HENRY CÉARD
Page iio. — Une définition du mot naturalisme en i88j.
Germinal venait alors de paraître dans le Gil Blas. Le lancement du volume en librairie redoublait l'ardeur des polémiques autour de Zola et de son école. Pendant que les zélateurs du maître proclamaient à Tenvi qu'en dehors de la réalité il n'était point de salut pour l'art et la littérature, ses adversaires reprenaient, contre lui et ses amis, leurs habituelles vitupérations. En cet heureux âge, c'est ainsi que se manifestaient des hommes les tendances belliqueuses.
Du Figaro, qui s'indignait, une fois de plus, contre « l'ordurière Éintaisie naturaliste », jusqu'à d'obscurs petits illustrés comme La Halle aux charges, où le chansonnier Châtelain alignait ces pauvres rimes :
Après Pot'Bouille arrive Germinal,
Naturalisme
Et Zolaïsme On fait école. Est-ce un bien, est-ce un mal ?
Mais c'est étrange
Que, dans sa fange, Le maître ait pu se creuser un canal...
Il n'était pas une gazette où ne flamboyât le mot naturalisme toujours accompagné d'épithètes excessives.
272 HENRY CÈABD. MOTES
Plus sage que la plupart de ses confrères, Vlnlermidiaire ^ chercheurs et des curieux réduisit toutes les querelles aux proportions d'une enquête sur cette demande que lui avait posée un de ses correspondrais bien avoir une définition du mot natura-
emière réponse parvint ï la date du to mai JUS les initiales H.C. Elle avait été rédigée liothèque de la ville de Paris par l'un des iteurs de cet établissement, M. Henry Céard.
istttue le dogme, pour ainsi dire, du mouvetérairé de cette époque, enry Céard, lui-même, à qui nous avons souexte, l'a relu comme si H. C. était pour lui nnu.
:onsentait i se montrer moins indifférent iprose ancienne, l'auteur àe Terrains à vendre point de peine cependant à reconnaître « sa » dès les premières lignes de ces pages d'aiérudition par quoi les « chercheurs » et rieux B étaient avertis que le mot naturalisme int un terme nouveau non plus qu'un néoloréé pour les besoins de la discussion. Sur ce point de son exposé, H. C. est aussi docuue pourrait l'être l'exigeant Malbarde Terrains . Malbar, l'auteur — comme chacun sait — de ouvrage aux allures de thèse : La science dans ■ et dans les arts.
t naturalisme se trouve déjà, dit H. C, dans les Montaigne et c'est surtout au xviii* siccle qu'on itre fréqui
HENRY CÈARD. NOTES 273
Une brochure de 173e, intitulée t La suceuse convulsioiinaire ou La psylle miraculeuse, brochure médicale où se combat l'empirisme d'une illuminée du temps, cite, à plusieurs reprises, un auteur qu'elle ne non qu'elle désigne sous le nom de V Auteur du 1 en est question au livre II des fables de Lan: rot l'a écrit au nombre neuf de sa suffisance naturelle.
Plus récemment on te voit employé par 1 étude sur Balzac; par MM. de Concourt da de 1856, et. par le critique Thoré dans l'éttK l'édition complète de ses salons. En 1870, ' bert s'en est servi dans la préface des Dernié Louis Bouilhet.
On remarquera que chez tous ces écriva temps et de théories, naturalisme signifie i observation de la nature en dehors de toui et de toute religion préconçue '.
Bref H, C. était amené à reconnaître, en l dance, que Zola n'avait ni inventé un nom, système. II ajoutait :
La curiosité de son œuvre consiste à av( ta littérature une manière de faire emplo; jusqu'alors dans tes sciences physiques. On ment discuter sur la façon dont ta physiolog logie doivent intervenir dans le roman, quantitative peut s'appliquer également aux gents et aux êtres moins bien organisés, aussi de rechercher si la théorie du roman laquelle repose sur le contrôle d'un a priori fication d'une hypothèse, découle essentielle
I. Un des abonnés de Vlntermédiairt ajouta ei rence; « Le mot naturalisme se trouve dans le Seigneur des accords, par Tabourot (ch. vm), oC propos des citations du Grand Pantagruel : « Il scandaliser si elles sont un peu naturalistes ! n Deffoui et Zatie,
274 HENRY CÉAKD. NOTES
ralisme qui, par coostruction, est tenu de ne jamais procéder que par pure observation,,.
