IV. — Relation des essais thérapeutiques
Au cours de leurs essais thérapeutiques, certains expérimentateurs ont employé uniquement le gui; d’autres ont employé en même temps que lui d’autres hypotenseurs, mais sur des malades différents; d’autres, enfin, ont employé plusieurs hypotenseurs, dont le gui, chez un même malade .Nous trouverons donc à l'examen du détail de ces essais des données importantes qui serviront de base à notre jugement sur la valeur du gui comme hypotenseur.
Les premières observations publiées sont celles de Gaultier,
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de Bardet, de Rénon, de Deguy; nous les avons signalées plus haut. Elles sont d’ailleurs reproduites dans la thèse de Bonhomme. En 1908, Lebreton-Oliveau essaie le gui dans le traitement de l’albuminurie gravidique. Il cite 14 observations. Il constate que l’hypotension du gui est constante dans tous ces cas. Dans un cas où l'hypertension était légère, le gui fut, à lui seul, suffisant pour la faire disparaître; mais, en général, il vaut mieux associer ce traitement au régime lacté. L'action est bien moins nette sur l'albuminurie; cependant, elle fut bienfaisante dans trois cas.
En 1910, Lesieur cite plusieurs autres observations et, en particulier, six concernant des épileptiques. Ia obtenu dans quelques-uns de ces cas une diminution du nombre des crises. Assez souvent, le gui a abrégé la durée des cerises. L'auteur n'ose cependant pas se prononcer nettement sur la valeur thérapeutique de la drogue dans ces cas spéciaux; il faut reconnaître, toutefois, que tous les cas où il à emplové le gui étaient ceux de malades profondément atteints.
L'année suivante, nous relevons plusieurs publications. Williamson rapporte plusieurs observations de malades traités par la « guipsine ». Les cas traités furent au nombre de neuf; il administrä les pilules de guipsine à des doses allant de 3 à 25 (dans un seul cas), la dose moyenne étant de 8 pilules. La dose de 25 pilules paraît bien forte; il n’y eut cependant aucun accident. L'auteur emploie des doses croissantes; la chute de tension obtenue varie entre 2 et 8 cenlimètres de mercure.
Antonini et Fubini, parmi de nombreuses observations, en citent particulièrement deux qui leur semblent très démonstratives. Dans le premier cas, ils obtiennent une baisse de tension de 2 centimètres au bout de huit jours et 3 cm. 5 dans l’autre; à noter, dans ce dernier cas, qu'ils obtinrent ce résultat avec le gui, alors que le nitrite de soude était resté sans action efficace. Les vertiges et les bourdonnements d'oreille disparurent dès le début du traitement. Dans un seul cas, il n'y eut aucun résultat favorable (artério-sclérose à la dernière période).
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Lestrat traite 29 vieillards hypertendus avec l'extrait de gui;s1l traite ensuite certains d’entre eux par le nitrite de soude et la trinitrine, établissant ainsi une comparaison entre ces divers hypotenseurs. Il a divisé ses malades en trois eroupes. ;
Dans le premier, rentrent 9 malades à la première période de l’artério-sclérose. Après huit jours de traitement avec le gui, il a constaté l’abaissement de la tension artérielle à la valeur normale chez 7 de ses malades : 2 d’entre eux prirent 0 g. 30 d'extrait par Jour; À, une injection de guipsine à 0 g. 05. et les autres 0 g. 15 d'extrait par vingt-quatre heures. Chez les malades de ce groupe, le gui fut aussi efficace que la trinitrine et le nitrite de soude.
Dans le second groupe, rentrent 7 malades à la seconde période de l’artério-sclérose. La pression revint à la normale chez 5 d’entre eux. Chez l’un d’entre eux, la baisse fut
très accusée; 4 de ces malades ont pris 0 g. 15 et 20 g. 30
d'extrait pendant dix jours; le dernier a reçu une injection de guipine à 0 g. 05.
