Correspondance de Flaubert, t. IV. p
2. « L'essentiel est de faire démarrer la critique », disait-il à propos de l'article qu'il avait donné au Gaulois, le 17 avril 1880.
ollicite ni ruban rouge, ni feuteuil à l'Acadé- Plus indulgent dans le choix de ses relations ines, il cède, sans y prendre garde, à des fatalités logiques d'autant plus périlleuses pour lui qu'il rait avec des partenaires peu soucieuses de le er.
Souvenirs de François constituent, à cet égard, ■ait document pathologico-littéraire. Si la femme l'existait pas, MaupassanC l'aurait inventée pour d'en être victime. Aussi, depuis la jeune marfille d'un ministre de l'Empire, qui, « par son laturaliste a, scandalise François Tassart, jusgrande dame russe, ce « vampire », s'exclame valet, que de femmes plus ou moins étales, ; comtesses, que de princesses et d'altesses ! Et inêtes dames, satisfaites, prenaient aveuglément es prouesses les preuves de sa maladie et les certains de la mort qui te poussaient vers elles, plus inoifensive est peut-^tre, après tout, la ; dame X..., de h Grande Remte. Elle au moins ettait que de la littérature. Encore eut-elle le attendre une dizaine d'années avant de céder incitations de ses intimes et de publier le « petit » où elle consignait les belles choses que « son », « son dieu », lui avait dites en confidence. .richit même ce cahier des lettres d'amour i elle fes, et qui ne laissent pas de surprendre un peu signature de ce rude normand à l'esprit parfois icateur ^.
>tes. MaupassaDt et l'Académie.
)ir : Souvmiri de François, pages 43 (Le dîner du collé- 77 (Les Grenouilles de M"" O.), 16} (Les poupées :s), etc. — Parmi dîautres témoigoages de l'esprit mysii
Je baise vos pieds pour qu'ils vous portent vers moi sans retard... Je baise vos mains si blanches et votre bouche si rouge... J'ai tant besoin de vous..., etc.
Ces textes sont-ils bien du même homme qui, après avoir lancé des boutades telles que : « Bel-Ami, c'est moi ! » ou « Je ne quitterais pas une truite saumonnée pour la belle Hélène en personne », déclarait, à propos de Mont-Oriol : « Les chapitres de sentiment sont beaucoup plus raturés que les autres... Je ris souvent des idées sentimentales, très sentimentales et tendres que je trouve en cherchant bien... »
De même que le MarioUe de Notre Cœur, il considérait la femme « comme un objet d'utilité pour ceux qui veulent une maison bien tenue et des enfants ; comme un objet d'agrément relatif pour ceux qui cherchent des passe-temps d'amour. . . »
On objectera que ce dédain, cette passivité indifférente, peuvent aussi bien dissimuler un cœur sentimental. Il est certain que les textes cités à propos viennent docilement se placer à l'appui des thèses les plus opposées^.
ficateur de Maupassant, retenons qu'il ne lui déplaisait pas de se faire passer pour anthropophage. « J'ai mangé de la chair de femme, c'est exquis, j'en ai redemandé », dit-il à M^e Lecomte du Nouy. — Dans une étude physiologique, publiée en 191 3, le D»" Maurice Pillet épilogue, avec un grand sérieux, sur l'anthropophagie de Maupassant.
I . Ses lettres à Marie Bashkirtseff sont toutes en plaisanteries quelquefois risquées, en allusions ironiques à des amis communs, en farces qui sentent parfois un peu la Normandie. Pourtant le caractère ambigu de la jeune Slave avait troublé Guy un instant ; Marie Bashkirtseff savait trouver, de loin en loin, des expressions de tristesse d'une réelle puissance. Témoin cette phrase de son
Il semble pourtant que les lettres publiées par l'amie de Maupassant, en 19 13, dans la Grande Revue, faisaient partie d'un roman en collaboration, roman ébauché dans ses grandes lignes, par un échange de correspondance passionnée.
C'eût été une manière d'essai sentimental par lettres avec les outrances ordinaires à ce genre de fiction renouvelé de M"' de Lespinasse, de M""* du DefFand ou de M°*® d'Epinay.
Déjà Maupassant revisait les textes de (c l'inconnue » et celle-ci revoyait les textes de son ami, lorsque de pénibles événements vinrent anéantir ces projets de travaux en commun.
On s'explique que la douleur du « collaborateur » délaissé ne lui ait plus permis de faire la part, dans le manuscrit, de ce qui était littérature et de ce qui était réalité. Et puis 1' « inconnue » trouvait dans la publication de ces lettres une revanche sur ses rivales de la dernière heure en même temps qu'un apaisement à ses tristesses d'amie et d'amoureuse.
Toutes ces considérations sont d'autant plus respectables — voire émouvantes — qu'elles nous font mieux connaître le Maupassant romancier de soimême, le Maupassant homme du monde et accaparé par ses admiratrices. Car, perpétuel errant entre les concurrences mondaines de Paris et les réunions cosmopolites de la Côte d'Azur, Je malheureux grand homme ne s'appartient plus guère. Il est irrité certes
Journal à la date du i«f mai 1884 : « Qu'inventerais- je de neuf en art ? Si ce n'est pas pour se produire avec l'éclat d'un météore, à quoi bon ?»
« Je suis entré dans la vie comme un météore », dit Maupassant à J.-M. de Heredia, au cours d'une suprême entrevue.
« contre la vie de ces gens, leurs idées, leurs penchants futiles », mais il ne peut se résoudre à les abandonner complètement.
Il cherche sans plus de succès des remèdes contre des accidents qui se précipitent ; le yacht BeUAmi promène en vain sa nostalgie des plages italiennes aux rochers des Sanguinaires ^ Les tares de la vie contemporaine l'assombrissent d'autant plus qu'il éprouve davantage la fatigue d'une méthode d'existence contre laquelle il se sent désormais incapable de réagir 2. Il se ressaisit un moment avec F Angélus, cette œuvre dans laquelle il voulait se hausser jusqu'aux problèmes métaphysiques et sociaux qui, depuis longtemps, le tourmentaient. C'est encore, dès le début, une vision de la guerre de 1870, mais augmentée cette fois de toutes les vvies de l'auteur sur le monde, la vie, les hommes, la divinité même. Le grand réaliste, à la veille du naufrage de sa volonté, dans la dernière période d'excitation favorable à son génie, allait sans doute réaliser une œuvre de synthèse exprimant la nullité des rêves de perfection et de bonheur.
« Je marche de plain-pied dans mon livre, comme dans mon jardin », disait-il 3.
Tragique rapprochement des mots. Quelques mois plus tard, c'est dans le triste jardin de la maison de santé du D' Blanche que Maupassant s'avançait, soutenu par l'infirmier Bispalié et par le fidèle François.