SCÈNE XII
CATAU, LOLIFE, en soldsit-, M. GRICHARD.
CATAU, à M. Grichard.
Ah ! monsieur, c'est le sergent de ce capitaine,
M. GRICHARD.
Peut-être il me vient rendre Brillon.
LOLIVE.
Brillon? non.
M. GRICHARD, bas , en tremblant.
Oh , oh ! c'est ce coquin de maître à danser.
CATAU, après s'être approche'e de Lolire pour le regarder (l).
Monsieur, c'est lui-même; je ne l'avais pas d'abord reconnu.
LOLIVE, à M. Grichard.
Oui, monsu : depuis que je n'ai eu l'honneur de vous voir on m'a offert une hallebarde. Jenesuis plus Rigaudouj je suis à présent monsieur de la Motte , à vous servir.
GRICHARD, à part.
La peste te crève !
Je viens vous prier, monsu, de n'avoir aucune rancune de
l'affaire de tantôt.
M. GRICHARD, à part.
Le diable t'emporte !
(i) Lolive, M, Grichard, Catau.
LOUVE
Si vous avez quelque chose sur le cœur , pourtant
( Il lui met ua pistolet sous le nez )
M GraCHARD.
Monsieur Rigaudon , ou monsieur de la Motte , comme il vous plaira , sortez vite d'ici , et laissez-moi en repos.
LOLIVE.
J'y viens aussi, monsu, pour vous avertir de la part de mon capitaine, de ne vous pas fi\ire attendre demain matin.
M. GRICHARD,
Qu'est-ce à dire ?
LOLIVE.
C'est-à-dire , monsu , que vous soyez prêt pour partir à quatre heures.
M. GRICHARD.
Qui , moi?
Vous-même, monsu.
C AT A U, le contrefaisant.
Vous le prenez pour un autre , monsu.
LOLIVE.
Non , ma belle enfant , non ; n'est-il pas monsu Grichard ? {A M. Grichard,) Vous irez , monsu , d'ici à Brest dans le carrosse de mon capitaine,, et là vous vous embarquerez en bonne compagnie.
M. GRICHARD.
Quel galimatias me faites-vous là ?
LOLIVE.
Galimatias, monsu? N'avez-vous pas promis de partir demain matin, à l'homme que mon capitaine a envoyé ici tout à l'heure ?
CATAU
Vous équivoquez , monsu ^ monsieur n'a promis de partir demain matin qu'à un aumônier.
LOLIVE.
Justement , voilà Taffaire j c'est Taumônier de notre régiment
M. GRICHARD.
Ah! je suis perdu!
CATAU, àLolive.
Mais c'est pour aller voir un seigneur malade à la campagne, que monsieur a promis de partir.
LOLIVE.
Eh bien, voilà ce que c'est aussi. Cette campagne, c'est Madagascar , bon pays-, et ce seigneur malade^ c'est le vice-roi de l'ile, brave homme.
M. GRICHARD.
Ah ! qu ai-je fait ? qu'ai-je fait ?
LOLIVE,
Vous serez, morbleu, son premier médecin; je vous en donne ma parole.
CATAU
Quoi , monsieur , vous irez aussi à Madagascar ?
M. GRICHARD.
J'enrage.
LOLIVE.
Assurément monsu ira ; il en a donné sa parole par écrit, et mon capitaine le fera bien marcher.
M. GRICHARD, avec fureur.
Oh! je n'en puis plus. Va-t'en dire, scélérat, à ton aumônier , à ton capitaine , à ton vice-roi , et à tous les Madagascariens, qu'ils ne se jouent pas à la colère d'un médecin.
LOLIVE.
Monsu , monsu , vous êtes homme d'honneur 5 et , puisque vous vous y êtes engagé , vous irez.
M. GRICHARD.
Oui 5 traître , j'irai tout à l'heure faire assembler la faculté.
Et moi le régiment, nous verrons qui l'emportera.
M. GRICHARD.
Ceci intéresse tous mes confrères.
LOLIVE.
Eh î monsu , si vous pouviez en emmener quelques-uns avec vous , le beau coup î il n'en resterait encore que trop pour Paris.