Dans je troisième groupe, rentrent 13. malades brightiques avérés. Les malades furent traités de dix à douze jours. Chez 7, la tension revint à la normale. Les chutes de tension enregistrées sont de 2 centimètres de mercure chez 4 malades et de 3 et 5 centimètres chez 2 autres, avec des doses de 0 g. 45 et 0 g. 50 d’extrait de gui. Chez les malades de ce dernier groupe, Lestrat constate que le gui est également efficace, mais à condition d'employer des doses plus fortes. La durée moyenne de la persistance de la chute de tension fut de deux jours environ.
En 1943, Lefébure présente 8 observations concernant des hypertendus; il constate l’action hypotensive et surtout diurétique du gui. Ce pouvoir diurétique à été plus spécialement étudié par Bergès. Ce dernier cite 10 observations. IT a constaté une amélioration notable des épanchements pleuraux et une augmentation de la quantité des urines; quelques-uns des malades ont été, pour un temps, débarrassés
de leurs œdèmes et furent soulagés. Il insiste bien sur ce fait, car, s'adressant à des malades incurables, le but recherché était entièrement atteint.
Il a constaté que quelques sujets faisaient montre d'une certaine intolérance (même incomplète pour certains d’entre eux) vis-à-vis de l’extrait de gui. Il vit apparaître chez ces malades des douleurs lombaires plus ou moins violentes, des coliques et quelquefois une diminution passagère de l’élimination urinaire.
En 1923, Tobler rapporte 25 observations concernant des malades hypertendus, artério-scléreux, angineux, diabétiques, pléthoriques. Il obtient des résultats assez faibles dans deux cas : de 5 à 15 millimètres de mercure; pour les autres, résultats plus appréciables : chez 7, baisse de 20 à 25 millimètres; chez 2, baisse de 30 millimètres et, pour #4, de 40 à 50 millimètres. Chez un malade, il obtint une légère hypertension dès le début du traitement. |
En 1924, Laubry a fait l’expérience du gui, loyalement, à l'Hôpital Saint-Antoine. Il a donné à certains malades de XX à XL gouttes d'extrait fluide. Chez d’autres, il a pratiqué des injections sous-cutanées et même intraveineuses d’intrait Dausse. Il n’a jamais obtenu de chute de tension suilisante et persistante, Pour lui, il ne faut donc pas faire fond de la thérapeutique par le gui.
En 1925, van Itallie et J. Rœssingh ont employé le gui dans 22 cas; ils ont constaté une action hypotensive manifeste.
Au Congrès de médecine de Nancy, du 16 au 49 juillet 1925, Mattei et Diaz Cavaroni font un rapport sur la médication hypotensive. L'extrait de gui, administré à la dose de 0 g, 10 en injections intramusculaires et de 0 g. 30 à 0 g. 40 en pilules, a abaïissé, dès le second jour de cure, la pression artérielle maxima de 3 à 4 centimètres de mercure dans 6 cas sur 10. La pression minima, par contre, s’est abaissée tardivement, et seulement dans 3 cas sur 6. Voici la conclusion générale de cette communication : le gui réduit spécia-
lement l’hypersystolie compensatrice. Pour les auteurs, le gw est supérieur à la trinitrine et surtout au nitrite de soude. Pour la baisse notable de la minima, il faut lui adjoindre le repos, les drastiques.
. Chardonneau essaya plusieurs hypotenseurs chez de mêmes malades. Il rapporte 10 observations. Pour lui, le gui prend la troisième place sur les six hypotenseurs dont il fit usage; il viendrait après l’hydrate de chloral et le nitrite de soude en injections intraveineuses. ‘
Dans un article de la Presse médicale d'août 1928, Mattei et Diaz Cavaroni apportent de nouvelles expérimentations cliniques. Ils ont pratiqué chez certains malades des injections intramusculaires de 0 g. 05 d'extrait de gui, matin el soir, et chez d’autres, ils ont administré par voie gastrique 0 g. 15 d'extrait en pilules, matin et soir. La chute de tension atteindrait de # à 5 centimètres dès le premier jour pour la maxima; pour la minima, pas de changement au début du traitement. Au cours des deux premiers jours, la réascension vespérale habituelle ramène la maxima et la minima au chilfre qu'elles avaient au début de l'expérience; mais, dans les Jours qui suivent, la chute se maintient continuellement et la minima baisse avec plus dé netteté : 2 à 3 centimètres. La plus forte baisse qu'ils ont enregistrée est de 5 centimètres pour la maxima et 2 centimètres pour la minima. L'indice oscillométrique ne varie pas ou s’accroit légèrement. La pression ne reviendrait à sa valeur primitive que dans un délai variant de deux à six jours, dix jours dans un cas. Ce retour ne serait nullement brusque. L'action diurétique serait beaucoup plus forte chez les malades qui ont reçu des injections intramusculaires (1 litre en moyenne). Le taux semblerait varier en même temps que la’pression diastolique.
