ETUDE DES APPLICATIONS THERAPEUTIQUES CLINIQUES DU GUI
Nous avons vu que, au cours des siècles, le gui fut employé de façon tout à fait empirique contre une foule de maladies. Mais, au fur et à mesure des progrès de la médecine, en particulier de la démonstration expérimentale et clinique des deux actions principales de l'extrait de gui : action hypotensive et diurétique, bon nombre de praliciens ont essayé ce médicament d'aspect nouveau pour la suppression des troubles accompagnant justement les maladies hypertensives et à diurèse réduite; n’était-ce pas là l’application la plus logique ?
Comme nous allons le voir maintenant, on a surtout employé le gui contre l'hypertension artérielle, c’est-à-dire dans à peu près tous les cas où on rencontre ce syndrome, sans distinction de la maladie. Et il faut bien reconnaître que ce champ d'essai était bien vaste quand on considère la multitude de théories cherchant à expliquer justement par l'hypertension bon nombre de maladies : épilepsie, albuminurie gravidique, éclampsie….
I. — Emploi du qui contre les hypertensions passagères qui se manifestent au cours de certaines maladies.
Le plus souvent, ces hypertensions sont suivies de la congestion de divers organes, congestion que signent les hémorragies qu'il est extrêmement fréquent de rencontrer dans ces conditions, et justifient l'emploi que l’on fit du gui dans tous les cas que nous allons relater maintenant,
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a) EmPLor pu Gui CONTRE LES HÉMOPTYSIES DES TUBERCULEUX.
Le Docteur Sarbary, au Congrès de Washington, avança que l'hémoptysie des tuberculeux était presque toujours fonction de l'hypertension artérielle. C’est à la suite de cette remarque que René Gaultier, ayant constaté l'action bienfaisante que paraissait avoir sur les hémoptysies tuberculeuses la drogue qu'une « commère » distribuait à ses clients en Sologne, l’expérimenta à son tour. Dans 7 cas où l’hémoptysie était de nature congestive, le gui de chêne se montra à lui seul efficace. Dans une communication à la Société de la tuberculose, en 1908, le Docteur Rénon rapporte qu'il a vu, dans des conditions identiques, la lension artérielle s’abaisser et les hémoptysies s'arrêter, à la suite de l'absorption par les malades de # à 6 pilules d'extrait aqueux de gui ou une injection de 0 g. 20 dans { ce. de sérum physiologique. ,
Quelque temps après, le Docteur Levrat, de Lyon, cite Les bons résultats qu'il obtint dans les circonstances que voici : Un jeune tuberculeux de 28 ans eut une première hémoptysie qui céda difficilement à l’ergotine, puis de nouvelles hémoptysies rebelles à tout traitement ordinaire, La lecture de la communication de Gaultier l’incita à essayer Le gui. F fit prendre à son jeune malade 8 pilules de 0 g. 04 d'extrait aqueux de gui dans les vingt-quatre heures, et il eut l'agréable surprise de voir se produire l'arrêt des hémoptysies le jour suivant.
Tous ces résultats semblent confirmer ces deux faits : les hémoptysies étaient fonction de l'hypertension artérielle et le gui, faisant baisser cette hypertension, supprimant ainsi la cause du mal, en faisait aussi disparaître l’ellet.
b) EMPLOI CONTRE LES HÉMORRAGIES INTESTINALES DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE.
Dans certaines maladies, et-en particulier la fièvre typhoïde, où l'hypotension est la règle, il peut .se produire cependant, sous certaines influences, des poussées hyperten-
sives qui peuvent jouer un rôle important dans la production des hémorragies. C’est cette considération qui amena René Gaultier à employer l'extrait aqueux de gui dans un cas de fièvre typhoïde, chez un jeune garçon de 15 ans. Entre le quinzième et le vingtième jour de la maladie, la tension artérielle s’éleva notablement et le jeune malade présenta coup sur coup plusieurs hémorragies graves sur lesquelles l’ergot n'eut aucune action. En désespoir de cause, Gaultier injecta à Son malade 0 g. 20 d’extrait de gui pendant quatre jours consécutifs, et il vit les hémorragies s'arrêter, en même temps que la tension artérielle baisser notablement et les battements du cœur devenir plus amples et plus réguliers.
c) EMPLOI DANS LES HÉMORRAGIES CÉRÉBRALES, LES MÉTRORRAGIES, LES ÉPISTAXIS.
