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Le gouverneur allemand de la ville de Liège, lieu

tentir à travers toute la Belgique un Sursum corda. Avec quelle stupeur Tennemi a écouté le mandement de Noël de S.E. le cardinal Mercier, archevêque de Malines, pendant que tous les cœurs belges tressaillaient de fierté à ces accents qui vengeaient l'honneur de la patrie calomniée et dénonçaient sans crainte les crimes de nos oppresseurs ! M. von Bissing n'a eu que la ressource d'interdire au clergé la lecture de ce mandement, en faisant croire mensongèrement qu'il avait pour cela le consentement du cardinal. Ce grossier stratagème

tenant-général von Kolewe, a fait afficher hier l'avis suivant :

Aux Jial/itants de la ville de Liège,

Le bourgmestre de Bruxelles a fait savoir au commandant allemand que le gouvernement français a déclaré au gouvernement "belge l'impossibilité de Vassister offensivement en aucune ma/nière, vu quHl se trouve luimême forcé à la défensive.

J'oppose à cette affirmation le démenti le plus formel. — Bruxelles, le 30 août 1914. »

Aussitôt le gouvernement militaire allemand fit afficher ceci :

Avis important, — Il est strictement défendu, aussi (sic) à la municipalité de la ville, de publier des affiches sans avoir reçu une permission spéciale.

Bruxelles, le 31 août 1914.

Le gouverneur militaire, Baron von Luttwitz, général-major.

a été déjoué aussitôt, le cardinal a insisté, et le «gouvernement allemand en Belgique» a eurhumiliation de se voir formellement désobéi par l'immense majorité du clergé du diocèse de Malines. Les courageux évêques de Liège et de Namur ont parlé le même langage ferme et fier à leurs ouailles, et si celui de Tournai ne les a pas imités, c'est qu'il a succombé, en partie, aux mauvais traitements que les soldats allemands n'ont pas craint d'infliger à ce saint vieillard. Fidèle aux exhortations réitérées des évêques, le clergé belge n'a cessé de soutenir le moral de la nation ; du haut des chaires de vérité, il a laissé tomber les paroles qui vengent l'innocence persécutée et flétrissent l'injustice victorieuse; le drapeau national, interdit dans les rues, a flotté librement dans nos églises, et les accents de la Brabançonne retentissaient à l'issue de nos grand'messes au milieu des larmes d'émotion et de joie.

La nation belge tout entière a gardé cette attitude d'irréprochable correction et de courageuse dignité. Elle s'est interdit les violences et les manifestations tapageuses, mais elle a accueilli avec mépris les avances de nos maîtres et elle a fait le vide autour d'eux. Ils voudraient laisser croire à l'étranger que la situation est redevenue normale en Belgique, et l'abstentionnisme obstiné du public belge donne un éclatant démenti à cette mensongère

allégation. La vérité, c'est que, tacitement, spontanément, sans accord préalable, la nation a organisé autour d'eux la grève sacrée. Les rares journaux qui paraissaient encore depuis leur entrée ont cessé de paraître pour ne pas supporter leur censure; les universités, qu'ils auraient voulu rouvrir, sont restées fermées; les académies, qu'ils ont invitées à reprendre leurs séances, ne se sont réunies que pour décider de s'ajourner sine die; les ouvriers de Malines, de Luttre et d'ailleurs, qu'ils ont tenté d'embaucher en leur offrant de forts salaires leur ont tourné le dos, refusant de travailler pour le roi de Prusse. Ils ont essayé d'allécher le public bruxellois en organisant des concerts où devaient être entendus les chefs-d'œuvre de la musique allemande exécutés par les meilleurs artistes d'outre-Rhin; mais ils sont restés seuls à les entendre, et l'Université de Bruxelles a exclu de son sein un professeur qui avait eu la mauvaise idée d'y assister. Ils ont interdit toute manifestation pour le 21 juillet, qui est l'anniversaire de la proclamation de notre indépendance nationale, et le 21 juillet, ils ont été témoins, à Bruxelles, à Anvers, à Gand, à Liège, dans toutes nos villes et même dans nos villages, d'une grandiose et émouvante manifestation : les magasins fermés, comme le dimanche, les églises bondées pour le Te Deum;

toute la population endimanchée circulant dans les rues, portant à la boutonnière ou au corsage, à la place des couleurs nationales prohibées, la feuille de lierre qui est remblème de notre fidélité à notre Roi et à notre patrie. Ainsi nous réalisions dans les chaînes la belle parole que M. de Broqueville prononçait le 4 août 1914, dans la séance de nos Chambres : « La Belgique peut être vaincue; elle ne sera jamais soumise. »

