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I. — Le gui dans l’histoire et les légendes

L'histoire nous montre que, de toutes les plantes qui furent l’objet de la considération des générations qui se sont succédé le gui a été de loin celle qui fut peut-être la plus remarquée, par suite de la grande renommée dont elle fut entourée à certaines époques.

C'est ainsi qu'il est difficile de saisir les raisons du respect religieux pour le gui et de la divinité théologique dont il fut investi dans la mythologie druidique de l’Europe occidentale. Certains les ont mis sur le compte des vertus médicinales attribuées à cette plante étrange par les membres de cette « auguste hiérarchie » de la religion de l’ère druidique. La dévotion à la fois théologique et thérapeutique qui était si universellement vouée au gui dans ce culte curieux et original, qui était le plus répandu de l’Europe occidentale avant la venue de l’instruction chrétienne, a été rapportée par Pline dans le menu détail, comme il est facile de s’en rendre compte à la lecture des lignes suivantes : « Je ne dois pas oublier ici ce qui fait l’admiration des Gaules. Les druides, qui sont les prêtres et les philosophes des Gaulois, ne pensent pas qu'il y ait rien de plus sacré que le gui et que l'arbre sur lequel il croît, pourvu que ce soit le chênerouvre. Aussi choisissent-ils pour leurs sacrifices, des forêts de rouvre, et ils ne sacrifient jamais sans avoir des feuilles de cet.arbre; en sorte qu'il semblerait que c’est de son nom grec 2e; qu'ils ont été appelés druides. Quand donc ils trouvent du gui sur un rouvre, ce qui est extrêmement rare, ils! le regardent comme un présent du ciel et comme une preuve que cet arbre est le choix spécial de la divinité. C’est pourquoi ils cueillent le gui avec une grande dévotion et avec de grandes cérémonies; et surtout ils choisissent pour cet acte le sixième jour de la lune parce que cet astre est déjà dans la force de son ascendant, sans toutefois être parvenu à son

moyen terme, qui est un terme équivoque. Car-il faut savoir L]

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que les Gaulois règlent par la lune le commencement de leurs mois, de leurs années et de leurs siècles, et que ceux-ci ne sont que de trente ans. Le nom dont ils appellent le gui dans leur langage signifie « remède universel ». Lorsque les choses nécessaires pour le sacrifice et le festin sacré sont prêtes, sous le chêne, ils y amènent deux taureaux blancs qui n'ont jamais été sous le joug et que l’on attache alors par les cornes pour la première fois. Le prêtre, vêtu d’une robe blanche et armé d’une serpe d’or, monte sur l’arbre et coupe le gui, qui est reçu en bas dans une casaque blanche. Ensuite ils immolent les victimes et prient le dieu de vouloir bien leur rendre utile et profitable le présent qu'ils lui ont fait. Ils croient que ce gui donne la fécondité à tous les animaux stériles auxquels ils en font prendre et que c’est un antidote contre toute sorte de poison; tant la superstition, le plus souvent, a d’empire sur l'esprit des peuples pour leur faire respeCter les choses les plus frivoles. »

Nous voici en présence du trait peut-être le plus marquant dans l’histoire du gui : la vénération dont il fut l’objet de la part des Gaulois, à l’instigation de leurs prêtres, les druides. Pour quelles raisons cette plante, qui, somme toute, n’est qu'un parasite et donc apparemment nuisible, a-t-elle ainsi attiré au plus haut point l’attention de nos ancêtres ? Plusieurs explications ont été avancées, mais, si toutes semblent satisfaire l’esprit, il n’en reste pas moins vrai qu'il est bien difficile de s'arrêter à une seule.

Certains ont voulu voir dans la rareté du gui sur le chêne l'explication de la vogue qu'il eut à ce moment de l’histoire. « Il est extrêmement rare de le constater sur le chêne, et jusqu'à présent on ne cite guère en France que douze à quinze localités où son parasilisme sur ces arbres ait été constaté d’une façon certaine », fait remarquer le savant botaniste Lefèvre. M. de Candolle, connaissant cette rareté, tout en faisant bien remarquer que, seul, le gui de chêne était estimé des druides, est disposé à penser que cette plante révérée n'était point le genre viscum, mais bien un loran-

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thus, et conséquemment le loranthus europeus, seule espèce qui soit indiquée et commune sur les chênes, surtout dans le duché de Parme et en Autriche. Mais, si le gui avait été ainsi communément rencontré sur les chênes, il ne se serait pas autant imposé à l'attention, son apparition n’eût point paru si miraculeuse et, en définitive, les druides ne l’auraient pas cherché avec autant de soin. En feuilletant les ouvrages qui relatent l’histoire des Gaules, nous avons trouvé que les druides se réunissaient dans le pays chartrain pour faire la cueillette du gui. Or, c’est justement dans cette région que Lefèvre a relevé quelques-unes des localités où l’on peut observer le parasitisme du gui sur le chêne.

