L.. Yves, 29 ans, boucher
Le 18 décembre, au cours d'un accident, le sujet sent un claquement dans le genou gauche, qui se met immédiatement à enfler. Il consulte un médecin qui diagnostique une hydarthrose et pratique une ponction.
Le 25 décembre, des douleurs violentes font leur apparition dans le quadriceps et le mollet gauche, en même temps qu'une amyotrophie du quadriceps qui atteindra progressivement 3 cm. La persistance des phénomènes douloureux fait penser à une infection à virus C. qui est mis en évidence dans les selles.
M. F.., 29 an:, dessinateur industriel.
Ce malade est adressé au Dr Desse par son médecin traitant, le 24 janvier 1952, pour une légère hydarthrose du genou gauche, avec amyotrophie du quadriceps homonyme sans adénopathie inguinale. Il présente une douleur à la station verticale et des sensations thermiques à la face interne du genou.
C'est alors qu'il faisait de la motocyclette, qu'est apparue brutalement une douleur crampoïde de la partie antéro-externe de la cuisse gauche, allant depuis l'épine iliaque antéro-supérieure jusqu'à la région sus-rotulienne. Queïques jours après, une amyotrophie notable de la partie inférieure du quadriceps apparut.
L'examen révéla une sensibilité et des réflexes normaux, pas de signe de Lassègue ni de Babinski; l'amyotrophie du tiers inférieur de la cuisse s'accompagnait d'une hyperlaxité des ligaments de la rotule, qui ballottait donnant une sensation de flot en imposant pour une hydarthrose. En fait, le genou ne fut jamais gonflé ni douloureux en lui-même.
Les selles du malade, prélevées le 1* janvier 1952, contenaient un virus C.
M. C…. Jacques, 52 ans, restaurateur.
Dans la nuit du 22 juillet, le malade est pris de douleurs telles qu'elles l'obligent à se lever. Ces douleurs que le sujet dépeint comme des sensations de broiement ou de déchirement siègent au niveau des lombes, irradiant vers la partie postérieure de la cuisse, le genou et la face antéroexterne de la jambe à gauche. Elles sont continues, empêchant la station debout, et augmentent vers la fin de la journée: elles n'empêchent pas le sujet de faire de la bicyclette. La nuit, elles n'ont pas tendance à diminuer et le malade, gardant la jambe fléchie à angle droit sur la cuisse, préfère rester dans un fauteuil. Des moments de répit relatifs, sont entrecoupés de paroxysmes pendant lesquels les muscles se contractent et l'articulation du genou devient effroyablement douloureuse, arrachant des cris au patient.
À l'examen, la colonne vertébrale est normale, mais on note une abolition du réflexe rotulien gauche, alors que le réflexe achilléen est conservé. L'exploration des points de Valleix n'est pas douloureuse et, lorsque par une douce manœuvre l'on arrive à vaincre la contracture douloureuse réflexe des muscles, on ne trouve pas de signe de Lassègue.
Dans les jours qui suivent, une nouvelle douleur apparaît dans le territoire du crural.
Ces phénomènes vont persister pendant 15 jours, avec une nette tendance à la régression à partir du 10° jour. Au bout de trois semaines, le malade reprend ses occupations avec une simple sensation de gêne au niveau du genou.
Un électro-diagnostic pratiqué le 5 août, ne montra pas de réaction de dégénérescence, mais une légère hyperexcitabilité faradique dans le territoire du crural gauche.
Les selles du malade prélevées le 30 juillet 1952, révélèrent la présence d’un virus C. La réaction de fixation du complément avec le sérum recueilli le même jour fut faiblement positive en
présence de l’antigène À, type 1.
Conclusions
Sans vouloir revenir ici sur les diagnostics positifs et différentiels de la Maladie de Bornholm, déjà si brillamment étudiés par d’autres (71, 72, 120), nous croyons devoir insister encore sur le caractère protéiforme de cette affection. Se présentant sous des aspects très différents, elle peut entraîner les diagnostics les plus divers, conduisant quelquefois à des actes théra-
RG re
peutiques disproportionnés avec une maladie d'évolution généralement courte et de pronostic le plus souvent bénin. Si nous faisons une réserve quant à la bénignité du pronostic, c'est que G. DESssE a déjà signalé dans l'épidémie de Bretagne, et plus particulièrement dans sa forme neurologique amyotrophique, des cas à rechutes frisant presque la chronicité. Dans un article récent, il rappelle le cas de M' Gl.. Emile, qui fit l'objet de plusieurs publications (72, 160) : Ce sujet, guéri, se maria, puis deux mois après présenta des sensations de contusion après tout effort ; une biopsie de la partie supérieure du fessier droit présenta des lésions caractéristiques, de même que le virus C. put être mis en évidence dans le muscle et les selles. Nous avons reçu ce malade le 2 avril 1953 : Il accusait encore une grande fatigabilité prédominant dans la région lombaire et à l'examen les muscles lombaires inférieurs paraissaient complètement atrophiés, présentant à la place de leur relief habituel, une dépression.
Un certain nombre de malades présentant ainsi des séquelles tardives, font que, dans certains cas, la bénignité habituelle de la Maladie de Bornholm, n'est peut-être que relative. Bénignité toute relative aussi, dans le cas rapporté par FREUDENBERG et ses collaborateurs, d'une infection congénitale ayant provoqué chez le nourrisson une fracture du fémur et une luxation double de la hanche, par myosite rétractile due au virus C. (85). N'est-il pas plausible de penser que ces lésions musculaires puissent déterminer des déséquilibres statiques telle scoliose chez le sujet jeune ? Cette hypothèse formulée par G. DESSE, nous a poussé, sur son conseil, à tenter de reproduire des lésions ostéo-articulaires chez la souris; malheureusement, jusqu'à présent, nous n'avons abouti à aucun résultat, car avec les souches françaises, il est très difficile de créer des lésions musculaires suffisantes sans entraîner la mort des animaux. Néanmoins, si cette hypothèse venait à être un jour confirmée, il n’est pas douteux que cela ouvrirait des vues nouvelles sur bon nombre de malforma-
tions congénitales d'étiologie encore indéterminée.
