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ACTION SUR LE COŒUR

© Des expériences, aussi nombreuses que variées, ont été faites pour bien mettre en lumière l’action que pouvait avoir le gui sur le cœur, aussi bien chez les animaux à sang chaud que chez les animaux à sang froid.

Chez les animaux à sang froid. — Chez eux, l’action du gui se manifeste, le plus souvent, par le ralentissement des battements cardiaques, qui augmentent fortement d'énergie. Antonini et Fubini ont très bien étudié ces phénomènes chez

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la grenouille. Ces auteurs ont exécuté, en effet, un certain nombre d'expériences qui mettent bien en évidence l’action locale de la drogue appliquée directement sur la fibre cardiaque et, également, l’action exercée lorsqu'elle parvient au Cœur par la voie naturelle de la circulation : dans ces deux cas, ils ont constaté une forte augmentation de la hauteur de la contraction, due à une augmentation du relâchement diastolique, s’accompagnant, toujours, d’un fort ralentissement du rythme. Il faut reconnaître, toutefois, que ces phénomènes sont moins accusés si la drogue est administrée par la voie de la circulation. Au cours d’autres expériences, les mêmes auteurs ont constaté une allorythmie. Tous ces phénomènes, successivement enregistrés, tendraient à faire croire que le cœur s’épuiserait après une période plus ou moins longue de contracture; ils sont d’ailleurs les signes avant-coureurs de la mort du cœur, Car, si on injecte une dose plus forte de drogue, surviennent des pauses, des irrégularités plus accusées dans le rythme et, enfin, arrêt du cœur en systole.

Dans quelques-unes de ses expériences, Niccolini fit des perfusions sur le cœur de tortue. Après introduction d’une canule dans l'oreillette gauche, il attend la régularisation du pouls, puis il lance dans la circulation une solution contenant 17 p. 100 de drogue. Immédiatement fait suite une augmentation d'amplitude, qui decroît subitement à la fin d’une pause diastolique. Cette augmentation ne serait cependant pas constante. Il est de plus un fait qu'il est le seul à avoir observé : le cœur s’adapterait après une période de vingt minutes environ. Pour Niccolini, l’action raréfiante cardiaque dériverait d’une action périphérique plus forte.

Enfin, les expériences d’Ebster et Jarish sur le cœur de grenouille, isolé et in situ, amènent ces auteurs à conclure que le gui se comporte vis-à-vis du cœur de façon identique à la digitale. Ils constatent, comme avec cette dernière, après une période de ralentissement et de renforcement des contractions cardiaques, une accélération, puis de l’arythmie et finalement l'arrêt du cœur en systole.

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Chez les animaux à sang chaud. —\Il semble que la plupart des expérimentateurs ont observé, chez eux, des phénomènes d'ordre inverse à ceux que nous venons de décrire.

En effet, chez le chien, le lapin et le cobaye, les battements cardiaques s’accélèrent et diminuent d'amplitude. Si la dose est toxique, l'accélération devient considérable et, après des troubles graves, en particulier du côté de la pression sanguine et de la respiration, l’animal meurt par arrêt du cœur en systole.

Mais, ici encore, nous relevons quelques contradictions entre les résultats signalés par certains expérimentateurs. C’est ainsi que, Livon, étudiant l’action sur le cœur du suc frais de gui de genévrier, a constaté l’apparition de phénomènes identiques chez le’ chien et la grenouille : ralentissement des battements, affaiblissement des contractions, arrêt momentané, puis reprises tout à fait désordonnées et incohérentes; peu après les battements se montrent de moins en moins nombreux et l’arrêt du cœur se fait en diastole: Pour lui, le gui de genévrier est donc un poison diastolique du cœur. Cette divergence de résultat ne peut guère s'expliquer que par la différence d'action entre les diverses variétés de gui, car les résultats de tous les autres auteurs sont concordants sur ce point.