Au sujet de cette rareté du gui sur le chêne, nous nous permettons d'emprunter à M. Lebreton-Oliveau deux charmantes anecdotes. Dans l’une, Cabanès raconte l’aventure de deux musées de l’ouest de la France qui se disputèrent un exemplaire de gui de chêne, et la querelle alla même jusqu'à exiger un jugement. La seconde est celle d’un professeur de la Faculté de Paris qui promit un dîner à ses élèves s’ils découvraient du gui de chêne au cours de leurs herborisations. Le professeur perdit, mais par mystification : le gui trouvé était du gui commun qu'un étudiant avait disposé d'avance sur un chêne du parcours.

Pour d’autres, ce n’est pas dans la rareté du gui sur le chêne qu'il faut chercher les raisons du culte des Gaulois, mais dans la nature même de cet arbre. Le chêne était, en elfet, un arbre sacré, et même « l’arbre sacré » par excellence. Certains ont même voulu faire dériver du mot grec douc qui signifie chêne, le nom de druide. Ces derniers auraient donc été les prêtres du chêne, l'arbre sacré, et par extension des arbres et de la nature. Et alors, rien d'étonnant que, pleins de vénération pour cet arbre, ils n'aient vu dans la petite touffe de gui qu’ils rencontraient parfois sur lui, un signe particulier, un don des dieux, et qu'ils n’aient ensuite cherché à lui trouver des propriétés particulières en rapport avec son caractère divin. Mais d’autres, avec Diogène de

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Laërte, se moquent de cette étymologie. En effet, peut-on croire que les Celtes aient puisé dans une langue qu'ils ne connaissaient pas un terme qui a dû être aussi ancien que leur religion ? L'opinion la plus vraisemblable sur l’origine de ce nom est celle qui le fait venir de derouid, mot qui se trouve dans les poésies bretonnes du vr siècle et qui est formé de deux mots signifiant Dieu et parler. Les druides étaient donc les hommes à qui ou par qui Dieu parlait, ou bien qui parlaient soit de Dieu, soit à Dieu. Cette étymologie nous séduit davantage. Plutarque n rho il pas Meokéyot les prêtres de Delphes ?

Quoi qu'il en soit, il y a peut-être moins lieu s'étonner que les Celtes préférassent à tout autre gui celui qui pousse sur le chêne, quand on observe qu'à cette époque cet arbre était consacré à Teut, dieu suprême des Celtes, et dont les druides étaient les confidents. Maxime de Tyr dit même qu'il en était le principal simulacre, et qu'ainsi 11 était l’objet de leur culte. Ils lui adressaient des prières, lui offraient des sacrifices et en arrosaient le pied du sang des victimes, lui faisaient des présents, le consultaient comme un oracle et en recevaient des réponses. Car cet arbre avait le don de la parole : le mouvement de ses branches et le bruit de leurs feuilles agitées par le vent étaient un langage, si bien qu'ils considéraient que c'était un signe certain de la volonté du dieu. Mais, seuls, les druides avaient l'intelligence de cette langue, et nous voyons par là que la dendromancie était aussi en honneur chez les prêtres celtes.

Ainsi donc, puisque le chêne était l'arbre sacré, pourquoi ne point voir dans le gui qui poussait parfois sur lui un don spécial de Teut et ne point lui attribuer le caractère de « plante sacrée », parce que poussant sur « l'arbre sacré ».

Mais ces diverses considérations ne paraissent s'adresser qu'à un seul côté de la question. IT convient, en effet, de dépouiller la renommée du gui de tout ce qui touche à a religion et à la magie. Il n’y a point de doute à avoir, en effet, que ce ne fussent les druides qui entretinrent dans l’es-

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