Une observation notée par le Docteur Bardet fut à la base de la communication qu'il fit à la Société de thérapeutique en 1910. Il s'agissait d’un médecin qui fut victime d'une hémorragie cérébrale au cours d’un voyage. La tension artérielle était de 27 cm. environ. Voyant que la saignée et lapplication de sangsues étaient restées inefficaces, le Doc-
teur Bardet eut alors l’idée d'essayer d'obtenir un meilleur résultat par des injections. d'extrait de gui, et il obtint une baisse rapide de la pression.
Cette observation nous prouve donc que le gui a une action réelle sur ces poussées congestives, mais si l'injection d’extrait de gui écarte le danger imminent, c’est-à-dire l'hémorragie menaçante, il ne faut pas perdre de vue qué le mal n'en est point pour cela totalement écarté, et des cures doivent être faites dès l'apparition des petits signes de hausse nouvelle de tension. Quand, à ces phases congestives, aura succédé une période d'hypertension permanente, la surveillance de la tension devra être plus étroite.
Le Docteur Bardet cite encore l'observation d’une femme qui, atteinte de fibrome pédiculé et ne pouvant se résoudre
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à une intervention chirurgicale, vit cependant son étal s'améliorer à la suite d’injections d'extrait de gui. Gaultier et Crouzon citent également plusieurs cas où des métrorragies assez abondantes furent favorablement influencées par le même traitement.
Il en est de même en ce qui concerne les épistaxis assez abondantes, qui peuvent survenir, soit au cours de fièvres typhoiïdes, de grippe, ou de la période de la ménopause. Toutes relèvent de ce même processus congestil et peuvent céder aux injections d'extrait de gui.
d) EMPLOI DANS LA PÉRIODE CRITIQUE CHEZ LA FEMME ET CHEZ L'HOMME.
Chez la femme, la période de la ménopause s'accompagne le plus souvent de troubles plus ou moins légers et gênants : céphalée, vertiges, bourdonnements d'oreille; d'autres fois, on voit apparaître de véritables accidents : ménorragies, épistaxis abondantes. Tous ces troubles sont justement imputables à l'hypertension passagère qui est souvent la règle à cette période particulière de la vie de la femme. L'administration du gui sera souvent très salutaire dans ces conditions. Plusieurs observations ont été rapportées par Crouzon, Dalché; Vachez cite dans sa thèse Le cas d’une femme qui vit des épistaxis abondantes cesser le lendemain de la première injection de 0 g. 20 d'extrait de gui.
De même, chez l’homme — sans qu'on puisse vraiment parler chez lui d'âge critique — il n'est pas rare d'observer
à cette époque des poussées congestives, surtout au niveau de la prostate, qui, répétées, peuvent conduire progressivement à l'hypertrophie de cette glande. Elles constituent chez l'homme, de même que les hémorroïdes, l’homologue des congestion utéro-ovariennes chez la femme qui aboutissent chez elle à ces ménorragies auxquelles nous faisions allusion plus haut. Tous ces troubles doivent être traités médicalement, et les préparations au gui sont pour nous un moyen commode.et efficace de les traiter.
e) DANS L ÉPILEPSIE.
Nous avons vu que les anciens considéraient le gui comme un médicament spécifique de l’épilepsie. Au cours des vingt dernières années, on ne peut guère enregistrer seulement que les résultats obtenus par Lesieur, qui essaya le gui chez 6 épileptiques. Il constata une légère amélioration chez certains : diminution du nombre et atténuation de l’importance des crises.
Le gui peut agir ici de deux façons : soit comme hypotenseur, certains cas d'épilepsie étant dus à l'hypertension artérielle; soit comme antispasmodique, par son action sur les neris.
f) EMPLOI DANS LES NÉPHRITES AIGUËS,