En décembre 1928, James O’Hare et Lyman H. Hoyt ont expérimenté sur 400 cas, dans une clinique particulière, Hs ont fait un traitement d’une durée de dix jours, avec l’intraii Dausse. Is font des remarques sur l’action du gui sur les pêtits accidents de l'hypertension et sur la tension elle-
même.
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78 malades se plaignaient de céphalée typique. De céux-ci, 59 (soit 75 p. 100 environ) furent soulagés. Ils éliminent l'élément psychothérapique, car ce soulagement ne survint que deux ou trois jours après le début du traitement, et, de plus, les céphalées disparaissaient ou se manifestaient à nouveau, suivant la cessation ou la reprise du traitement, 25 p. 100 de ces malades furent donc insensibles à la fhérapeutique par le gui. 35 malades se plaignaient d’étourdissements fréquents, 26 d’entre eux furent soulagés (74 p. 100 environ); 4 malades avaient des bourdonnements d'oreille, 2 furent soulagés.
Voici maintenant les constatations faites par ces auteurs au point de vue de l’action sur la tension : dans 18 à 25 p. 100 des cas, ils ont obtenu un résultat vraiment appréciable. Ils ne tiennent pour vraiment positives que les chutes de tension d’au moins 2 centimètres de mercure. La plus grande chute fut de 70 millimètres pour la maxima et 40 millimètres pour la minima; la chute moyenne, 34 millimètres pour la maxima et 10 millimètres pour la minima.
Depuis 1928, nous avons encore relevé pas mal d’expériences, faites surtout en Allemagne et en Autriche; en parliculier par Preuss, Esser, Petermann, Lordick, O0. Strauss; les derniers essais sont ceux de Herzog, en 1932. Tous ces auteurs ont employé des préparations diverses, mais la plupart se sont adressés au « Viscyatum Bürger », spécialité allemande. À peu près toutes les observations qu'ils relatent sont celles d'hypertendus artério-scléreux, brightiques, goutteux. Ils ont à peu près tous fait des traitements de longue haleine (six semaines, avec XX à XXX gouttes de Viscyat trois fois par Jour). Ils ont obtenu, semble-t-il, des résultats excellents, puisque certains citent une durée de baisse de tension d’au moins un mois.
Considérant tous ces essais, nous avons voulu employer, nous aussi, le gui chez quelques malades. Nous avons expérimenté sur 11 malades, dont 8 étaient des hommes et 3 des femmes. Chez 3 d'entre eux, des hémiplégiques, nous n’avons
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obtenu absolument aucun résultat. Chez les 8 autres, dont nous allons citer les observations, nous avons obtenu des résultats assez satisfaisants.
Nous avons utilisé des produits spécialisés contenant uniquement du gui pour traiter ces malades : la « guipine » en pilules; le gui « Gmet », |’ «énergétène » de gui Byla et le « Viscum Zyma ». Aussi nous contenterons-nous de faire le détail de nos observations, sans établir de comparaison entre l’activité de ces différents produits. È
La durée du traitement a varié entre dix et quinze jours. Nous avons fait cependant une cure plus prolongée chez le malade de l'observation VIT. L'administration du médicament a toujours été faite à doses fractionnées. Les malades conservèrent le régime qu'ils suivaient auparavant, car'le changement de régime peut souvent expliquer à lui seul une baisse de tension.
La tension artérielle fut toujours prise le matin, entre 9 h. 1/2 et 10 h. 1/2, avec le même appareil Pachon-Gallavardin.