Nous venons de voir que, somme toute, les injections des diverses préparations de gui augmentent le travail relatif du cœur, et c'est cette constatation qui lui fit attribuer des propriétés toni-cardiaques. C’est ainsi que, dans sa thèse, Bonhomme le préconise dans « tous les cas où, en abaissant la tension maxima, il sera utile de vivifier le muscle car-’ diaque ». Mais il semble cependant que ce pouvoir tonicardiaque soit assez faible; il n’en existe pas moins cependant, comme l'ont bien montré les dernières expériences de Niccolini et de Busquet. Ce dernier, dans son rapport à la séance de la Société de thérapeutique du 13 octobre 1996, présente les conclusions d’expériences de physiologie qui prouvent que le gui n’est nullement un dépresseur cardiaque

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aux doses thérapeutiques; aussi ces résultats nous incitent à croire qu il est faux de penser et de dire, comme le font certains, que le gui aurait une action dépressive sur le cœur.

b) ACTION SUR LES VAISSEAUX.

En étudiant l’action du gui sur les vaisseaux de la petite circulation et de la circulation intestinale, Niccolini a constaté que de faibles doses de drogue entraînaient une dilatation des vaisseaux et que des doses fortes amenaient au contraire une vaso-constriction. De plus, cette vaso-constriction augmenterait dans le même sens que la concentration des préparalions. Elle serait surtout très accusée au niveau de la petite circulation ‘et beaucoup plus faible sur les autres portions vasculaires. Dans tout le système veineux abdominal, il y aurait production d’une grosse dilatation des veines.

Niquet et Busquet ont remarqué que les indosés organiques du gui avaient un pouvoir vaso-constricteur électif sur les vaisseaux du système rénal. Cette action se produit avec une très petite quantité de substance et persiste après la section des nerfs splanchniques et l’énervation de l'organe. Dans ces conditions, il semble qu'il s'agisse d’un effet périphérique, sans intervention du système nerveux central. Ces diverses constatations amènent ces auteurs à dire que l’emploi du gui est à rejeter chez les malades dont les reins, déjà insuffisants, seraient placés par la vaso-constriction dans des conditions de travail encore plus défectueuses.

Holste a étudié les'effets du gui blanc sur les capillaires. Ces études ont été faites sur la grenouille préparée suivant la méthode de Lœwen-Trendelenburg, ce procédé permettant d'obtenir une augmentation de dimensions de la lumière des capillaires. Voici les constatations qu'il fait, au cours de ses expériences : l'extrait de gui est un antagoniste des vasoconstricteurs et, tout comme ces corps, il agit sur les artérioles et les capillaires. Cette action est d une très grande puissance, car elle est capable de faire cesser presque ins-

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tantanément l'effet maximum des poisons vaso-constricteurs. Il en conclut que le gui agit directement sur les artérioles et les capillaires, dont cértaines cellules de la paroi où les ramifications sympathiques seraient impressionnées par la drogue.

© c) ACTION SUR LA PRESSION SANGUINE.

Toutes les expériences qui ont été faites pour étudier F’action de l'extrait de gui sur la tension sanguine, ont montré qu'il possédait une action hypotensive manifeste.

Dans ses premiers essais, René Gaultier constata que, chez le chien, sous l'influence d’une dose variant de 1 ce. à 5 cc. d’une solution physiologique d'extrait aqueux de gui contenant 0 g. 75 de viscum album par centimètre cube injecté dans les veines, on voyait la pression sanguine s’abaisser rapidement et progressivement Jusqu'à un minimum de 2 à 3 centimètres de mercure; puis, après état stationnaire de plus ou moins longue durée suivant la dose injectée, la pression remonte lentement, progressivement, pour ne regagner la normale qu'au bout de quarante-cinq minutes (minimum) à deux heures ou deux heures et demie (maximum).

