CONCLUSIONS
Parmi les virus qui cliniquement peuvent parfois prêter à confusion avec la piliomyélite, est venu s'introduire récemment le groupe des virus Coxsackie ou virus C.
Ces virus ont été classés par certains auteurs dans le groupe des « pseudo-poliomyélites » en même temps que les souches de poliomyélite Lansing et Léon, les virus encéphalomyocarditiques S.K. Columbia, E.M.C., Mengo et M.M., rarement pathogènes pour l'homme et les virus de la maladie de THEILER de la souris et de la maladie de TESCHEN du porc, affections purement vétérinaires.
Les virus C. représentent un groupe d'agents filtrables et ultra-filtrables, isolés essentiellement chez l'homme, dans les selles, le rhino-pharynx, le sang, les muscles et le liquide céphalo-rachidien. On a pu les isoler aussi dans des égouts et sur des mouches.
Leur taille estimée par l'ultra-filtration et l'ultra-centrifugation, varie avec les auteurs de 10 à 30 millimicrons suivant les souches. Ils sont très résistants à l'égard des agents physiques et chimiques et peuvent être conservés très longtemps à basse température.
Expérimentalement, les virus C. sont essentiellement pathogènes pour les souriceaux et les hamsters nouveau-nés, bien que le mérion, certains singes, et dans des conditions spéciales, la souris adulte, aient pu être infectés. Certaines souches peuvent
être cultivées sur œuf embryonné et sur cultures de tissus.
Suivant les caractères des lésions anatomo-pathologiques expérimentales, on a pu classer les virus C. en 2 groupes À et B: Le groupe À produit une myosite généralisée du type dégénérescence hyaline de ZENKER, le groupe B, des altérations comparables mais focales, ainsi qu'une encéphalomyélite sévère et des lésions du tissu adipeux. Cependant, les variations observées suivant les souches et la voie d'introduction, rendent cette classification moins sûre que la classification sérologique grâce à laquelle on a pu décrire jusqu'à présent 16 types immu-
nologiques distincts.
De l'étude des souches françaises 50-328 et 50-358 (antigéniquement comparables à Albany groupe À, types 1 et 2), nous
avons pu déduire les faits suivants :
1° Ces souches présentent les mêmes caractères expérimentaux que les souches homologues décrites dans d’autres pays. Grâce à un traitement préalable à la cortisone, nous avons pu
infecter la souris adulte avec la souche 50-328.
2° Pour l'étude au microscope électronique, nous avons purifié le. virus par la méthode à la protamine-éther, qui nous avait permis d'obtenir des antigènes satisfaisants pour l'épreuve de déviation du complément sur plaques de matière plastique que nous avons contribué à mettre au point dans le service des virus de l'Institut Pasteur (Professeur LÉPINE).
3° Contrairement à ce qui a été décrit pour les virus poliomyélitiques, les souches françaises de virus C. ne semblent pas léser les jonctions myoneurales dans les muscles de souriceaux paralysés, et ne provoquent pas de dégénérescence centripète des nerfs moteurs. Ces résultats se trouvent confirmés par l'intégrité des neurones moteurs lors des examens électriques de muscles humains au cours des affections à virus C., alors que parallèlement, des biopsies, ont montré chez l'homme des lésions similaires à celles rencontrées expérimentalement chez le souriceau.
4° Du point de vue clinique, nous rapportons 18 observations
RS y
inédites : 8 de méningite aseptique et 10 de myalgie épidémique ou maladie de Bornholm, dans lesquelles, grâce à des recherches virologiques, les virus € .ont pu être incriminés. Si nous éliminons ce qui paraît justifié à l'heure actuelle, la poliomyélite typique paralytique et si nous laissons de côté des syndromes pour lesquels l'étiologie n'est pas complètement affirmée (Guillain Barré, dermato-myosite, chorée fibrillaire de Morvan, etc.), nous trouvons comme manifestations cliniques des infections à virus C., des entités qui semblent fort dissemblables : Méningite aseptique, myalgie épidémique, herpangine et maladies fébriles mineures non caractéristiques. Nous pensons que ces dissemblances ne sont qu'apparentes et qu'il est possible de trouver dans l'analogie des signes de début et l'interpénétration de certaines formes à la période d'état, des liens qui permettent de réunir ces différents syndromes en une seule et même entité, la Maladie Coxsackie, dont ils constitueraient les formes cliniques. Le pronostic, à part de rares exceptions, demeure essentiellement bénin et le traitement est jusqu'ici purement sympto-
matique.
5° Nous avons effectué une enquête épidémiologique basée sur la recherche des anticorps déviant le complément dans environ 240 sérums prélevés chez des individus sains d'âges différents, à Bordeaux, à Paris et les départements voisins, ainsi que dans les Centres de Formation de la Marine d'Hourtin (Gironde) et de Pont-Réan (Ille-et-Vilaine). D'après les résultats obtenus, il semble que les infections à virus €. soient très largement répandues en France, car plus de 50 % de la population adulte possède des anticorps. À Bordeaux, 56 % des enfants viennent au monde avec des anticorps maternels, mais presque tous les perdent dans les six premiers mois. Une baisse du taux des anticorps s'observe entre 5 et 15 ans, puis le pourcentage remonte à 57 % entre 21 et 30 ans. À la fin de l'année 1952, il semblait y avoir une nette prédominance des anticorps
du groupe À type 1 sur les types 2 et 3.