Isément discuter...; ...il est permis de Paroles conditionnelles, éloges réticents rent, paraîc-il, qu'à demi Zola, lequel nps s'était dit — et avait même écrit :
■ivé à ce point : le roman expétimental Lience de l'évolution scieniifiqut; du siècle, complète la physiologie, qui elle-même tude de la chimie et de la physique, {Le ntaT).
tégorique encore :
ne est tout ; car le naturalisme est l'évolu- 'intelligence moderne, c'est lui qui em- , etc. (Lettre à Gustave Rivet, 12 février
moms...
t encore observer plus loin ;
point du tout un naturaliste parce qu'en le son œuvre, et notamment dans Jacques relevé bien haut les jupes d'une femme...
.uite, puisque nous sommes en 1885 al vient de paraître, nous pensons à La
on de H. C- ne visait pas, dans sa plé- •uqueite, car déjà, en 1883, pour la pré- )/ s'ûtntise, de Paul Bonnetain, Henry ;n ternies à peu près semblables, fait e ces procédés, de cette volonté d'at- 2 du public, « de faire retourner les
HENRY CÈARD. NOTES
imbéciles ». Et, en cette même année 1885 où il définissait sans indulgence le mot naturalisme, sa préface pour les Lettres de Jules de Goncourt marquait peut-être une nouvelle orientation ou, tout au moins, une nouvelle étape d'Henry Céard, dans ses recherches vers le mieux. (L. Dx., Le Carnet critique, 1 5 juin 1 9 1 8).
Page 114. — Une curiosité vite désabusée.
J'ai rencontré plusieurs fois, dans le salon de M"* Alphonse Daudet, rue de Bellechasse, cet homme aux manières simples et douces qui n'a rien d'un « gendelettres ». Le sourire d'un sage, une conversation volontairement réservée, en tons gris, mais qui vous laisse imprégné, enrichi, charmé. Je n'ai jamais mieux entendu évoquer Huysmans que par \f. Henry Céard. La conver.sation du lettré qui n'envie guère le succès des « chers maîtres » de Palace- Hôtels, pour princesse exotique, duchesse poétesse, grande danseuse russe ou comédienne des « Français » ayant un jour, sandwîches et culture générale ! Celui-ci nous apprend ce que furent les réunions littéraires d'il y a trente ans.
Demandons à ce probe écrivain de cesser son attitude
distante. Il possède des œuvres en carton. Il sait que les jeunes ne l'oublient pas — de jeunes écrivains et critiques comme MM. Léon Deffoux, André Billy, Emile Zavie ont eux-mêmes rappelé aux académiciens des Goncourt que cette élection s'imposait pudiquement. Il nous doit ces œuvres, il les doit au public qui demain va « découvrir » ce nouvel auteur dont les critiques n'ont guère parlé depuis trente ans. (Maurice- Verne, L Information, 13 mai 1918).
ij6 HENRY CÉARD. NOTES
- Céard, conservateur à ta aris.
omme de lettres n'est-U pas celui qui prés autres aux siens ?
de la bibliothèque Carnavalet, combien e voir encore, prés de la haute fenêtre, lu, d'où il se levait très vite, toujours serir, le monocle à l'œil, d'un pas raide et lursuite d'un livre ? Il avait une trentaine
il était très amoureux de Choderlos de Liaispns dangereuses qui avaient secoué le Duis XVI fort peu de temps avant que le o ne l'ébranlàt. Céard aimait la beauté de ; cette psychologie dépouillées et savoucheresse, et lui-même il se servait d'un juer, ardent, sobre et sincère. Mais Laclos et aussi secrétaire des hypothèques, ce ioute empêché d'entrer chez Concourt, i s'asseoir davantage â l'Académie francoup, écrivant peu, l'auteur des Résignés, léâtres, se retira un jour dans un coin de Belle-Ile est abrupte et appelante, mais iard y rentra avec ses Terrains à vendre au
les proposait, n'étant pas homme i les ;. Dédaigneux et subtil, il passait i côté
passait au-dessus d'elle, et voilà qu'il
naturellement et le plus justement du ien disciple de Médan et d'Auteuil, l'un tte maison idéale qui n'a de numéro dans i^tenant, à quand Courteline ? A moins iraie, elle aussi, ne veuille avoir son '; 4 mai 1918).