Voulant ensuite expliquer que l'emploi du gui se justifiait dans la lutte contre l’artério-sclérose et ses accidents, le même auteur étudia, au cours d'une nouvelle série d’expériences, l’action simultanée et séparée sur les vaisseaux et la tension de l’adrénaline et de l’extrait de gui, substances respectivement hypo et hypertensives. Il est très intéressant de considérer les résultats obtenus qui amènent Gaultier à conclure en ces termes : « Pour entraîner des lésions d’athérome, l’adrénaline agit comme certaines autres substances, le plomb par exemple, plus par action toxique que par élévation de la tension artérielle, cette dernière n’intervenant qu'au titre d'adjuvant. » Aussi, l'emploi des hypotenseurs — et surtout de l'extrait de gui — lui semble-t-il justifié dans la thérapeutique de l’artério-sclérose, non seulement au titre de traitement symptomatique, pour juguler les phénomènes

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morbides engendrés par une élévation de tension exagérée, mais encore à titre de médication pathogénique en annihilant l’action adjuvante d’une tension artérielle déréglée dans le déterminisme de l’athérome.

Félix Dossin, étudiant dans le laboratoire du Professeur Lucien Beco, à Liége, quel était le pouvoir hypotenseur respectif de la trinitrine, du nitrite de soude et du gui, obtient, pour ce dernier, des résultats sensiblement différents de ceux qu'enregistra Gaultier. Ge fait est d'autant plus digne de remarque qu'il semble que l’auteur se soit mis dans les mêmes conditions d'expérience que son collègue français. Il a en effet employé, au cours de ses essais, le même extrait fluide et le même décocté que René Gaultier, et a suivi une technique expérimentale identique à celle de ce dernier.

Avec l'extrait fluide, en injections intraveineuses, il conslate une baisse de la pression sanguine variable en intensité suivant les expériences, mais se manifestant d’une facon constante; en même temps, les pulsations cardiaques se ralentissent, la tension diminue tandis que le pouls augmente. Mais cette action hypotensive serait {oujours précédée d'une phase hypertensive. Cette constatation est cependant moins contradictoire qu'on ne pourrait le penser, car si on examine le détail des expériences de Gaultier, on se rend compte que cette phase hypertensive est citée dans le compte rendu de certaines expériences. C'est justement cette constatation qui amena Gaultier et Chevalier à penser qu'il pouvait y avoir dans le gui plusieurs principes, dont ies uns seraient hypertenseurs et les autres hypotenseurs.

Plutôt que de se perdre en discussions sur des résultats qui ne sont qu'apparemment contradictoires, il nous paraît beaucoup plus intéressant de signaler les expériences au cours desquelles Dossin injecta l'extrait fluide directement dans le duodénum. Dès Je début, l’auteur constate d’une façon constante une chute de la pression sanguine. Mais, fait digne de remarque, il n’y aurait point dans ces conditions de phase hypertensive immédiate, mais, au contraire, on ver-

rait apparaître des accidents d’un genre nouveau : diarrhée, convulsions, et, aussitôt après, élévation considérable de la pression. La dissolution de l'extrait de gui dans une solution de glycérine dans l’eau distillét à 30 p. 100 serait de nature à empêcher l’apparition de ces accidents.

Avec le décocté de gui, préparé suivant le même mode que Gaultier, Dossin constate une action bien moins marquée que celle que décrit cet auteur. Dossin doit, en effet, employer une dose trois fois plus forte pour obtenir une baisse bien marquée de la pression.

Sensiblement à la même époque, Antonini et Fubini expérimentaient chez le chien et le lapin. Les résultats de leurs nombreuses expériences ont été toujours concordants : abaissement rapide et considérable de la tension sanguine, consécutif aux injections intraveineuses de suc frais de gui. La durée de l’hypotension est parfois assez faible, mais paraît liée, ainsi que du reste la chute de tension elle-même, à la dose injectée. |

En 1927, Niccolini reprit tous ces travaux. Contrôlant chaque opération chimique par l'essai physiologique sur la pression sanguine et mesurant la chute de pression obtenue, il en déduit des conclusions nettes pour l’obtention de préparations de gui présentant une activité maxima avec le minimum d'effets accessoires. Il affirme l’existence dans les extraits de gui de deux principes agissant en sens inverse sur la pression sanguine. Il y aurait, en effet, un principe hypertenseur et un principe hypotenseur; mais ce dernier aurait une action dominante et c’est ce qui explique les phénomènes d'ordre différent observés au cours des diverses expériences. On peut, en effet, observer soit une. hausse, soit une baisse de la pression suivant les préparations emplo#ées. Ici, peu importe la dose, pourvu que les deux principes à action inverse conservent dans les préparations employées des proportions identiques à celles qu’ils avaient dans le suc de la plante vivante, Tout ceci expliquerait, en partie, les résultats plus ou moins différents obtenus par certains expérimen-

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tateurs; tout se passe comme si l’un des principes était détruit au cours des manifestations ou comme si l'équilibre existant entre eux était rompu.