RRQ LEE LES VIRUS C. ET L'HERPANGINE
Au cours d'une épidémie qui sévit durant l'été 1950 dans les environs de Washington, D.C., HuEBNER et ses collaborateurs (2 123) isolèrent des virus C. dans 32 cas, sur 37 malades, dont un seul adulte. Le virus fut retrouvé 31 fois dans les selles, et 26 fois dans des frottis de gorge. Des anticorps neutralisant les virus homologues furent mis en évidence à un titre élevé chez les 4 malades qui furent testés. Ces virus furent classés en 4 types immunologiques différents désignés sous le nom de H1, H2, H3 et H4. Notons que depuis ces virus ont été reconnus pour antigéniquement semblables respectivement aux virus groupe À, types 5, 8, 10, et 6 isolés ultérieurement par DaLLporr. Plus tard, 2 autres types furent isolés : groupe À, type 2 et type 4.
Tous ces malades présentaient un syndrome comparable à une entité de cause inconnue, décrite par ZAHORSKY en 1920 (286) comme « Mal de gorge herpétique » (Herpetic Sore Throat), et désigné ensuite par lui sous le nom d'Herpangine
(287). Voici la description classique de cet auteur:
« La maladie débute brusquement par une poussée fébrile aiguë. La température atteint souvent 40°. Une convulsion peut se produire. L'anorexie et la prostration sont souvent marquées. La gorge et l'arrière-gorge montrent de petites vésicules, ou, si celles-ci ont été rompues, de petits ulcères. [ls apparaissent sur les piliers antérieurs du voile, les amygdales, le pharynx et les bords du voile du palais. Le nombre des lésions peut aller de 2 à 20. La dysphagie est souvent marquée. Les symptômes locaux et généraux disparaissent en quelques jours: La maladie peut être aisément confondue avec une stomatite ulcéreuse qui commence parfois dans la gorge. Elle se produit habituellement en été, de manière épidémique, et les enfants sont le plus sou-
vent atteints. La cause en est inconnue. »
LEVINE, HOERR et ALLANSON décrivirent en 1938, une épi-
MU
démie survenue chez 106 personnes, dans un camp d'été. La maladie, qu'ils appelèrent « Pharyngite vésiculaire » était indifférenciable de l'Herpangine. Le seul fait particulier est que 15 malades avaient plus de 18 ans. 2 fois la recherche du virus herpétique fut négative.
BREESE én 1941 rapporte 28 cas d'une maladie similaire, et bien qu'il utilise le terme de « Pharyngite aphteuse », il fait remarquer que ces cas étaient semblables à ceux décrits par
LEVINE. Il échoua dans un essai d'isolement du virus de l'herpès.
Les caractéristiques cliniques observées par HUEBNER et ses collaborateurs, étaient de la fièvre, des maux de gorge, des céphalées et des douleurs abdominales : les lésions du voile du palais étaient caractéristiques : apparaissant d'abord comme des pétéchies, rouge foncé, elles se transformaient après quelques heures en élévations surmontées de petites vésicules. Au cours des 24 heures suivantes, les vésicules étaient remplacées par de petits ulcères à bords nets, entourés d'une région enflammée, qui
persistaient pendant quelques jours.
Dans un cas seulement, un ulcère s’élargit jusqu'à atteindre un diamètre de plus de 5 mm. La fièvre se dissipait dans les 3 jours.
À la suite de ces constatations, HUEBNER et ses collaborateurs émirent l'hypothèse que les virus C. du groupe À étaient la cause de l'Herpangine.
PaRROT et ses collaborateurs (221) et Davip et ses collaborateurs (64), purent entièrement confirmer les études étiologiques de HUEBNER, par des tableaux cliniques identiques et l’isolement de virus C.
DALLDORF, après avoir isolé un virus C. du groupe À, dans 3 cas d'Herpangine, et se basant sur les constatations de HUEBNER, écrit: « L'Herpangine est. probablement le résultat d'une infection par un virus du groupe À, bien qu'il reste à prouver que tous les types de ce groupe (au moins 10 actuellement) puissent être incriminés. » (61)
SHAW, CURNEN et MELNICK, dans leurs publications sur des infections de laboratoire (250. Observation n° 1), rapportent un exemple de contamination par un virus Connecticut 5 (antigéniquement comparable au groupe B, type 1) où le malade présenta des symptômes très analogues à ceux décrits par HUEBNER. La douleur abdominale plus marquée, ainsi qu'une douleur dorsale, permirent de le classer comme un cas de myalgie épidémique ; mais en même temps, le sujet présentait : fièvre, malaise, anorexie, céphalées et maux de gorge. Puis l'amygdale gauche
devint enflammée et montra une ulcération.
D'autre part, VivELL en Allemagne, a identifié une souche B dans les selles d'un enfant hospitalisé pour « Pharyngite fébrile » (278), de même que SCHAEFFER en Hollande, dans un cas rencontré au cours d'une épidémie de Maladie de Bornholm (248).
L'opinion selon laquelle les seuls virus du groupe À provo-
queraient l'Herpangine ne semble pas devoir être confirmée.