparia. Les Rupeâtris à cultiver comme

porte-greffes doiveDt être Tobjet d'une sélection sérieuse, s'altachant surtout aux larges feuilles : les sous-varii^tôs a leuiUes de Taylor, Rupestris Murtin, Rupestria Ganzinj sont les plus recommandables. On doit rejeter des pépinières toutes les variétés buisson nautes, elles n*occasionaent que des déceptions : peu de bois dans la -pépinière, peu de reprise au greffage, soudure médiocre-

Jacquez^ — Sa résistance i incontestée comme producteur direct, affaiblie sur les sujets greffés, est encore suftîsaote pour en faire un bon porte-greffe dans les terraius forts, argileux et même calcaires , à la condition qu*ils soient profondément défoncés*

Il se prête très bien au bouturage dans le Midi, beaucoup moins dans le Centre où il se bouture mieux greffé que franc de pied. En général, les greffes faites sur ce plant, soit qu'on greffe sur boutures, ou bien sur racines, poussent un peu tard et risquent de mal s'aoùter s'il survient des gelées d'automne un peu précoces. Gomme greffage en place, il permet la greffe, même lorsque son pied a acquis de fortes dimensions. Il est indispensable de le traiter contre le mildiou et l'anthracnose, pendant l'année qui précède le greffage; ces affections l'affaibliraient et nuiraient à son développement futur.

Herbemont. — L'Herbemont, peu usité en Bourgogne et dans le Beaujolais comme porte-greffe et comme producteur direct, est au contraire très employé dans le Bordelais. Sa résistance à l'égard du phylloxéra paraît égale à celle du Jacquez, mais sa végétation un peu moindre fait donner la préférence à ce dernier dans notre région.

Cunningham, Tayloi\ Clinton. — Tous les plants américains y passeraient si nous voulions citer tous les porte-

greffes en usage. Nous indiquons ces trois pour avoir Toc- -casion de dire qu'ils nous paraissent n'avoir pas une résistance suffisante pour être placés ailleurs que sur des terrains privilégiés. Encore sur ces terrains, nous donnerions la préférence à d'autres plants.

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