Mais il n'y a pas que le mode de préparation qui puisse faire varier l’équilibre des principes actifs physiologiques; il faut également tenir compte des différentes espèces de gui ainsi que des endroits du globe où ils ont été récoltés. C’est ainsi que Crawford a décrit une espèce de gui américain, le Phloradendron flavescens, dans le suc duquel c’est le principe hypertenseur qui domine. Quand nous examinerons la toxicité du gui, nous verrons aussi qu'elle varie avec les essences.

La notion de la dose employée doit aussi être prise en considération, comme le prouvent les dernières expériences d'Ebster sur la circulation chez le cobaye. Des doses faibles entraîneraient. une légère augmentation de la pression sanguine; avec des extraits suffisamment concentrés, on obtiendrait inversement une augmentation du débit sanguin et une hypotension manifeste, mais passagère.

Mécanisme de l’hypotension sanguine provoquée par le qui.

Nous avons vu qu'il est bien démontré que le gui possédait un pouvoir hypotenseur; reste à examiner quel est ou quels sont les principes actifs et quel est le mécanisme de l’action hypotensive du gui.

Principe hypotenseur. — Nous avons vu que ce principe, s'il n’a pu être isolé chimiquement; n’en existe pas moins; on a isolé, en outre, un principe hypertenseur et un principe agissant sur le système nerveux et les centres respiratoires.

Niccolini a parfaitement démontré les caractéristiques du principe hypotenseur

Il est très soluble dans l’eau; un peu dans l'alcool bouillant, moins dans l'alcool froid. Il devient soluble dans l’alcool par l'addition d’une base alcaline.

Il est partiellement dialysable.

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\ Il est partiellement précipité par l’acétate neutre de plomb et l’acide phosphotungstique.

Il n’est pas précipité par l’acide picrique et le tanin. Il résiste à la moisissure.

Il supporte la stérilisation à l’autoclave.

Plusieurs auteurs ont essayé d'isoler la substance chimique constituant le principe actif, mais aucun n’y est encore parvenu. Chevalier à bien décrit deux saponines, Leprince ‘un alcaloïde, Barbieri une substance indéterminée, mais non voisine des saponines, Crawford une substance cristalline. Niccolini n’a pas obtenu de corps cristallisé, et les indications qu'il fournit ne permettent pas d’infirmer les travaux cités ci-dessus. Il semble, en définitive, que l’on ait bien affaire à un mélange d’alcaloïdes et de glucosides formant un complexe à équilibre chimique pouvant subir des variations diverses et entraîner en conséquence des effets variables, parfois même opposés.

Mécanisme de l’action hypotensive. — Pour les premiers expérimentateurs, Chevalier et Gaultier en particulier, elle serait due à une action centrale s’exerçant sur le système nerveux vaso-moteur. Gaultier invoque comme preuves : la diminution d'excitabilité du pneumogastrique, l’antagonisme existant entre le gui et les convulsivants bulbo-médullaires, la persistance d'action de l’adrénaline injectée simultanément chez le même animal. Pour Antonini et Fubini, ce sont également les centres vaso-moteurs qui sont en cause et rendus inexcitables par le gui, car ils excluent la possibilité d'action du gui sur la fibre cardiaque et les fibres musculaires lisses des vaisseaux, qui conservent leur aptitude à se contracter; le vague conserve également son pouvoir modérateur, mais l'excitation de son bout central n’est plus apte à provoquer des réflexes vaso-moteurs.

Cumston est également enclin à penser que le gui possède une action paralysante vis-à-vis des centres vaso-moteurs. Pour lui, tout se passerait ainsi : il y aurait une vaso-dila-

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