C'est ce que toutes les semaines, avec autant de courage que d'à-propos, rappelle au « gouvernement allemand en Belgique, » le seul journal belge qui paraisse sans se soumettre à sa censure. Il s'appelle la Libre Belgique et il circule à travers tout le pays, depuis le mois de février 191S, distribué de proche en proche par des mains de confiance. M. von Bissing a fait des efforts désespérés pour découvrir l'officine de ce journal ou pour mettre la main sur ses rédacteurs, mais les joyeux conspirateurs belges ont plus d'esprit que les détectives de la police allemande, et la Libre Belgique continue d'entretenir pour ses lecteurs l'espérance et la flamme du patriotisme.

La Belgique a donc le droit d'être contente de tous ses enfants. Mais l'Europe, de son côté, doit être contente de la Belgique. En nous défendant nous-mêmes, c'est sa liberté à elle que nous avons sauvée. Les Allemands comptaient,par une marche

foudroyante à travers la Belgique surprise et terrorisée, gagner en trois fois vingt-quatre heures la frontière française, culbuter la mobilisation de ce pays, amener le gros de leurs forces sous les murs de Paris, qui aurait cédé au bout de quelques jours à leurs canons de 0,42; puis,maîtres de la capitale avec une armée intacte, au milieu d'une nation découragée, ils auraient renvoyé une partie considérable de ces forces vers Test, où, unis à FAutriche-Hongrie, ils auraient refoulé l'invasion russe, mis fin à la campagne en quelques mois, dicté des conditions de paix en territoire ennemi. Après cela, l'Angleterre isolée était à leur merci, et l'empire mondial de l'Allemagne était achevé.

Tel était le plan résumé dans la formule apodictique de M. von Jagow : « L'atout de l'Allemagne, c'est la rapidité. »

Ce plan, la résistance belge l'a faussé dès le premier jour. En faisant perdre à l'envahisseur une semaine devant les forts de Liège, nous avons donné à la France et à l'Angleterre le temps de s'organiser et de se concentrer pour une lutte dans laquelle une heure de gagnée pouvait être décisive pour la destinée du monde. Au lieu d'être à la frontière française le S août, comme ils l'avaient espéré, les Allemands n'y sont arrivés que le 26 août, à un moment où on était pjrêt pour recevoir le choc de leur attaque brusquée. Un instant.

ils ont pu croire qu'il n'était pas trop tard, et qu'ils parviendraient quand même à culbuter l'adversaire, mais ce n'était qu'une illusion : rejetés des bords de la Marne sur ceux de l'Aisne et terrés depuis six mois dans les tranchées, ils ont vu se dresser devant eux un retranchement formidable qui va de Dunkerque à Thann et qu'ils ne franchiront pas.

Nous sonmies fiers de ce résultat : il valait les sacrifices qu'il nous a coûtés et ceux qu'il peut nous coûter encore. Lorsque l'agression criminelle aura été repoussée définitivement, nous remettrons notre épée au fourreau, avec la joie de la savoir sans tache. Nous ne l'avons tirée que pour la défense de nos biens les plus sacrés : notre honneur national, notre liberté, nos foyers. Nos mains sont restées pures; nous n'avons pas versé le sang innocent; nous n'avons pas porté la mort et la dévastation chez les autres peuples; aucune larme n'aura coulé à cause de nous. Et l'incorruptible jugement de la postérité, qui remettra toutes choses en leur place, dira que la Belgique s'est acquis, à l'une des heures les plus calamiteuses de son histoire, de nouveaux titres au respect de l'humanité.

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